‹ S. Thomas d'Aquin et la philosophie cartésienne (volume 2)Chapitre 23 sur 38 · I.ii Promotion physi(ino cl li» Liberté · texte numérisé non relu

I.ii Promotion physi(ino cl li» Liberté

:ontrairc, le courant qui le fait avancer. Pourquoi glisse-t-il si lentement ? c'est parce qu'il est chargé. S'il n'était pas sur la rivière, il est clair qu'il ne marcherait pas lentement parce qu'il ne marcherait pas du tout. De même la volonté humaine s'avance portée sur le courant de la volonté divine, c'est Dieu qui fait en elle tout :e qu'il y a de positif dans ce mouvement ; mais, si elle s'avance lentement, c'est qu'il y a en elle, comme dans le bateau chargé de pierres, quelque chose qui la retarde et qui fait obstacle a Taction du courant : ce quelque chose est ce que Lcibnitz appelle « limitation originale des créatures.» Telle est l'unique cause de ce qu'il y a de formel dans le péché ; il serait aussi injuste de l'attribuer à Dieu que d'accuser le courant de la rivière de la lenteur du bateau.

Terminons cette discussion par un chapitre de Bossuet. Aucun théologien peut-être n'a traité le sujet avec autant de force, de clarté, de précision et de profondeur.

Les vrais thomistes peuvent être fiers de cette page qui contient un si merveilleux exposé de leurs système :

u Jusques ici, la volonté humaine est comme « environnée de tous cotés par l'opération di- « vine. Mais cette opération iTa lien encore qui « aille immédiatement à noire dernière déter- « mination ; et c'est à l'àme seule à donner ce

;HS SuiiiL Thomas cl la Philosophie Cartésienne.

(( coup. D'autres passent encore plus avant, et « avouent les trois choses qui ont été expliquées. «Ils ajoutent que Dieu fait encore immédiate- « ment en nous-mêmes, que nous nous détermi- « nons d'un tel côté ; mais que notre détermina- « tion ne laisse pas d'être libre, parce que Dieu « veut qu'elle soit telle. Car, disent-ils, lorsque « Dieu, dans le conseil éternel de sa providence, « dispose des choses humaines, et en ordonne (( toute la suite, il ordonne, par le même décret, (( ce qu'il veut que nous souffrions par nécessité (( et ce qu'il veut que nous fassions librement. (( Tout se suit, et tout se fait, et dans le fond, et « dans la manière comme il est porté par ce « décret. Et, disent ces théologiens, il ne faut « point chercher d'autres moyens que celui-là, « pour concilier notre liberté avec les décrets de « Dieu. Car, comme la volonté de Dieu n'a « besoin que d'elle-même pour accomplir tout ce (( qu'elle ordonne, il n'est pas besoin de rien (( mettre entre elle et son etfet. Elle l'atteint immé- « diatement, et dans son fond, et dans toutes (( les qualités qui lui conviennent. Et on se « tourmente vainement en cherchant à Dieu des « moyens par lesquels il fasse ce qu'il veut ; « puisque dès là qu'il veut, ce qu'il veut existe. « Ainsi, dès qu'on présuppose que Dieu ordonne « dès l'éternité qu'une chose soit dans le temps ; « dès là sans autre moyen elle sera. Car, quel

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(( meilleur moyen peut-on trouver, pour faire « qu'une chose soit, que sa propre cause? Or « la cause de tout ce qui est, c'est la volonté de (c Dieu, et nous ne concevons rien en lui, par où (( il fasse tout ce qui lui plaît, si ce n'est que sa « volonté est d'elle-même très efficace. Cette effi- « cace est si grande, que non seulement les cho- (( ses sont absolument, dès là que Dieu veut (( qu'elles soient, mais encore, qu'elles sont « telles, dès que Dieu veut qu'elles soient telles; (c et qu'elles ont une telle suite, et un tel ordre, (( dès que Dieu veut qu'elles l'aient. Car il ne (( veut pas les choses en général seulement ; il (( les veut dans tout leur état, dans toutes leurs « propriétés, dans tout leur ordre. Comme donc « un homme est, dès là que Dieu veut qu'il soit; « il est libre, dès là que Dieu veut qu'il soit <c libre ; et il agit librement, dès là que Dieu veut (( qu'il agisse librement ; et il fait librement (( telle et telle action, dès là que Dieu le veut « ainsi. Car toutes les volontés et des hommes (C et des anges sont comprises dans la volonté de (( Dieu, comme dans leur cause première et « universelle ; et elles ne seront libres que « parce qu'elles y seront comprises comme « libres. Par la même raison, toutes les résoluce tions que les hommes et les anges prendront (( jamais, en tout ce qu'elles ont de bien et d'être, « sont comprises dans les décrets éternels de

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(( Dieu, où tout ce qui est a sa raison primitive : (( et le mo^^en infaillible de faire non seulement « qu'elles soient , mais qu'elles soient librement, « c'est que Dieu veuille non seulement qu'elles u soient, mais qu'elles soient librement ; parce u que, étant maître souverain de tout ce qui « est ou libre ou non libre, tout ce qu'il veut (( est comme il le veut. Dieu donc veut le prête mier, parce qu'il est le premier être et le « premier libre : et tout le reste veut après lui, « et veut à la manière que Dieu veut qu'il veuille. « Car, c'est le premier principe, et la loi de « l'univers, qu'après que Dieu aparlédansl'éter- (( nité, les choses suivent dans le temps marqué, « comme d'elles-mêmes. Et, ajoutent les mêmes (( auteurs, en ce peu de mots sont compris tous (( les moyens d'accorder la liberté de nos actions (( avecla volontéabsoluede Dieu. C'est que la cause « première et universelle, d'elle-même, et par sa « propre efficace s'accorde avec son effet ; parce « qu'elle y met tout ce qui y est, et qu'elle met, par (( conséquent, dans les actions humaines, non « seulement leur être tel qu'elles l'ont, mais « encore leur liberté même. Car, poursuivent « ces théologiens, la liberté convient à l'âme, u non seulement dans le pouvoir qu'elle a de H choisir, mais encore lorsqu'elle choisit actuelce lement, et Dieu, qui est la cause immédiate de « notre liberté, la doit produire dans son dernier

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« acte : si bien que, le dernier acte de la liberté « consistant dans son exercice, il faut que cet « exercice soit encore de Dieu, et que, comme tel, (( il soit compris dans la volonté divine. Car il (( n'y a rien dans la créature qui tienne tant soit « peu de rêtre , qui ne doive à ce même titre « tenir de Dieu tout ce qu'il a. Comme donc « plus une chose est actuelle, plus elle tient de (( l'être, il s'ensuit que plus elle est actuelle, « plus elle doit tenir de Dieu. Ainsi, notre ânie (( conçue, comme exerçant sa liberté, étant plus « en acte que conçue comme pouvant l'exercer , « elle est,parconséquent, davantage sous l'action (( divine, dans son exercice actuel, qu'elle ne (( l'était auparavant : ce qui ne se peut entendre (( si on ne dit que cet exercice vient immédiate- (( ment de Dieu. En effet, comme Dieu fait en (( toutes choses ce qui est être et perfection , si (( être libre est quelque chose, et quelque pcrfec- (( tion dans chaque acte. Dieu y fait cela même « qu'on appelle libre ; et l'ellicace infmie de son (( action, c'est-à-dire de sa volonté, s'étend, s'il « est permis de palier ainsi, jusqu'à cette foi'- (( nullité. \'A il ne laut pas objeciei" que le piopi'e (( de l'exercice de la libcité, c'est de venir seule- « nient de la libellé même; car cela serait \éii- « table, si la liberté de Thomme était une liberté « première et indépendante, et non une liberté « découlée d'ailleurs. Mais, comme il a été dit,

352 Sailli Tlioiniis cl la Pliilosopliic Giirlésicnno.

(( toute volonté crccc est comprise, comme dans a sa cause, dans la volonté divine ; et c'est de là (( que la volonté humaine a d'être libre. Ainsi, (( étant véritable que toute notre liberté vient en « son fond immédiatement de Dieu, celle qui se « trouve dans notre action doit venir de la c( même source, parce que notre liberté n'étant « pas une liberté de soi, indépendamment de « Dieu, elle ne peut donner à son action d'être « libre de soi indépendamment de Dieu : au (( contraire, cette action ne peut être libre qu'ace vec la même dépendance qui convient essence tiellement à son principe. D'où il s'ensuit que (( la liberté vient toujours de Dieu comme de sa « cause ; soit qu'on la considère dans son fond, « c'est-à-dire dans le pouvoir de choisir, soit (c qu'on la considère dans son exercice et comme « appliquée à tel acte.

(( N'importe que notre choix soit une action « véritable que nous faisons: car, par là même, «elle doit encore venir immédiatement de Dieu, qui (( étant, comme premier être, cause immédiate « de tout être , comme premier agissant doit être ((causedetoute action : tellementqu'ilfait en nous « l'agir même, comme il y fait le pouvoir agir. « Et de même que l'être créé ne laisse pas d'être, c( pour être d'un autre, c'est-à-dire pour être de « Dieu, au contraire, il est ce qu'il est, à cause « qu'il est de Dieu : il faut entendre de même,

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« que l'agir créé ne laisse pas, si on peut parler (( de la sorte, d'être un agir, pour être de Dieu ; « au contraire, il est d'autant plus agir, que Dieu « lui donne de l'être. Tant s'en faut donc que « Dieu, en causant l'action de la créature, lui ôte « d'être action, qu'au contraire il le lui donne ; (( parce qu'il faut qu'il lui donne tout ce qu'elle a a et tout ce qu'elle est , et plus l'action de « Dieu sera conçue comme immédiate, plus elle (c sera conçue comme donnant immédiatement, (( et à chaque créature, et à chaque action de la « créature, toutes les propriétés qui leur court viennent. Ainsi, loin qu'on puisse dire que (c l'action de Dieu sur la nôtre lui ôte sa liberté, « au contraire, il faut conclure que notre action (( est libre à priori, à cause que Dieu la fait être (C libre. Que si on attribuait à un autre qu'à notre « auteur de faire en nous notre action, on pourrait « croire qu'il blesserait notre liberté, et romprait (C pour ainsi dire, en le remuant, un ressort si « délicat, qu'il n'aurait point fait : mais Dieu n'a (( garde de rien ôter à son ouvrage par son (( action, puisqu'il y fait, au contraire, tout ce « qui est, jusqu'à la dernière précision ; et qu'il (( fait, par conséquent, non seulement notre choix, (( mais encore, dans notre choix, la liberté u même.

(C Pour mieux entendre ceci, il faut remarquer (( que, selon ce qui a été dit, Dieu ne fait pas

354 Siiiiit Thomas et la Philosophie Cartésienne.

(( notre action comme une chose détachée de u nous ; mais que, faire notre action, c'est faire (( que nous agissions : et faire dans notre action (( sa liberté, c'est faire que nous agissions librece ment ; et le faire, c'est vouloir que cela soit : car (( faire, à Dieu c'est vouloir. Ainsi, pour entendre u que Dieu fait en nous nos volontés libres, il « faut entendre seulement qu'il veut que nous « soyons libres, mais il ne veut pas seulement « que noussoyons libres en puissance, il veut que « nous so^^ons libres en exercice : il ne veut pas seuu Icment, en général, que nous exercions notre (( liberté, mais il veut que nous l'exercions par (( tel et tel acte. Car, lui, dont la science et la « volonté sont toujours jusqu'à la dernière préce cision deschoses, nese contente pas de vouloir (( qu'elles soient en général ; mais il descend a (( ce qui s'appelle tel et tel, c'est-à-dire à ce qu'il « y a de plus particulier ; et tout cela est com- « pris dans ses décrets. Ainsi, Dieu veut, dès (( l'éternité, tout l'exercice futur de la liberté « humaine, en tout ce qu'il y a de bon et de « réel. Qu' y a-t-il de plus absurde que de dire « qu'il n'est pas, à cause que Dieu veut qu'il c( soit? Ne faut-il pas dire, au contraire, qu'il est « parce que Dieu le veut ; et que, comme il « arrive que nous sommes libres par la force du (( décret qui veut que nous soyons libres , il « arrive aussi que nous agissons librement en

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« tel et tel acte, par la force du mcine décret, qui (( descend à tout ce détail ?

« Ainsi, ce décret divin sauve parfaitement (( notre liberté ; car la seule chose qui suit en « nous, en vertu de ce décret, c'est que nous « fassions librement tel et tel acte. Et il n'est pas « nécessaire que Dieu, pour nous rendre con- (( forme à son décret, mette autre chose en nous que «.notre propre détermination, ou qu'il l'y mette « par autre que par nous. Comme donc il serait (( absurde de dire que notre propre détermination « nous ôtât notre liberté, il ne le serait pas « moins de dire que Dieu nous l'ôtât par son « décret : et, comme notre volonté, en se déter- « minant elle-même à choisir une chose plutôt (( que l'autre, ne s'ôte pas le pouvoir de choisir «entre les deux, il faut conclure de même que ce dé- «cretde Dieu ne nous l'ôte pas. Car le propre de « Dieu, c'est de vouloir, et, en voulant, de faire dans «chaque chose, danschaque acte,cequecettecho- « se et cet acte sera et doit être. Et, comme il ne « répugne pas à notre choix et à notre détermi- « nation de se faire par notre volonté, puisqu'au « contraire telle est sa nature , il ne lui rcpui^ne « pas non plus de se faire par hi volonté de Dieu, u qui la veut, et la fera être telle qu'elle serait si « elle ne dépendait que de nous. En elVet, nous « pouvons dii'e que Dieu nous fait tels que nous « serions nous-mêmes, si nous pouvions être de

35(5 Sailli Thomas et la Philosophie Cartésienne.

« nous-mcmcs ; parce qu'il nous fait dans tous (( les principes, et dans tout l'état de notre être. « Car, à parler proprement, l'état de notre être, « c'est d'être tout ce que Dieu veut que nous « soyons. Ainsi, il fait être homme, ce qui est « homme ; et corps, ce qui est corps ; et pensée, « ce qui est pensée ; et passion, ce qui est passion; « et action, ce qui est action ; et nécessaire, ce « qui est nécessaire ; et libre, ce qui est libre ; et a libre en acte et en exercice, ce qui est libre en « acte et en exercice : car c'est ainsi qu'il fait « tout ce qu'il lui plaît dans le ciel et dans la « terre, et que dans sa seule volonté suprême est « la raison à priori de tout ce qui est.

« On voit, par cette doctrine, comment toutes « choses dépendent de Dieu ; c'est qu'il ordonne « premièrement, et tout vient après : et les créa- « tures libres ne sont pas exceptées de cette loi : « les libres n'étant pas en elles une exception de (( la commune dépendance, mais, une différente « manière d'être rapportée à Dieu. En effet, leur « liberté est créée, et elles dépendent de Dieu « même comme libres ; d'où il s'ensuit qu'elles « en dépendent même dans l'exercice de leur « liberté. Et il ne suffit pas de dire que l'exer- « cice de la liberté dépend de Dieu, parce qu'il « est en son pouvoir de nous l'ôter ; car ce n'est (c pas ainsi que nous entendons que Dieu est « maître des choses : et nous concevons mal sa

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« souveraineté absolue, si nous ne disons qu'il ((estlemaîtredcles empêcher d'être, et de les faire « être; et c'est parce qu'il peut les faire être qu'il «peut aussi les empêcher d'être. 11 peut doncégale- « ment, et empêcher d'être, et faire être l'exer- « cice de la liberté ; et il n'a pour cela qu'à le « vouloir. Car, il le faut dire souvent, à Dieu, «faire, c'est vouloir qu'une chose soit; après « quoi, il n'y a rien à craindre pour nous, dans « l'action toute-puissante de Dieu, puisque son « décret qui fait tout, enfermant notre liberté et « son exercice, si par l'événement il la détruisait, « il ne serait pas moins contraire à lui-même « qu'à elle.

« Ainsi, concluent les théologiens dont nous « expliquons les sentiments, pour accorder le « décret et l'action toute-puissante de Dieu avec « notre liberté, on n'a pas besoin de lui donner un « concours qui soit prêt à tout, indifieremment, « et qui devienne ce qu'il nous plaira; encore « moins de lui faire attendre à quoi notre volonté « se portera, pour former ensuite à jeu sur son « décret sur nos résolutions. Car sans ce faible « ménagement, qui brouille en nous toute l'idée « de première cause, il ne faut que considérer « que la volonté divine, dont la vertu infinie « atteint tout, non seulement dans le fond, mais « dans toutes les manières d'être, s'accorde par « elle-même avec l'eifet tout entier, où elle met

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« tout ce que nous y concevons, en ordonnant « qu'il sera, avec toutes les propriétés qui lui (( conviennent.

a Au reste, le fondement principal de toute « cette doctrine est si certain, que toute l'Ecole « en est d'accord. Car, comme on ne peut poser « qu'il y ait un Dieu, c'est-à-dire une cause pre- (( mière et universelle, sanscroireenmême temps « qu'elle ordonne tout, et qu'elle fait tout immc- (( diatement, de là vient ' qu'on a établi un con- « cours immédiat de Dieu qui atteint en parti- (( culier toutes les actions de la créature, môme « les plus libres : et le peu de théologiens qui « s'opposent à ce concours sont condamnés de (( témérité par tous les autres. Mais, si on em- « brasse ce sentiment pour sauver la notion de « cause première, il la faut donc sauver en tout ; (( c'est-à-dire que, dès qu'on nomme la cause « première, il faut la faire partout aller devant, « et si on songe à l'accorder avec son effet, il faut « fonder cet accord sur ce qu'elle est cause, et (c cause encore, qui n'agissant pas avec une im- (( pétuosité aveugle, ne fait ni plus ni moins u qu'elle veut ; ce qui fait qu'elle ne craint pas de u prévenir son effet en tout et partout; parce u qu'assurée de sa propre vertu, elle sait qu'ayant « commencé, tout suivra précisément comme « elle l'ordonne, sans qu'elle ait besoin pour cela « de consulter autre chose qu'elle-même.

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« Tel est le sentiment de ceux qu'on appelle (( Thomistes ; voilà ce que veulent dire les plus (( habiles d'entre eux, par ces termes de prémo- (( lioimx prédétermination physique^ qui semblent a si rudes à quelques-uns , mais qui, étant enten- (f dus, ont un si bon sens. Car, enfin, ces théo- « Ipgiens conservent dans les actions humaines « l'idée tout entière de la liberté, que nous avons a donnée au commencement : mais ils veulent « que l'exercice de la liberté, ainsi délini, ait « Dieu pour cause première, et qu'il l'opère non « seulement par les attraits qui le précèdent, (( mais encore dans ce qu'il y a de plus intime : « ce qui leur paraît d'autant plus nécessaire, (( qu'il y a plusieurs actions libres, comme il a « été remarqué, où nous ne sentons aucun plaisir, (( ni aucune suavité, ni enfin aucune autre raison (( qui nous y porte, que notre seule volonté ; ce (( qui ôterait ces actions à hi Providence, et (( même à la prescience divine, selon les principes « q^ue nous avons établis, si on ne reconnaissait « que Dieu atteint, pour ainsi parler, toute action u de nos volontés, dans son fond, donnant iniu médiatciiieni et intimement à chacune tout ce « qu'elle a d'être ('). »

(1) Traitô du libre ailûtro, c. vni.

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