I.a Haisoii cl le Hriisonncmoiil
mas, consiste dans l'équation entre l'idée et son objet. L'équation suppose nécessairement deux: ternies, et l'intelligence ne commence à apercevoir les lueurs du vrai que lorsqu'elle est en vpossession du concept qu'elle peut comparer à l'objet. Elle prononce alors un jugement et déclare le concept conforme ou non a l'objet. Si le jugement prononcé est l'expression d'une équation réelle, l'intelligence est dans le vrai; si, au contraire, il y a disparité et que l'intelligence affirme la parité, il y a erreur. L'erreur ou la vérité n'est donc que dans le jugement. On voit par là qu'un jugement précipité et prononcé avant un sérieux examen de l'objet est une des causes les plus générales de nos erreurs, tandis qu'une étude prudente, circonspecte et sage présente toutes les garanties d'un jugement sur et vrai.
C'est pour n'avoir pas distingué l'acte de simple intelligence, par lequel nous appréhendons l'essence des choses, de l'autre acte, par lequel nous aliirmons ou nous nions la conformité ou la disparité entre le concept et l'objet, que Descartes et les Cartésiens se sont trompés sur la nature de l'acte primordial de l'intelligence, le jugement, et qu'ils en ont fait l'apanage de la volonté.
(( Venant à me regarder plus attentivement, dit
408 Saint Thomas cl la Philosophie Cartésienne.
« Descartes {^), et à considérer quelles sont mes « erreurs, lesquelles seulement témoignent qu'il « y a en moi de l'imperfection, je trouve qu'elles « dépendent du concours de deux causes, à « savoir, de la faculté de connaître, qui est en (( moi, et de la faculté d'élire, ou bien de mon (( libre arbitre, c'est-à-dire mon entendement et (( ensemble de ma volonté. Car par l'entende- (( ment seul je n'assure ni ne nie aucune chose, « mais je conçois seulement les idées des choses (( que je puis assurer ou nier. Or, en le considé- « rant ainsi précisément, on peut dire qu'il ne se (( Trouve jamais en lui aucune erreur. »
Descartes confond les deux actes intellectuels que saint Thomas distingue soigneusement: l'acte par lequel l'entendement appréhende l'essence des choses, acte dans lequel nous ne nions ni n'affirmons et qui, par conséquent, n'est pas sujet à l'erreur, puisqu'il suspend son jugement, et l'acte par lequel nous nions ou nous affirmons. Dès que nous hasardons une affirmation ou une négation, nous pouvons nous tromper, et nous nous trompons, en effet, si notre jugement ne correspond pas à la réalité.
« D'où est-ce donc que naissent mes erreurs ? « continue Descartes. C'est à savoir de cela seul c( que ma volonté, étant beaucoup plus ample et
(l) IV» Méditation, p. 298 et seq.