In II, De Anima, lecl. xxiv, cire. med
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péremptoire pour que la réalité naturelle ne nous soit accessible que de cinq façons, plus ou moins nettement tranchées. Puisque le sens a pour condition fondamentale l'organisation, et que les variétés d'organisation, à partir du minimum requis pour le sens, se révèlent innombrables, il y a lieu à des façons de sentir que le chitfre cinq peut difficilement comprendre. Par ailleurs, l'objet agissant « selon ce qu'il est », et les attributions de qualités qui lui sont faites tenant précisément à ses façons d'agir sur les sens, ce serait un cercle vicieux de dire : 11 n'y a pas plus de cinq sens, parce qu'il n'y a pas plus de cinq classes de qualités sensibles. En fait, la façon dont saint Thomas opère pour attribuer à chaque sens sa raison propre montre bien qu'il s'agit à ses yeux d'une classification rationnelle, non d'une loi de la nature '. Commentant Aristote 2, il fait voir que les arguments avancés en faveur de la prétendue impossibilité d'autres sens sont purement hypothétiques; qu'on peut y échapper par le moyen d'autres hypothèses. D'ailleurs, il accorde que le sens du toucher peut être envisagé comme un genre tenant sous lui des espèces 3. Le sens du chaud et du froid n'est pas le même que celui du dur et du mou, que celui du sec et de l'humide. Si les organes n'en diffèrent point, c'est que toutes ces qualités intéressent tout le corps, étant impliquées dans la composition de tous les tissus. Bref, la distinction des cinq sens est approximative et empirique.
En dehors des sensibles propres, c'est-à-dire des aspects du réel qui sont atteints directement par les sens, saint Thomas reçoit d'Aristote la notion des sensibles communs, c'està-dire d'attributs de la substance qui ne sont point par euxmêmes objet de sensation, mais qui affectent cet objet, et par là modifient la sensation elle-même. Tels sont le mou-
1. Cf. in II, De. Anima, lect. i, in fiw;la pars, q. LXXVIII, art 3.