CHAPITRE IV
Les Catégories d'Aristote et celles de Kant,
Le raisonnement se résout en jugement et le jugement en concepts. Aristote a jeté un regard sur l'universalité des concepts et il les ramène a dix qui sont:
La substance,
La quantité,
La qualité,
La relation.
L'agir,
Le pâtir.
Le lieu,
Le temps {quando),
La situation (sitiis),
L'avoir.
Catégories d'Arislotc et de Kant. 425
Nous ne donnons pas à cette classification une importance démesurée; cependant nous croyons que la Logique de Port-Royal est trop sévère à son égard : « Voilà, dit-elle, les dix catégories « d'Aristote dont on fait tant de mystères, quoi- « que, à dire vrai, ce soit une chose de soi très « peu utile, et qui non seulement ne sert guère « à former le jugement, ce qui est le but de la « vrai logique, mais qui souvent y nuit beaucoup « pour deux raisons qu'il nous est important de « remarquer.
« La première est qu'on regarde ces catc- « gories comme une chose établie sur la raison (( et sur la vérité, au lieu que c'est une chose « tout arbitraire, et qui n'a d'autre fondement « que l'imagination d'un homme qui n'a aucune « autoritéde prescrire une loi aux autres, qui ont « autant de droit que lui d'arranger d'une autre « sorte les objets de leurs pensées, chacun selon « sa manière de philosopher ('). »
Malgré le respect que nous inspire le grand noni d'Arnauld, nous nous permettons de faire observer : premièrement , qu'on ne fait aucun mystère des catégories d'Aristotc , puisqu'on les trouve expliquées dans tous les traités de logique ; secondement y qu'elles ne sont pas arbitraires et qu'elles ont un autre fondement que
(1) Logique do Porl-Royal, !'• p., c. m.
426 Sainl Tliomas cl la Philosophie CarLésicniic.
l'imagination du philosophe. Est-ce seulement dans l'imagination d'Aristote ou bien dans la réalité qu'une chose est substance, qu'elle a telle quantité, qu'elle est douce ou amère, chaude ou froide, que je la vois, que je la compare à une autre? etc. : tout cela est bien réel et non imaginaire ; troisièmement, enfin, que si tout philosophe a le droit d'établir d'autres catégories, il est bien permis à Aristote d'user d'un droit reconnu à tous.
« La seconde raison qui rend l'étude des caté- « gories dangereuse, continue la Logiquede Port- (( Royal, c'est qu'elle accoutume les hommes à « se payer de mots, à s'imaginer , qu'ils savent « toutes choses, quand ils n'en connaissent que (( des noms arbitraires. »
Ceci serait un abus, je l'avoue ; mais alors il faudrait supprimer l'étude de la prosodie, par exemple, parce qu'un rhétoricien en entendant parler de dactyles et de spondées se croirait capable de composer VEnéïde.
Bossuet est plus impartial. Il n'a pas cru abaisser son génie en expliquant les catégories d'Aristote, et il reconnaît leur utilité. « Elles « accoutument l'esprit, dit-il, à ranger les choses « et à les réduire à certains genres, pour de là « descendre au détail des effets de la nature, et
Catégories d'Arislolc cl de Jvaiit. 427
(( aux autres enseignements plus précis de la « philosophie (^). »
On a beau critiquer les catégories, les trouver incomplètes et leur en substituer d'autres, il n'en est pas moins vrai que le seul projet de classer toutes les conceptions de Tesprit humain est une pensée hardie et une intuition de génie. Du reste, les classifications subséquentes sont toutes plus ou moins calquées sur les catégories d'Aristote, et quand même elles seraient plus parfaites que celles du stagyrite, c'est à lui qu'il faut en attribuer la gloire, parce que le premier il a tracé la voie.
Kantadmet sans difficulté que le dessein d'Aristote « était bien digne d'un si grand hon^me.» Il repousse, il est vrai, les dix catégories pour mettre à leur place celles de son invention.
Suivons l'enchaînement des déductions qui ont conduit Kant à substituer ses catégories à celles d'Aristote {').
« Notre connaissance, dit Kant, décoLilc de (( deux principales sources intellectuelles: Lapre- (( micre est la capacité de recevoir les représcn- (( tations ; la seconde, la faculté de connaître un « objet par ces représentations. Par la première,
(1) L()gi(iu(', I. I, c. i,\ 11.
(2) Criti([uc de hi r.-iisoji ])Uic, Traduction de M. Tissot, 3" edit., pp. 9G et sQi\.
428 Saint Tlioiii.ts ol la Philosophie Cartésienne.
« un objet nous est donné ; par la seconde, il « est pensé en rapport avec cette représentation. « Une intuition et des concepts, voilà donc les (( éléments de toute notre connaissance,
(( L'intuition et le concept sont purs ou empi- (( riques : empiriques, quand une sensation qui « suppose la présence réelle de l'objet s'y trouve « contenue ; purs, au contraire, quand aucune (( sensation ne se mêle à la représentation.
Ici Kant commence à s'égarer, et nous contestons ses deux définitions. Il appelle empirique un concept dans lequel se trouve contenu une sensation qui suppose la présence réelle de l'objet. C'est faux, car il n'est pas nécessaire, pour un concept empirique, que l'objet soit réellement présent : il suffit qu'il soit dans l'imagination ou la mémoire ; il appelle pur un concept dans lequel aucune sensation ne se mêle à la représentation. Je distingue : si Kant veut dire que la sensation ne doit pas entrer dans la représention , comme partie intégrante, transeat ; comme condition, nego. Toutes les réprésentations, en effet, sont causées par la sensation.
Il ajoute (( qu'on peut appeler la sensation, la matière de la connaissance sensible. » Il ne dit pas assez, car la sensation est la matière non seulement de la connaissance sensible, mais aussi de la connaissance intellectuelle. Si Kant limite ainsi le rôle de la sensation, c'est uniquement
Catcgorics d'Aristotc et de Kant. 420
pour pouvoir établir sa théorie des concepts purs, qui, nous le verrons, ne sont qu^une chimère.
Il continue : « Nous appellerons sensibilité (( la capacité de notre esprit d'avoir des réprésen- (( tations, en tant qu'il est affecté d'une manière « quelconque ; au contraire, la faculté de pro- « duire les représentations elles-mêmes ou la (( spontanéité do. la connaissance s'appellera En- (( tendement. »
Ces définitions sont encore fort contestables. Nous remarquerons d'abord que la sensibilité s'entend ordinairement dans un sens beaucoup plus large. On ne doit pas changer arbitrairement la signification généralement reçue des mots, sous peine de tout embrouiller, et nous nions formellement sa définition de V entendement .C' 0,^1 dit-il, la faculté de produire des représentations. Cette faculté n'existe que dans l'imagination de Kant. Notre entendement, en effet, a la puissance de recevoir les représentations et d'en extraire l'idée, etc.; xndd^WnQ les produit pas. Il ne peut, en elfet, que les tirer des objets : Toute représeutation représente quelque chose, et donner à l'entendement la faculté de les produire, c'est le condamner à être le jouet de toutes les illusions, le livrer à une fantasmagorie où il ne creusera que ses rêves et ne poursuivra que des fantômes.
Du reste, Kant se contredit, pas plus loin qu'à la ligne suivante : « Il est donc de notre
430 Saint Thomas et la Philosophie Cartésienne.
(( nature, dit-il, que l'intuition ne puisse être « que sensible, c'est-à-dire qu'elle ne comprenne « que la manière dont nous sommes affectés par « des objets. » Puisque Kant appelle cela une intuition, soit, nous ne voulons pas disputer sur les mots; mais, quand il ajoute : «L'entendement, « au contraire, est la faculté de penser l'objet de « l'intuition sensible, » il contredit la précédente définition de l'entendement. Tout à l'heure, en effet, l'entendement était la faculté de produire les représentations; maintenant c'est la faculté de penser l'objet de l'intuition sensible, c'est-à-dire la représentation. Mais quand l'entendement pense son objet, évidemment il le suppose, car il ne peut pas penser le rien, donc il ne le produit pas.
Nous pourrions, presque à chaque ligne, faire ressortir de semblables contradictions et montrer le vide de cette philosophie qui se drape dans un langage sévère, pour couvrir la nullité du fond soQs l'apparence pédantèsque de la forme.
Kant se base sur ces principes pour distinguer la science des loisde la sensibilité en général qu'il appelle VEstétique, delà science des lois de l'entendement en général, c'est-à-dire <ie la Logique,
Il divise ensuite la Logique en logique générale et en logique particulière. La logique générale s'occupe des règlesde la pensée, sans tenir compte des objets auxquels elles s'appliquent; la logique
Calngories d'Aristotc et de Kant. 431
particulière comprend les règles pour penser convenablement sur une espèce d'objets bien déterminés.
A son tour, la Logique générale est pure ou appliquée. Elle est pure quand nous faisons. abstraction de tout ce qui peut nous être fourni par l'expérience, elle consiste dans des principes à priori ; elle est appliquée « quand elle s'occupe « des règles de l'usage de l'entendement sous les (( conditions subjectives et empiriques que nous a enseigne la psychologie. )> Dans son langage, Kant appelle cette logique générale appliquée (( unccatharlique (*) de l'entendement humain.»
D'après Kant, la logique générale pure constitue seule la science, parce qu'elle n'accepte aucun principe empirique et qu'elle n'a rien de commun avec la psychologie. La logique générale appliquée, au contraire, ne peut jamais être une science véritable, parce qu'elle a besoin de principes empiriques et psychologiques.
C'est ici que Ton touche du doigt tout ce qu'il y a de fragile dans l'échafaudage péniblement élevé par Kant. Quoi donc ! une logique qui s'appuie sur des faits d'expérience et sur l'étude de l'cime ne peut pas être une science ? Ce reproche ne s'adresse-t-il pas plutôt à la logique gêné raie pure, qui, à force d'abstractions, ne repose
(1) Cathartiquc veut dire ((ui iicUoic.
432 Sailli Thomas el la Philosophie Gartésiciiiie.
sur rien et qui a bien l'air de n'être que le fruit de l'imagination de Kant. La logique, par le fait môme qu'elle considère l'ordre des concepts et des jugements dans le raisonnement, suppose les objets de notre connaissance, les opérations de l'intelligence, et s'appuie fatalement sur la psychologie. La logique générale pure de Kant n'est rien ou elle est, sous un autre nom, sa logique générale appliquée.
Kant introduit encore une nouvelle division, en distinguant la logique générale d'une autre logique qu'il appelle transcendantale.(.<. Comme il (( y a, dit-il, des intuitions pures et des intuitions u empiriques, il pourrait bien y avoir aussi une (( différence entre la pensée pure et la pensée (( empirique des objets. )> Il s'appuie sur ce principe pour établir sa distinction entre la logique générale et la logique transcendantale. Mais nous lui ferons observer que cette différence est plus radicale que celle qui peut séparer une logique d'une autre. Toutes les fois, en effet, qu'il y a différence entre la pensée pure et l'objet, il y a erreur : car, que Kant le veuille ou non , la vérité consiste dans l'équation entre la pensée et l'objet; d'où il suit qu'une logique basée sur la différence entre la pensée et l'objet est la logique de l'erreur. Si c'est le rôle qu'il réserve à sa logique transcendantale, elle ne doit pas en être très flattée. Son principe est
Catogorios d'Aristolc ot de Kant. 433
donc faux; le but qu'il assigne à la logique transcendantale est faux aussi, car, d'après lui, elle doit s'occuper de l'origine de nos connaissances cics objets, ce qui est un problème de psychologie, plutôt qu'un problème de logique proprement dite. ^
Nous ne suivrons pas le philosophe allemand dans sa classification de la logique générale en Analytique (Il en Dialectique, de sa logique /r^^//^cendantale en Analytique et en Dialectique transcendantales ; arrivons tout de suite (en demandant pardon à nos lecteurs de les faire passer par de pareils chemins) à son analyse des concepts : c'est une des parties les plus importantes de son célèbre ouvrage : La Critique delà raison pure.
« J'entends par analytique des concepts, dit-il, (( non pas leur analyse ou la méthode ordinairece ment suivie dans les recherches philosophiques, « et qui consiste à décomposer, pour les rendre « clairs, les concepts qui se présentent ; mais (c j'entends cette décomposition, encore peu (( usitée jusqu'ici, de la faculté même de l'enten- « dément, pour reconnaître la possibilité des (( concepts à priori, en ne les recherchant que (( dans l'entendement seul, comme dans leur sol (( natal et en analysant l'usage pur, en général, de
« cette faculté Nous poursuivrons donc les
434 Sailli Tliomas ol, lu Philosopliio Cartésienne.
« concepts purs jusque dans leurs premiers (( germes ou rudiments, nous pénétrerons dans (( les capacités intellectuelles qui leur correspon- « dent, où ils sont préformés, en attendant qu'ils (( se développent à la faveur de l'expérience, et « qu'affranchis par ce même entendement de (( toutes conditions empiriques à eux inhérents, « ils soient exposés dans toute leur pureté « native. »
Voilà donc le but de Kant : il veut analyser les concepts, non pour les rendre clairs (il y a parfaitement réussi), mais pour pénétrer au plus intime des capacités intellectuelles où ils sont préformés, en attendant qu'ils se développent à la faveur de l'expérience.
Pour nous guider dans cette analyse, Kant nous offre charitablement unjil condiictein^ dont nous avons grand besoin. Il faut, d'après lui, rattacher tous les concepts purs à un principe qui les unit entre eux et qui fournit la règle d'après laquelle on peut déterminer, à priori, leur place et l'intégralité de leur nombre. Quel est ce principe ? C'est la spontanéité de la pensée. Kant en revient toujours là, c'est l'erreur qui reparaît sous mille formes dans la Critique de la raisoii pure. 11 a voulu établir une ligne de démarcation infranchissable entre les concepts empiriques et les concepts purs. Il n'a pas vu ou il n'a pas voulu voir que ses concepts purs ne
Catégories d'Aristote et de Kant. 435
sont que les concepts empiriques, transformés par le travail de l'entendement, car un concept ne peut être pur, ni en lui-même, ni dans son origine : en lui-même d'abord, car tout concept, sans exception, se présente sous une forme fournie par l'imagination, quand ce ne serait que l'image du mot qui l'exprime. Qu'on essaye de s'élever à un concept pur et l'on verra que c'est impossible, attendu que toutes nos opérations étant le résultat de notre être qui est double, intellectuel et sensible, elles doivent nécessairement revêtir ce double caractère. Nous" ne pouvons pas penser à quoi que ce soit, sans incarner notre pensée dans une image, parce que nous sommes une intelligence incarnée. Les concepts purs de Kant sont donc en eux-mêmes une chimère : on arrive à la même conclusion, si Ton étudie leur origine. D'après Kant ('), toutes les propositions générales, comme, par exemple, celle-ci : un corps est étendu, sont formées dans l'entendement, l'expérience n'est pour rien dans leur origine. C'est faux, car si l'expérience ne me disait pas ce qu'est un corps et ce qu'est l'étendue, je ne pourrais jamais formuler cette proposition : Tout corps est étendu.
Les concepts ne naissent donc pas de la spontanéité de la pensée, mais ils sont le résultai de
(1) Page 11.
i-3G Saint Thomas ol lu Philosophio Carlôsioiiiio.
l'expérience ; seulement ce résultat est direct ou indirect : direct pour les concepts empiriques, indirect pour les concepts que Kant appelle purs. Le fil conducteur de Kant se brise donc entre ses mains.
L'entendement se sert des concepts pour juger, et si, dans le jugement, on fait abstraction de la matière sur laquelle il porte, pour ne considérer que la forme seule de l'entendement, on trouve que cette fonction de la pensée peut être ramenée à quatre titres :
l'' Quantité des Jugements.
Généraux,
Particuliers,
Singuliers.
2** Qualité, 'à'' Relation.
Afïirmatifs, Catégoriques,
Négatifs, Hypothétiques,
Indéfinis. Disjonctifs.
4'' Modalité.
Problématiques,
Assertoriques,
Apodictiques.
Kant donne les raisons de sa classification ;
Catégories d'Arislotc et de Kant. 437
nous ne les discutons pas pour arriver plus vite aux catégoj^ies.
La logique générale, dit-il, faisant abstraction de toute matière de la connaissance, attend que des représentations lui soient données d'ailleurs, pour les convertir en concepts, au moyen de l'analyse : la logique transcendantale, au contraire, a pour objet une diversité de la sensibilité à priori; mais la spontanéité de notre pensée exige que cette diversité soit d'abord parcourue d'une certaine manière, qu'elle soit recueillie et liée pour en faire ensuite une connaissance. Cette opération s'appelle synthèse. La synthèse est ce qui rassemble les éléments propres à former des connaissances et qui les réunit en une certaine manière; elle est donc la première chose sur laquelle nous devons porter notre attention, quand nous voulons juger de l'origine de nos connaissances (').
Ici nous arrêtons le philosophe allemand pour le prier de nous expliquer sa pensée. Si, par synthèse, il entend une connaissance vague, confuse et indécise d'un objet, par exemple, quand je vois de très loin quelque chose et que je ne sais pas si c'est un homme, un arbre ou un cheval, soit; mais, dans ce cas, la synthèse n'est
(1) Nous résumons litlolciiiciit l\;»ul en nous sor\an( dos c\i)rossions ni(>uios «le Tautcur.
438 Saint Thomas et la Philosophie Cartésienne.
pas, comme il le dit, Vaction d'ajouter les unes aux autres plusieurs représentations différentes et d'en saisir la diversité dans une seule connaissance. Car, dans l'exemple cité, je ne puis pas ajouter les unes aux autres plusieurs représentations, attendu que je n'en ai qu'une, à savoir, qu'il y a très loin quelque chose. Si, au contraire, la synthèse est pour lui, comme pour tout le monde, le résumé en un seul concept des diverses connaissances obtenues sur un objet, nous lui ferons remarquer alors que la synthèse n'est pas du tout la première chose sur laquelle nous devons porter notre attention., quand nous voulons juger de l'origine de nos connaissances ; car cette synthèse doit toujours être précédée d'un travail préliminaire, qui est l'analyse. Qu'est-ce, en effet, qu'une synthèse qui ne repose pas sur l'analyse ? Elle n'est qu'un amusement de l'esprit. Si le principe de Kant était appliqué, toute la science se forgerait à p? lori ; nous déciderions nousmêmes que les choses doivent être de telle ou telle façon, et que c'est à elles à venir se mettre docilement en harmonie avec une science fabriquée tout d'une pièce par la spontanéité de la pensée. Qui ne voit que la marche contraire est la vraie ? Qui ne voit que la seule méthode possible, en tout ordre de choses, consiste à analyser les objets de nos connaissances pour régler nos concepts d'après la réalité ? Sans cela, on crée
Catégories d'Aristotc et rtc Kant. 430
une science imaginaire et on bâtit tout l'édifice sur le terrain mouvant des hypothèses et de hi fantaisie.
Kant continue : « La fonction de l'entendement, dit-il, est de réduire cette synthèse en concepts (^). » Pour opérer ce travail, l'entendement a deux procédés à sa disposition : la logique générale, qui soumet, à l'aide de l'analyse, des représentations différentes à un seul concept ; la logique transcendantale, qui ramène à des concepts, non pas des représentations, mais la s^^nthèse pure des représentations. Avant d'arriver au terme qui est la connaissance d'un objet quelconque, il y a comme trois étapes à parcourir : la première est la diversité de l'intuition pure, la seconde est la synthèse de cette diversité, enfin les concepts qui donnent l'unité à cette S3mthèse pure : ces concepts reposent sur l'entendement proprement dit.
Or, c'est le même entendement qui, par les mêmes opérations qui lui servent à donner aux concepts la forme logique d'un jugement, au mo^^en de Tunité analjtique, c'est, dis-je,le même entendement qui introduit une matière transcendantale dans ses représentations, par le moyen de l'unité synthétique de la diversité dans l'intuition en général (concepts purs).
(1) Loc. cit., j). 11'!.
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II y aura donc autant de concepts purs qu'il y a de fonctions logiques dans tous les jugements ; par conséquent, la table des concepts purs, que nous appellerons catégories pour nous conformer au langage d'Aristote, sera symétrique de la table des fonctions logiques. Après celumineux exposé, Kant veut bien nous dresser la table des catégories de son invention,