II
182 Saint Thomas et la Philosophie Cartésienne.
« une explication raisonnable et plausible du « langage général et obscur d'Aristote, nous nous « trouvons très près de la vérité. En effet, que « peut être Vacte d'une faculté de connaître ? « L'acte d'une faculté de connaître ne saurait « se concevoir, si l'on n'entend par là une espèce « de connaissance actuelle. Quand donc Aristote ((établit que l'intellect actif a besoin, pour for- (( mer les universaux, c'est-à-dire les connais- (( sances intellectuelles, d'être lui-même en acte, (( il semble qu'il ait voulu dire que cet intellect (( possède, dès le principe, et par sa proprenature, (( une certaine espèce de connaissance au mo3^en (( de laquelle il peut produire les autres connais- (( sances actuelles à l'occasion de fantômes sen- (( sibles ; mais il paraît aussi que ce philosophe (( a été détourné de pénétrer plus avant dans « l'examen decette connaissance innée, soit qu'il (( fût effrayé de la difficulté qui se rencontre à <( vouloir la déterminer, sans tomber en contra- (( diction avec soi-même ; soit qu'il craignît d'en (( voir sortir des choses trop favorables au sys- « tème de Platon, dont il s'était déclaré l'adver- (( saire. » Rosmini déplore qu'Aristote n'ait pas poursuivi cette idée (( qui pouvait devenir proc( digieusement féconde, exploitée par le génie (( d'un homme aussi étonnant ».
C'est accuser gratuitement Aristote d'avoir mieux aimé adopter un système faux plutôt que
Système de saint Thomas (suite). 183
de se départir de son antagonisme contre Platon: le Stagyrite eijt été partisan des idées innées, mais il avait à cœur de dire toujours non là où Platon avait dit oui.
« Les commentateurs, continue Rosmini (a. xx), « ont donné peu de développement à ce passage « d'Aristote, qui, tout court qu'il est, est un des (c plus remarquables. Néanmoins, les observa- « tions que fait saint Thomas sur ce fragment, «'me confirment dans mon opinion. »
Vo3^ons donc si le texte d'Aristote et le commentaire de saint Thomas donnent raison à Rosmini.
Quant au texte d'Aristote le voici : L'intellect agent absolument immatériel est une substance actii eus (').
Rosmini voit dans ces deux mots « qu'Ace ristote se montre prêt à transiger avec sa '( propre doctrine... qu'il semble incliner à « reconnaître dans l'intelligence une sorte de (( type universel dont elle rapprocherait la perce ception des sens afin de pouvoir les rendre « universels ». Cependant le philosophe italien avoue qu'il est difficile d'avoir une idée bien claire de ce qu'Aristote a voulu dire. Non, cela n'est pas difficile à la condition de ne voir dans les deux mots d'Aristote que ce qu'il y a. Si
(1) III de Anima.
184 Sainl Thomas et la Philosophie Cartésiei)iie.
le Stagyrite, en effet, dit que l'intellect agent est eus actit, c'est afin d'exprimer nettement la réalité et l'activité de l'intellect, mais il ne suit pas de là qu'Aristote ait admis une idée innée. Rosmini torture le commentaire de saint Thomas pour y trouver sa thèse favorite de l'innéité de l'idée d'être et il ne donne pas une notion exacte du rôle que le docteur Angélique attribue à l'intellect agent. « On a prétendu, (( dit-il, que l'action de l'intellect actif consis- (( tait à séparer dans les choses ce qu'il y a « de commxun et ce qu'il y a de propre ; or, par « là, on supposait faussement qu'il y avait dans « les objets réels quelque chose de commun en (( soi et indépendamment de l'opération de l'in- (c telligence. » Cependant dans le même passage que Rosmini devait avoir sous les yeux quand il écrivait ces lignes, saint Thomas dit que « l'intellect agent rend intelligible en acte (( ce qui avant ne l'était qu'en puissance, en (( faisant abstraction des conditions matérielles». Cette opération ne suppose nullement qu'il y a dans les objets réels quelque chose de commun en soi, indépendamment de l'acte intellectuel, car, nous l'avons répété mille fois, le particulier est dans Tobjet, l'universel est dans l'intelligence et l'universel est formé par Tintellect agent qui sépare le particulier de ses conditions individuantes.
Système de saint Thomas (suite). 185
Le rôle que nous donnons à l'intellect agent ne renferme donc pas une supposition fausse, et saint Thomas l'a certainement compris dans le sens que nous exposons. L'état de l'intellect agent n'est pas, comme le voudrait Rosmini, un « état intermédiaire entre être en acte de « manière à avoir les idées de toutes les choses (( et entrevoir quelques-unes de ces idées ». A l'appui de cette opinion qu'il veut faire partager à saint Thomas, Rosmini cite une phrase qui ne lui donne aucun droit d'interpréter, comme il le fait, la parole du saint Docteur. Voici du reste, non plus seulement la phrase isolée citée par Rosmini, mais le texte tout entier (^) : « Par rapport à l'intelligible, l'intel- « lect possible est en puissance et l'intellect « agent est en acte ; or, comme une chose ne « peut pas être, sous le même rapport, en puisce sance et en acte, il semble que les deux intel- « lects ne puissent pas être réunis dans la même « substance, c'est-à-dire dans la même àme. « L'objection est facile à résoudre, si on consi- « dère comment l'intellect possible est en puis- « sance relativement à l'intelligible et comment a l'intelligible est en puissance relativement à « l'intellect agent. L'intellect possible est, en « effet, en puissance à l'égard de l'intelligible
il) In III de Anima, 1. X.
(c comme l'indéterminé par rapport au déter- « miné, il est comme une toile apte à recevoir c( des couleurs. ^ ce point de vue Vintellect agent « n est pas en acte. Si, en effet, il avait en lui- « même les intelligibles déterminés, Tintellect « possible n'aurait pas besoin de fantômes, car « l'intellect agent seul l'actualiserait. L'intellect « agent est don-c en acte par rapport à l'intel- « ligible, en tant qu'il est une faculté immaté- « rielle active, capable de rendre les autres « choses semblables à lui, c'est-à-dire immatéc( rielles. C'est en les rendant immatérielles, « qu'il fait intelligible en acte ce qui ne l'était « qu'en puissance : il est comme la lumière « qui actualise les couleurs quoiqu'elle n'ait en « elle-même aucune couleur déterminée. »
Y a-t-il dans cette page de saint Thomas un seul mot qui autorise la thèse de Rosmini? Saint Thomas admet-il pour l'intellect agent un état intermédiaire dans lequel le philosophe italien voudrait glisser son système ? Non, car saint Thomas dit formellement que Vintellect agent n'est pas en lui-même en acte , par rapport à une idée déterminée quelle qu'elle soit, il est la puissance de rendre l'objet intelligible en l'immatérialisant.
Rosmini renvoie timidement au bas de la page une note vraiment étonnante et qui prouve àquel point il désirait faire concorder son système
Système de saint Thomas (suite). 187
avec l'idéologie thomiste : « Quand on lit attente tivement saint Thomas, dit-il, on voit qu'en « rejetant les idées innées, il n'a en vue que les (( idées ou espèces déterminées. Anima intel- « Icctiva est qiiidem actu immaterialis, id est in i( potentiâ ad determinatas species reriim. Or « c'est précisément là notre doctrine : Nous « nions que l'àme humaine ait en naissant des « idées ou espèces déterminées ; nous nous « bornons à lui en accorder une parfaitement « indéterminée ; c'est ce que saint Thomas « appelle, non pas idée, mais lumière, et ce qui (( rend l'àme actu immatérielle. »
En vérité, l'aveu est trop naïf et peu digne du philosophe illustre que nous combattons : je suis complètement de l'avis de saint Thomas, dit Rosmini, et je ne m'écarte pas de son enseignement, car ce que saint Thomas appelle lumière innée est pour moi idée innée, c'est une simple question de mots, le fond est le même.
Qui ne voit que ces mots sont, au contraire, la formule de deux systèmes opposés. Non, la lumière innée de saint Thomas n'est pas l'idée de Rosmini : le saint Docteur, faut-il le dire" encore? n'admet d'innée que la faculté et Rosmini, comme tant d'autres, a cédé à la tentation de vouloir faire partager à saint Thomas des opinions qu'il n'a jamais eues.
188 Saint Thomas et la Philosophie Cartésienne.
Un disciple de Rosmini, Mgr Ferré, évêque de Casale,'a renouvelé la tentative de son Maître, dans un discours lu à l'Académie de la religion Catholique ( Rome, ISaoïJt 1870).
Le savant prélat cite à l'appui de sa thèse, l'article premier de la question de Magistro.
Il y a, dit saint Thomas dans cet article, trois questions qui de .tout temps ont provoqué des divergences d'opinions parmi les philosophes, ces trois questions sont : réduction des formes, l'acquisition des vertus et l'acquisition de la science.
Les uns disent que les formes des choses sensibles viennent tout entières ab extî^inseco,c'està-dire d'une substance ou d'une forme séparée, et que les agents naturels inférieurs ne font que préparer la matière à la réception de la forme : ils appliquent cette idée au monde moral et au monde intellectuel, de telle sorte que, pour eux, l'activité humaine se borne à disposer i'àmc à la réception soit de la vertu soit de la science qui lui arrivent Tune et Tautre d'une substance séparée.
D'autres, au contraire, ont pensé que la science et la vertu n'ont aucune cause extérieure, mais qu'elles sont innées et que l'activité du sujet ne fait que les manifester au dehors. La nature, disent-ils, nous donne, au moment de notre
Système de saint Thomas (suite). 189
création, la vertu et la science complètes; nos actes se bornent à écarter les nuages qui les cachent, comme la lime enlève la rouille pour faire paraître le brillant du fer. Dans ce S3^stème , lascience n'est qu'une réminiscence ou une considération nouvelle d'une chose apprise déjà.
Ces deux opinions, continue saint Thomas, n'ont aucune raison d'être. La première, en effet, renverse l'harmonie générale qui consiste dans la connexion des causes et qui exige que la cause pren^ière donne aux causes secondes non seulement l'être, mais encore une causalité réelle et la seconde tombe dans le même inconvénient, car, si l'action de la cause seconde se borne à écarter les voiles qui cachent la vertu et la science, sa causalité sera apparente plutôt qu'efficace. Il faut donc choisir un milieu entre ces deux extrêmes.
Les formes naturelles préexistent, il est vrai, dans la matière, mais elles n'y sont qu'en puissance, et, pour être élevées à l'acte, il est nécessaire de faire intervenir non seulement l'action du premier agent, mais aussi celle de la cause seconde. La loi est la même s'il s'agit de la vertu ou bien de la science. Avant la consommation et le couronnement de la vertu, il y a en nous des inchnations naturelles qui sont comme le germe, qui, développé par l'exercice, s'épanouira en vertu parfaite. La vertu à son sommet suppose
190 Saint Thomas et la Philosophie Cartésienne.
nécessairement un principe d'où elle découle, un fondement sur lequel elle s'appuie, or ce principe et ce fondement sont les inclinations que nous portons naturellement avec nous. Il en est de même pour la science. Les premiers rudiments existent dans l'intelligence, ce sont les conceptions primordiales qui, aussitôt que l'intelligence s'ouvre, sont éclairées par la lumière de l'intellect agent et acceptées sur-le-champ, comme des auxiliaires sans lesquels l'intelligence ne pourrait pas avancer d'un pas dans l'acquisition de la science. Saint Thomas appelle ces conceptions originelles quœdam scientiarum semina^ et les faux interprètes du saint Docteur ont voulu y voir une affirmation du système des idées innées. C'est une erreur. Nous venons de constater, en effet, que saint Thomas le répudie énergiquement, comme n'ayant aucune raison d'être ; il serait étrange que, dans la même page, le docteur Angélique acceptât une théorie qu'il a sévèrement jugée. Que sont donc pour samt Thomas les semina scientiarum ? Ce sont ces premiers principes évidents par eux-mêmes , acceptés par la raison aussitôt qu'ils lui sont proposés, d'où découlent toutes nos connaissances particulières et qu'on trouve à la base de l'édifice scientifique. Sont-ils innés ? Non, d'après saint Thomas et d'après la vérité. Ils sont en puissance, dit-il, c'est-à-dire que l'intelligence a
Système de saint Thomas (suite). 191
la puissance de les former et de les engendrer, quand l'intellect agent éclaire les species a sensibilibus abstractas.
Il faut savoir, continue le saintDocteur^ qu'une chose préexiste en puissance de deux manières :
Premièrement, en puissance active et complète, ce qui arrive quand le principe intrinsèque suffit pour nous conduire à l'acte parfait. On en a un exemple dans la guérison d'une maladie. Si, en effet, il n'y avait pas dans le malade une force naturelle, capable de le ramener à la santé, il ne guérirait jamais et les remèdes n'y feraient rien.
Secondement , une chose préexiste en puissance purement passive quand le principe intérieur est inefficace pour produire l'acte, comme, par exemple, le bois par rapport au feu.
Dans le premier cas, l'agent extérieur ne fait qu'aider l'agent intérieur en lui donnant les moyens de produire Tacte ; ainsi dans la guérison d'une maladie, le médecin vient en aide à la nature qui est l'agent principal de la guérison, car les remèdes ne sont que les moyens dont la nature se sert pour recouvrer la santé. Dans le second cas, l'action de l'agent extérieur est la cause totale ou à peu près de la production de l'acte; le bois a la puissance de devenir feu, mais il n'arrivera jamais à l'acte, si un agent extérieur ne cause la combustion.
La science préexiste dans l'intelligence en
192 Saint Thomas et la Philosophie Cartésienne.
puissance active ; car si elle ne préexistait qu'en puissance purement passive, jamais un homme seul ne pourrait l'acquérir. Mais remarquons que saint Thomas se garde bien de dire ici que la science préexiste en puissance active et complète, il se contente d'affirmer la préexistence en puissance active, ou, en d'autres termes, que l'homme peut acquérir la science, ce que jamais personne n'a contesté. Comment cette puissance active parvient-elle à l'acte ? Saint Thomas va nous l'expliquer en continuant sa comparaison du malade et du médecin. La comparaison est admirablement choisie, car Tintelligence à la recherche de la science est, en effet, un malade qui soupire après la santé.
De même donc, dit-il, qu'un malade est guéri par la nature d'abord et par le médecin ensuite, de même l'homme arrive à la science par le travail personnel de sa raison d'abord, et ensuite par les secours qui lui viennent du dehors, c'està-dire par l'enseignement. Or, toutes les fois que l'art et la nature tendent au même but, ils suivent les mêmes voies ; si donc nous voulons savoir comment se fait l'acquisition de la science par mode d'enseignement, examinons le procédé que la nature inspire à la raison pour atteindre le même résultat. Le procédé est celuici : marcher vers l'inconnu à la clarté de principes généraux et connus et en déduire les con-
Système de saint Thomas (suite). 193
clusions particulières. C'est aussi la voie que l'on doit faire suivre à la raison d'un homme qu'on veut enseigner. Mais si les conclusions particulières ne sont pas contenues dans les principes généraux^ ou si on ne démontre pas le lien qui les unit, l'enseignement ne produira pas la science.
A la fin de cet article, saint Thomas prononce le mot « ex pi^incipiis innatis )> et cette parole détachée de l'ensemble paraît fournir un argument plausible aux philosophes qui veulent faire du docteur Angélique un partisan des idées innées ; mais il faudrait, pour que l'accusation soit juste, effacer la ligne qui suit immédiatement et où saint Thomas affirme qu'il n'y a d'innée que la lumière rationnelle, au moyen de laquelle les premiers principes sont connus immédiatement.
Voici sespropres paroles. Immédiatementaprès les mots exprincipiïs iiuiatis, Sci'mtThonias ajoute ex ipsis enim principiis perse ;zo^/5, c'est-à-dire que ces principes sont connus par eux-mêmes et n'ont pas besoin de démonstration. Comment sont-ils connus? Par la raison qui les accepteaussitôt qu'ils lui sont présentés : hujiismodi aiitem rationis lumen , qiio principia hiijusmodi sunt nobis nota, est nobis à Deo inditum, c'est-à-dire qu'il n'y a d'inné que la lumière rationnelle au moyen de laquelle les premiers principes sont connus immédiatement. Quand saint Thomas
194 Saint Thomas et la Philosophie Cartésienne.
traite de l'origine de la vertu et dit toujours que les germes nous en sont donnés par la nature et qu'ils sont innés, mais que sont, d'après saint Thomas, ces germes innés? Ils nesontque la tendance de la volonté vers le bien ('). De même l'innéité des premiers principes n'est que leur connaissance connaturelle, et la tendance de l'intelligence vers le vrai nous les fait voir et accepter aussitôt qu'ils s'offrent à nous.
Il 3^ a dans tout homme, dit le grand Docteur, un certain principe de la science, c'est la hunûre de l'intellect agent par laquelle nous connaissons tout d'abord et naturellement certains principes universels de toutes les sciences (-), et commue d'ailleurs saint Thomas enseigne toujours que ces principes sont puisés dans les espèces abstraites des choses sensibles, il est de la dernière évidence que, pour lui, ils sont acquis et non innés, il n'y a donc d'innée que la puissance.
Après avoir cité l'article de Magistro qu'on vient de lire, Mgr Ferré conclut sans hésiter : « Vous semble-t-il que le regard perspicace du « Docteur ne voie pas dans l'homme l'idée in- « née ? ou plutôt ne la voit-il pas comme une (1 condition indispensable pour l'acquisition de (c toute autre connaissance Ç') ? )> Non, il ne nous
(i) Voir I- lia., q- 63, a. 1. — In II etlùco. lect. I.
Système de saint Thomas (suite). 195
semble pas que saint Thomas voie l'idée innée et que cette innéité soit pour lui la condition indispensable pour l'acquisition de la science. Dans ce passage, en effet, comme dans tous les autres, saint Thomas affirme l'innéité de la puissance et la promptitude avec laquelle elle accepte les premiers principes, mais, en lisant attentivement, il est impossible d'y découvrir le système qu'on lui prête. Si saint Thomas eût eu la moindre inclination pour Tinnéité d'une idée quelle qu'elle soit, il ne repousserait pas avec autant d'énergie la théorie Platonicienne ; il chercherait à l'expliquer pour la réduire aux proportions de l'innéité d'une idée seule, celle de l'être, par exemple, et il n'eût pas manqué d'énoncer une de ces distinctions dont il use si souvent et si à propos. Loin de là, toutes les fois qu'il rencontre sur son chemin le système de Platon, il ne néglige jamais de dire qu'il n'a rien de bon ; c'est ce qu'il fait dans ce même article : Ista opinio est absque ratione.
Saint Thomas, on s'en souvient, remarque dans l'intelligence une puissance active et passive. « Dans quel but, se demande Mgr Ferré ? « Dans le but de faire ressortir davantage la « nécessité et l'action de principes universels « innés pour l'acquisition de la science. » Pas le moins du monde. Car i" le saint Docteur ne parle pas de principes universels innés dans le
J96 Saint Thomas et la Philosophie Cartésienne.
sens qu'on attribue ordinairement à ce mot et '^2^ s'il constate la passivité et l'activité de l'intelligence, c'est uniquement pour expliquer la possibilité de renseignement et de la recherche personnelle de la vérité. S'il eût cru à l'innéité d'une seule idée, il eût dit que l'activité était complète, mais, au contraire, il n'admet qu'une activité nue, s'il est permis de s'exprimer ainsi, pour nous faire bien entendre que nous ne recevons de la nature qu'une activité dépouillée de toute idée.
Sur tous ces textes et sur d'autres absolument semblables pris dans l'article 2^ de la question de MagistrOj Mgr Ferré fait les deux réflexions suivantes :
4" « Le fondement sur lequel porte tout lerai- « sonnement du saint Docteur est la distinction « entre la science naturelle ou innée et lascience « acquise. Il enseigne ouvertement que celle-ci (( tire de celle-là toute son efficacité, et que la « seconde serait tout à fait impossible sans la « première. »
2" « La science que saint Thomas appelle na- « turelle ou innée dans l'homme, n'est pas (( seulement en puissance passive, mais en « puissance active, c'est-à-dire qu'elle existe en <' acte. »
Qu'il nous soit permis de discuter ces deux assertions de l'éminent prélat.
Dans la première, il dit que tout le raisonne-
Système de saint Thomas (suite). 197
ment de saint Thomas porte sur la distinction entre la science naturelle ou innée et la science acquise. Le mot que nous avons souligné ne se trouve dans aucun des ouvrages de saint Thomas (1), et, nous le répétons encore une fois, le saint Docteur a constamment combattu la thèse que lui attribue Mgr Ferré. L'évêque de Casale donne donc une interprétation fausse de la doctrine thomiste. La science naturelle et non innée, dont parle saint Thomas, n'est que la faculté d'acquérir des connaissances ; cette faculté saisit avant tout les premiers principes qui s'imposent à elle et dont l'ensemble constitue la science naturelle dont il s'agit ici. La science acquise tire sa force et sa valeur de la science naturelle, c'est-à-dire que celle-ci est le terrain solide sur lequel s'appuie celle-là et que la science acquise doit se résoudre, en dernière analyse, dans les premiers principes naturellement connus, mais il n'y a, dans cette affirmation incontestable, rien qui autorise les conclusions du savant évêque. On aura beau torturer les textes, les prendre isolés de l'ensemble de la doctrine et les interpréter avec des préoccupations d'esprit de parti, on n'en fera jamais sortir la théorie de l'innéité d'aucune idée. A tout moment, en effet, saint Thomas est si formel et si précis que l'on peut bien ne pas
(t) Si on prend le mot inné dans le sens ontologiste.
198 Saint Thomas et la Philosophie Cartésienne.
admettre sa psychologie mais qu'on ne saurait, sans la falsifier, le mettre au rang des partisans des idées innées. Qu'y a-t-il de plus net et de plus clair que les paroles suivantes ? « Nous voce yons (1) que Thomme est quelquefois en puis- « sance soit dans la connaissance sensible, soit (( dans la connaissance intellectuelle ; il passe de 0 cette puissanceàl'acte par l'influence des choses « sensibles, s'il s^agit de la première, et par l'in- « vention ou l'enseignement, s'il s'agit de la se- « conde. Il faut donc dire que l'àme cognoscitive u est en puissance relativement aux similitudes « qui sont le principe de sentir, et aussi relativece ment àcellesquisont le principedecomprendre. « Donc l'intelligence par laquelle l'àme comprend « n'a aucune species naturellement innée, mais « dès l'origine elle est en puissance à V égard de « toutes.)^ On le voit, ledocteur Angélique ne fait aucune exception et il déclare que l'intelligence est en puissance relativement aux principes de la connaissance. Peut-on dire après cela qu'il admet les idées innées ? Partout et toujours il expose la même doctrine sans en dévier jamais. Qu'on l'attaque et qu'on prouve, si l'on peut, qu'elle est fausse , mais de grâce, qu'on ne la dénature pas au point de la rendre méconnaissable. Voici encore comment, il s'exprime dans
(l) I p., q. LXXXIV.a. m. Nous traduisons littéralement.
Système de saint Thomas (suite). 199
les questions de Veritaie {^). « L'esprit reçoit la (( science par Tintermédiaire des choses sensibles, « mais il a la faculté d'en abstraire les images (( qu'il forme en lui et que Tintellect agent rend « intelligibles pour qu'elles puissent être conçues « dans l'intellect possible. C'est dans ce sens que (( toutescience est originellement innée, c'est-à-dire « qu'au moyen des notions universelles que nous « abstrayons des choses sensibles et qui sont aus- « sitôt éclairées par la lumièredel'intellect agent, (( nous jugeons tout le reste, en prenant notre c( point de départ dans les principes universels.» Ils ne sont donc pas innés, d'après saint Thomas, puisque nous les formons par abstraction et que nous en prenons les matériaux dans les choses sensibles : Omiiis nostra cognitio, dit-il, consistit in notitiâ primorum principiorum indemonstrabiliiim. Ho mm aiitem cognitio a sensu oj^itur originalité!^ ('). Ce texte est-il assez décisif?
Dans sa seconde conclusion, Mgr Ferré dit que, d'après saint Thomas, la science innée n'est pas seulement en puissance passive mais en puissance active, c'est-à-dire qu'elle existe en acte.
Le docteur Angélique ne dit rien de sembla-
(1) Q. X. a, IV,
[Tj Ibid. arg. scd contra.
200 Saint Thomas et la Philosophie Cartésienne.
ble. Il y a, en effet, une différence radicale entre une puissance active et une puissance en acte. Notre éminent adversaire est assez versé dans la philosophie scolastique pour qu'il soit inutile de lui faire observer qu'une puissance peut être active sans être en acte. Une puissance active, en effet , est celle qui a la faculté d'émettre un acte quand un agent extérieur vient solliciter son activité native (saint Thomas la distingue de la puissance purement passive qui n'a en elle-même rien qui puisse la faire sortir de son inaction) ; et la puissance en acte est celle qui de fait a émis son acte. Mais comme on peut être actif sans pour cela agir nécessairement, il suit de là qu'une puissance peut être active sans être en acte, aussi Mgr Ferré a dépassé le but quand il fait dire à saint Thomas que la science en puissance active est en acte.
L'évêque de Casale a parfaitement compris que les textes qu'il a cités jusqu'à présent ne suffisent pas pour la démonstration de sa thèse, car il ajoute : « Gomme il est un grand nombre de « philosophes qui croient que la connaissance ad- 0 mise par saint Thomas comme innée n'est que « la puissance d'acquérir des idées, je vais citer un « nouveau texte dans lequel le saint Docteur s'ex- (( plique lui-même de manière à ne plus laisser « aucun doute sur son opinion (p. i8). »
Pourquoi un grand nombre de philosophes
Système do saint Thomas (suite). 2Ul
s*obstinent-ils à croire que la connaissance admise par saint Thomas n'est que la faculté d'acquérir des idées? Pourquoi surtout ces philosophes sont-ils les interprètes les plus autorisés de la doctrine thomiste? Quel intérêt ont-ils à la détourner de son vrai sens? Quoi qu'il en soit, passons à l'examen des nouveaux textes cités par Mgr Ferré.
« Dans la dixième leçon de son Commentaire « sur le 3" livre de Anima d'Aristote, il (saint « Thomas) dit : Ce qui est en puissance ne se c( réduit en acte qu'en vertu de quelque chose c( déjà en acte. Il en est de même de la puissance (( de la science. Lorsqu'en étudiant ou en se « livrant à des recherches, on parvient à quelle ques connaissances actuelles, c'est toujours en « vertu de quelques connaissances préexistantes « en acte, parce que toute doctrine ou discipline « intellectuelle est engendrée par une connais- (( sance préexistante.
« Il est donc manifeste que, d'après saint Tho- « mas, celui qui refuse à l'homme toute idée in- « née, lui enlève aussi la puissance d'acquérir « toute connaissance, parce que cette puissance « ne peut exister si elle n'est pas greffée sur une « science précédemment en acte. »
Toute science est donc impossible, d'après saint Thomas, si on repousse le système des idées innées. Nous ne voyons pas que la consé-
202 Saint Thomas et la Philosophie Cartésienne.
quence soit nécessaire. Car lorsqu'on reconnaît à l'esprit humain la puissance d'acquérir toute connaissance, on ne peut pas être accusé de nier la possibilité de l'acquisition de la scien.ce ; soit, nous dit-on, mais, d'après saint Thomas, toute connaissance suppose une science préexistante, il faut donc admettre l'innéité des idées, sans cela l'explication du phénomène de la science est impossible.
C'est ce que nous allons examiner.
L'argumentation de Mgr Ferré repose sur cette science préexistante dont ^^arle saint Thomas : il importe donc de savoir ce que le saint Docteur entend par là. Or, dans le passage cité par l'évêque de Casale, saint Thomas ne s'explique pas, il renvoie à un autre de ses ouvrages. Il faut donc, si Ton veut saisir la vraie pensée du docteur Angélique sur la science préexistante, consulter le livre qu'il prend luimême la peine de nous indiquer et où nous trouverons les développements nécessaires. Il les donne, en effet, dans le commentaire sur « Posteriorum Analyticorum )> d'Aristote (').
Pour prouver la nécessité du syllogisme démonstratif, dit saint Thomas, Aristote suppose que la connaissance s'acquiert en vertu d'une autre préexistante. On le voit, nous sommes
(1) Lib. I, Icct. I et II.
Système de saint Thomas (suite). 203
bien loin des idées innées, puisqu'il s'agit de démonstrations syllogistiques, or tout le monde accorde que la connaissance de la conclusion découle de celle des prémisses qu'il faut connaître d'abord avant d'arriver à la conclusion.
C'est dans ce sens que toute connaissance en suppose une autre préexistante quand on procède par voie syllogistique. C'est ce que veut dire saint Thomas dans son commentaire des de Anima puisqu'il renvoie, pour plus amples explications, à son autre commentaire des «Pos- « teriorum Analyticorum, » où il s'occupe des règles de la forme syllogistique.
Saint Thomas entre ensuite dans les détails de cette science préexistante et ils sont si précis qu'aucun doute n'est possible. Ce qu'on cherche dans une démonstration, dit-il, c'est la conclusion qui affirme ou qui nie tel attribut de tel sujet; il faut donc les connaître l'un et l'autre avant d'arriver à la conclusion, car, sans cette connaissance préexistante, la conclusion ne sera qu'une proposition vide de sens. Mais cela ne suffit pas, on doit connaître en outre le principe d'oia découle la conclusion, puisque celle-ci est illuminée par celui-là : en un mot, il faut, avant d'user du syllogisme, en connaître tous les termes, c'est en cela que consiste la science préexistante de saint Thomas et qui n'a rien de commun avec la théorie des idées innées.
204 Saint Thomas et la Philosophie Cartésienne.
D'un passage tiré des Qiiestiones de Veritate art. IV. ad. 5, Mgr Ferré conclut que, selon saint Thomas, « l'homme possède une idée « innée puisqu'il dit très clairement que comme (( les anges reçoivent de l'intellect divin les idées (( innées, àt même l'homme en reçoit-il une lui « aussi qu'il appelle la vérité des premiers (( principes w .
Les paroles alléguées par l'évèque de Casale ne se trouvent pas dans le corps de l'article , elles sont une réponse à la 5° objection. Pour en connaître le vrai sens, il faut donc savoir à quelle objection répondait saint Thomas. Or, l'objection est celle-ci : Parmi les créatures, rien n'est audessus de l'esprit humain, Dieu seul lui est supérieur; or, la vérité est plusgrande que l'intelligence de l'homme, car, si elle était moindre, l'intelligence jugerait la vérité, ce qui est faux ; elle ne la juge pas, en effet, au contraire, elle juge d'après elle, comme un magistrat ne juge pas la loi mais d'après la loi. L'intelligence n'est donc pas supérieure à la vérité. Peut-on dire qu'elle lui soit égale? Pas davantage, car elle juge tout d'après la vérité et non d'après elle-même. La vérité n'est donc qu'en Dieu, il n'y a donc qu'une vérité.
L'objection, on le voit, ne tend à rien moins qu'à nier à l'esprit humain la possession de la vérité pour en laire l'apanage de Dieu seul.
Système de sainl Thomas (suite). 205
Voici la réponse du docteur Angélique.
La vérité d'après laquelle l'intelligence juge tout est la vérité première. De même que de la vérité de l'intelligence divine découlent dans l'intelligence angélique les idées innées de toutes choses d'après lesquelles l'ange connaît tout ce qu'il connaît, de même la vérité des premiers principes, dans notre intelligence, procède ^Aremplariter de la vérité deTintelligence divine. C'est d'après les premiers principes que nous jugeons tout et nous ne pouvons en user ainsi que parce que leur vérité est une image de la vérité première ; il est donc absolument vrai de dire que, dans ce sens, nous jugeons tout d'après la vérité première.
Tel est le texte rendu avec la plus scrupuleuse fidélité. Saint Thomas affirme que, de même que l'intelligence divine éclaire l'intelligence angélique par des idées innées, de même elle illumine l'esprit humain par la lumière des premiers principes, mais s^il se sert de l'expression idées m;/ée5 quand il s'agit des anges, il se garde bien de la répéter en parlant de l'homme ; il se contente de dire que cette lumière des premiers principes est une copie de la lumière divine. Le parallèle qu'il établit entre Tange et l'homme s'arrête à l'innéité des idées, et, sous peine de se contredire grossièrement, le saint Docteur ne pouvait pas le pousser plus loin. II. 12
206 Saint Thomas et la Philosophie Cartésienne.
D'après lui, en effet, il y a entre le mode de la connaissance angélique et le mode de la connaissance humaine, cette profonde différence : l'ange connaît par des- idées innées, et l'homme par des idées acquises.
La plus humble des substances intellectuelles, l'âme humaine, dit-il ("), n'a pas sa puissance intellective naturellement complète, mais elle est obligée d'acquérir ses connaissances successivement en recevant des objets matériels les espèces intelligibles. Les substances spirituelles supérieures, au contraire, c'est-à-dire les anges, possèdent leur faculté intellective naturellement complétée par des espèces intelligibles innées. Cette diversité entre l'ange et l'homme vient de la différence de leur mode d'être. L'âme huniaine en effet a une profonde affinité avec le corps, car elle est faite pour en devenir la forme, d'où il suit que, en vertu même de son mode d'être, elle doit obtenir sa perfection intelligible par le corps et par les choses corporelles. C'est pour cela qu'elle est unie au corps tandis que les anges, totalement dégagés des liens matériels, puisent leur perfection mtellectuelle dans l'influence intelligible en vertu de laquelle Dieu leur communique leurs idées en môme temps que leur nature intellectuelle.
(1) I p., q. LV, a. 2.
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Saint Thomasfait donc, de l'innéité des idées, le privilège de l'intelligence angélique, et s'il l'accordait aussi à l'homme, sa doctrine ne serait plus qu'un tissu de contradictions : c'est à cette conclusion que doivent arriver les philosophes qui s'efforcent d'expliquer les textes du saint Docteur dans le sens favorable à une théorie qu'il a toujours réfutée. Le profond respect qu'ils professent pour le maître à jamais vénéré de la philosophie chrétienne, devrait les tenir en garde contre les interprétations qui, si elles étaient justes, ruineraient irrévocablement l'autorité du plus grand des docteurs de l'Église. Mais non, elle ne sera pas ébranlée, parce que, grâce à Dieu, le puissant génie de saint Thomas est au-dessus de semblables défaillances.
Le docteur Angélique admet-il une ou plusieurs idées innées? Une seulement, répond l'évêque de Casale.
« Pour que personne, en entendant que les « principes communs et les premiers germes de « la science sont innés dans l'esprit humain, ne (( comprenne mal, dit-il (page 22), la grande « théorie de saint Thomas, et ne croie que, d'ace près lui, l'homme porte en lui-même beau- « coup d'idées innées, et qu'elles l'enrichissent « de quelques connaissances spéciales, je ferai « observer en peu de mots que, selon la doctrine « du saint Docteur, l'intellect humain ne porte
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« avec lui qu'une seule idée, savoir celle de la (( vérité ou de l'être très universel, et que cette « idée, étant par elle-même lout à fait indéter- « minée, ne lui fournit aucune connaissance « spéciale. Les affirmations du docteur Angé- (( lique, là-dessus, sont d'une évidence palpable.»
Voilà où venait en arriver Mgr Ferré. Disciple enthousiaste de Rosmini, il tient à démontrer que le S3'stcme de son maître est en harmonie avec la doctrine de saint Thomas. Il nous sera facile de prouver qu'il n'en est rien.
« Saint Thomas n'admet (c'est Mgr Ferré « qui parle) comme innée dans l'homme que la « première des idées, la plus élémentaire pour « ainsi dire, celle qui est la source et le fonde- « ment des autres. Et si quelqu'un me deman- « dait quelle est cette idée première et innée, « je répondrais encore avec notre Docteur, que (( c'est l'idée de l'être, puisqu'il écrit dans la « question XVI, art. 3 de la première partie de la u Somme : « Comme le bien s'identifie avec l'être, « de même le vrai ; et comme le bien ajoute a « l'être la qualité de désirable, ainsi encore le (( vrai ajoute-t-il à l'être son rapport nécessaire « avec l'intellect. » D'où l'évêque de Casale conclut que saint Thomas admet l'innéité de ridée d'être. Cette conclusion est inattendue.
Une chose est connaissable, dit saint Thomas, dans la proportion où elle a de l'être, et de
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même que le bien se confond avec l'être, de même aussi le vrai. Mais de même que le bien ajoute à l'être la qualité de désirable, de même le vrai lui ajoute un rapport avec l'intelligence. Ce qui veut dire que la notion de vrai suppose une intelligence qui le conçoit, et qu'il n'3^ aurait pas de vrai s'il n'y avait pas d'intelligence pour le recevoir, mais il n'est nullement question de l'innéité d'idée d'être, pas plus que dans la question première de Veritate citée encore par Mgr Ferré. Saint Thomas y affirme que la conception première, la plus connue et en qui viennent se résoudre toutes les autres est la conception d'être, et que, par conséquent, nous ne pouvons connaître que l'être, que le néant est incapable de devenir l'objet d'une conception, mais il n'est pas plus question de l'innéité de l'idée d'être que si ce mot eus n'était pas même prononcé dans l'article cité.