‹ S. Thomas d'Aquin et la philosophie cartésienne (volume 2)Chapitre 27 sur 38 · LE JUGEMENT. — ERREURS DE DESCARTES ET DE · texte numérisé non relu

LE JUGEMENT. — ERREURS DE DESCARTES ET DE

MALEBRANCHE. — r.E RAISONNEMENT. — LE SYLLOGISME

ET l'induction. ILS NE DIFFÈRENT (JUE PAR LA FORME.

— FAUSSE THÉORIE DU P. GRATRY SUR l/iNDUCTION.

La raison et l'intelligence sont la même faculté, dit saint Thomas ('), et, pour s'en convaincre, il sudit d'ctiulici' leurs actes. L'intelligence, en eflet, est la sim|^lc compréhension de la \érité intelligible, et la raison est le procédé de l'esprit allant d'une vérité à une autre. Les anges possè-

(1) I I»., «l- LXXIX, a. s.

40i Saint Thomas et la Philosophie Cartésienne.

dent d'une manière parfaite, dans les limites de leur nature, la connaissance de la vérité intelligible ; ils ne sont pas obligés de recourir à ce mode d'inquisition intellectuelle : ils la contemplent d'un regard simple et direct. Les hommes, au contraire, n^y arrivent que par des voies détournées, en avançant pas à pas, d'une vérité plus connue à une autre qui l'est moins : c'est ce qu'on appelle raisonner. Il est donc évident que l'intelligence est à la raison ce que le repos est au mouvement, et, comme le mouvement procède toujours d'un principe immobile et tend au repos , il s'ensuit que le raisonnement part de quelques vérités vues immédiatement et sans démonstration et qu'il y retourne pour se reposer dans la jouissance de la vérité conquise. Or se mouvoir et se reposer sont le fait de la même puissance et du même sujet. Lorsque je suis arrivé au terme d'un voyage, je suis le même que lorsque j'étais en route ; de même, la raison, voyageur à la recherche de la vérité, est la même faculté que l'intelligence que l'on peut comparer au voyageur arrivé à son but.

Il faut en dire autant de ce qu'on appelle la raison supéri'^ure et la raison inférieure (i).

La raison supérieure est la faculté de contempler les choses immuables et éternelles, soir en

',1) I p., q. Lxxix, a. p.

La Raison et le Raisonnement. 405

elles-mêmes, soit dans les applications pratiques qu'on en déduit ; la raison inférieure étudie les choses variables et changeantes du temps. Les choses temporelles sont pour nous le moyen de nous élever à la connaissance des choses éternelles, et, dans la recherche de la vérité, nous devons nous élever des premières aux secondes; mais, s'il s'agit de les juger en dernier ressort, nous prenons notre mesure et notre règle dans les principes éternels, qui sont à la fois, comme nous le disions tout à Theure, et le point de notre départ et le terme de notre raison.

Le point de départ, parce que, lorsqu'ils sont connus au moyen des choses temporelles, nous nous appuyons sur ce roc immobile, pour nous élancer ensuite sur la mer souvent houleuse des investigations scientifiques, et nous n'avons de repos que lorsque nous sentons de nouveau sous nos pieds le terrain solide d'un principe immuable. Or, nous venons de le voir, le sujet qui marche est le même que celui qui arrive; la raison inférieure est donc la même faculté que la raison supérieure, il n'y a entre elles qu'une divergence d'objet et de tendance. La raison supérieure se tourne naturellement vers la contemplation des pi-mcipes éternels, tandis que la raison inférieure a surtout de l'attrait pour les choses du temps : elle est la faculté dominante de ce qu'on appelle le savant.

iO'l Siiinl Tlioniîis oL la Pliilosophic Cartésienne.

En résumé , quels que soient les diverses opérations de l'intelligence et les noms qu'on lui donne, il s'agit toujours d'une seule et même puissance.

Elle nous a été accordée pour voir le vrai; mais comment s'y prend-elle? Quels sont les ressorts qu'elle fait mouvoir pour atteindre ce but ! Ici , comme toujours , la psychologie de saint Thomas est d'une admirable profondeur et d'une sûreté infaillible.

La recherche et l'acquisition de la vérité mettent en jeu toute l'activité intellectuelle de l'àme ; mais, dans les replis les plus cachés de notre intelligence, quelle est l'opération dont le résultat est de nous mettre en possession du vrai ?

De même, dit saint Thomas (^), que la vérité se trouve plutôt dans l'intelligence que dans les choses ; de même, si nous voulons savoir quel est l'acte intellectuel qui nous fait saisir le vrai, nous reconnaîtrons que c'est l'affirmation ou la négation, c'est-à-dire le jugement., plutôt que l'acte par lequel Tintelligence appréhende l'essence des choses.

Cet énoncé a besoin d'explications.

La raison formelle du vrai, ajoute saint Tho-

(1) Q. de Verit., q. i, a. 3. Pcrihermenias, I. I, lect. I, III; de Anima, lect. XI.

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