In II, De Anima, lecl. xx
rialité croissante. Le tact et le goût sont les plus grossiers; l'odorat vient ensuite; puis l'ouïe, qui ne met en cause qu'un mouvement local; enfin la vue, le plus immatériel et, pour cette raison, le plus universel des sens1. Cette supériorité de la vue la rapproche de l'intelligence ; aussi sera-ce par comparaison avec elle, que l'analyse de la pensée sera conduite. La vue, d'ailleurs, offre cette particularité, qu'elle partage avec le tact, de manifester, dans les corps, des qualités inhérentes ou constitutives, au lieu de simples effets 2.
Que si, maintenant, au lieu de l'ordre de dignité, on considère l'ordre de dépendance, le tact devient premier et comme le fondement de tout le reste : « C'est en lui que consiste principalement toute la nature sensitive. » C'est lui qui apparaît le premier dans la série animale; quand il est lié, tout est lié ; ce qui est excès à son égard est excès pour tous les autres sens, aussi ce qui le détruit détruit-il toute connaissance sensible3. La raison en est que le sens du toucher a pour conditions organiques les conditions de toutes les plus générales ;" aussi est-il répandu sur tout le corps, comme appartenant à la vie animale en tant que telle.
Si les plantes ne l'ont pas, c'est que leur organisation (complexio, proportio) n'est pas assez harmonieuse pour que les qualités tactiles s'y reflètent; elles se contentent d'y agir. Si par un progrès d'organisation qui la pousserait plus avant dans Y acte, la plante acquérait une complexion comparable à celle des tissus animaux, la plante acquerrait le sens, et tout d'abord celui-ci 4.
Saint Thomas compte cinq sens, ainsi que tous; mais il ne semble pas convaincu que le classement opéré ici par l'usage soit vraiment rigoureux. Il n'y a pas de raison