De Se7isu..., loc. cit
120 SAINT THOMAS d'aQUIN.
moment même où il est actionné par la main. L'interprétation de ce soi-disant fait se rattache, pour saint Thomas, à la nature spéciale qu'il prête aux corps célestes. La lumière en émane; elle n'est donc pas de ce monde-ci et ne doit pas s'y comporter à la façon des grossières influences sublunaires. Celles-ci ont pour objet de préparer la génération et la destruction, terme naturel de l'altération, et elles poussent donc jusqu'au cœur des substances leurs racines profondes ; elles en sont une disposition qui répond à leur nature et la conditionne1. La lumière, au contraire, n'étant pas reçue dans le milieu comme une qualité qui réponde à sa nature propre, ne le dispose à rien, n'a pas de racines en lui, et ne peut s'y fixer de façon à devenir principe d'action d'une partie de l'air sur l'autre. Donc, pas de propagation possible. Une portion d'air n'illumine pas une autre portion; mais c'est tout l'air qui, sous l'action de l'illuminant, devient autre2.
Quand il s'agit de l'odeur, quelque chose de cette théorie semble subsister. Ce n'est pas que l'odeur n'utilise, pour se propager, une forme d'action quantitative. Celle-ci consiste en une sorte de flux de matière (fumalis evaporatio); mais cette émanation doit avoir des limites. L'odeur se répand à des distances énormes, pendant un temps qui, pour certaines substances, parait indéfini, et sans diminution sensible de poids. C'est sans doute que le nuage invisible émané du corps odorant n'est pas tout; l'action se poursuit plus loin, par cette immutation intentionnelle du milieu, dont il était question tout à l'heure3. Quant aux saveurs, elles se manifestent au contact, aussi bien que les qualités dites tactiles, et elles impliquent une altération matérielle non seulement de l'objet et du milieu, mais de l'organe même du sens.
De là résulte une classification des sens par immaté-