B. LES SENS INTERNES
Le sens commun.
Outre les cinq sens extérieurs, saint Thomas reconnaît quatre facultés sensibles internes : le sens commun, X imagination, l1 estimative (chez les animaux) ou cogitative (chez l'homme) et la mémoire sensible2.
Le sens commun est comme le centre de convergence — parce qu'il en est le point de départ — de toutes les activités sensibles. Il joue le rôle de conscience sensitive, en ce que, grâce à lui, nous sentons que nous sentons sicut cum aliquis videt se videre3. Ce rôle doit, en effet, être attribué à un organe sensible, et ce ne peut pas être au sens particulier ; car celui-ci n'est passif qu'à l'égard de la forme étrangère qui lui arrive ; il ne saurait l'être à l'égard de sa propre passivité, n'ayant aucun pouvoir de réflexion sur soi-même4. Si nous avons conscience de nos sensations, ce ne peut donc être que par le moyen d'une impression nouvelle, où la première trouvera son reflet, et dont l'organe sera nécessairement autre. La distinction du sujet et de l'objet sera évidemment relative à ce rôle. Le sens, tout seul, ne distingue rien; il sent. Mais en sentant qu'il sent, l'homme doué du sens commun prend conscience de l'autre, par la conscience qu'il a de soi-même affecté. — Bien des faits aujourd'hui classés confirment cette analyse.
Un autre rôle du sens commun est de faire que le virant puisse prendre conscience de ses sensations en tant qu'elles
l.Q. I, De Verit., art 11.
2. Ces facultés étaient censées localisées dans l'ordre suivant : Le sens commun dans les lobes frontaux; en arrière d'elle, l'imagination ; l'estimative dans la partie médiane; la mémoire dans l'occiput.