In III, De Anima, iect. vu, med
2. la pars, q. CXI, ait 1, ad 3,u; q. XXII, De Verit., art. 1, ad 3m.
rée, et qu'elle peut donc servir à connaitre toutes les couleurs, telles qu'elles sont en elles-mêmes? Les autres sens prêteraient à des réflexions semblables. Saint Thomas serait ici à reprendre au nom de ses propres principes, et, la reprise opérée, une dose considérable de relativité serait introduite dans le système de la connaissance.
On peut d'ailleurs se représenter ce que serait alors la position de notre auteur, bien éloignée du scepticisme. Il rappellerait la belle doctrine exposée dans le De Veritate1, à savoir que « la connaissance s' amorçant dans les sens pour se terminer dans l'intelligence, le sens se trouve être un milieu entre l'intellect et la chose ; quasi-intellect par rapport, à la chose, et quasi-chose par rapport à l'intellect ». Si le sens est pris comme intellect, il peut être trouvé déficient, que ce soit à l'égard des sensibles communs, comme la doctrine courante le concède; que ce soit même à l'égard des sensibles propres, ainsi que nous venons de l'insinuer : a fortiori à l'égard de l'être en son unité, à l'égard du sujet, où se pose la question de Yen soi. Mais en retournant le point de vue et en envisageant le sens comme objet, sous le regard de l'intelligence, on en viendra à dire avec saint Augustin, que saint Thomas cite et approuve : « Nos yeux (même déficients) ne nous trompent point ; ils ne peuvent en effet énoncer que ce qu'ils éprouvent. Que si tous les sens énoncent ainsi leurs propres affections, ce qu'on peut exiger d'eux au delà, je l'ignore % »
Sans doute, le sens étant représentatif, et non pas uniquement chose en soi, il pourra être dit faux si ce qu'il représente suggère une notion fausse. Mais cette suggestion n'est pas fatale. Chez l'animal même, un contrôle relatif intervient, de par la collaboration des sens. Plus l'appareil organique est multiple, plus l'animal échappe à îa subjectivité de chaque sens3. Quant à l'homme, sa raison est là,