‹ S. Thomas d'Aquin et la philosophie cartésienneChapitre 6 sur 33 · II · texte numérisé non relu

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98 Saint Thomas et la Philosophie Cartésienne.

intelligere pot est, sed Jion totaliter totum [^). Nous comprenons très bien que les philosophes défendent des systèmes qui, à notre point de vue, sont faux, car nous n'avons ni la prétention d'être infaillible, ni d'enchaîner la liberté de discussion ; mais ce que nous ne pouvons pas admettre, c'est que ces philosophes s'obstinent à vouloir prouver qu'ils suivent la doctrine de saint Thomas. Qu'ils avouent donc franchement qu'ils ne sont pas de l'avis de saint Thomas et qu'ils essayent de démontrer que leur philosophie est meilleure que celle du saint Docteur. Combattez-la, si vous le voulez, vous en êtes parfaitement libres, mais de grâce, ne la falsifiez pas, et ne torturez pas les textes pour y voir ce qui n'y est pas.

Le P. Ventura fait de saint Thomas un traditionaliste ; le P. Gratry, à son tour, en fait un ontologiste de la plus belle eau. Nous avons déjà abordé ce sujet, nous n'y revenons ici que pour ce qui a rapport à la certitude. Pour le P. Gratry, la certitude naturelle est un acte de foi semblable à l'acte de foi surnaturelle ; dans l'un

philosophie scolastique », a parfaitement vengé saint Thomas des fausses interprétations du P. Ventura, ~ Voir t. I, Dissertation 3% g 237 et seq.

(1) De Verit., q. II, a. i, ad. 3.

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comme dans l'autre cas , nous adhérons de la même manière à la véracité de Dieu.

« Dans la vue des idées, dit-il, et dans la vue

a du monde, Dieu, d'une certaine manière, et

a nous parle et se montre. Lui qui est la vérité

« même, se montre en tout et montre en lui tout

«ce qu'on voit.

« Et c'est de sa vérité même, de sa véracité, si c( l'on veut s'exprimer ainsi, que vient à notre « esprit toute certitude. Lui qui seul est la vérité « a seul la force de commander la certitude ; et (c quand on est certain, c'est que Dieu le veut et « l'opère, et quand le doute est impossible, c'est « qu'on s'appuie sur Dieu. Et c'est pour cela « même qu'on a été souvent porté à voir, au « fond de la certitude, un acte de foi, une adhé- « sion de l'esprit à Dieu.

(( C'est qu'en effet la certitude est, dans l'ordre « naturel, tout ce que la théologie dit de la foi

« pour l'ordre surnaturel C'est ainsi que

« l'entend saint Thomas : De même que l'homme « par la lumière naturelle de r intelligence adhère « aux principes y de même par la lumière de la foi « divinement répandue dans Vâme^ l'homme t( adhère aux choses de la foi (^). •>

Le P. Gratry conclut de ces paroles que, pour saint Thomas , la certitude naturelle est, comme

(l) Logique, t. I, 1. I, ch. ii.

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la certitude surnaturelle, un acte de foi appuyé sur la véracité de Dieu.

Si telle est la pensée du saint Docteur, il faut reconnaître qu'il se contredit lui-même, car il enseigne formellement : i^ Que l'objet de la foi ne peut pas être une vérité vue telle qu'est un premier principe (t 2'^ q. I. a. 4); "2° Que les vérités de foi ne peuvent pas être connues comme le sont des conclusions scientifiques prouvées (ibid. a 5) ; 3° Que la même intelligence ne peut secimdum idem émettre, sur la même vérité, un acte de foi et un acte de science proprement dite (ibid. ad. 3).

L'adhésion donnée aux premiers principes n'est donc pas, d'après saint Thomas, un acte de foi, car l'acte de foi est essentiellement de non z^/5/5, par conséquent, si l'interprétation du P. Gratry est vraie, la pensée de saint Thomas est incohérente et sa doctrine un tissu de contradictions. Mais non, il n'y a ni incohérence, ni contradictions dans les systèmes du grand Docteur, il suffit, pour s'en convaincre, de lire le passage que le P. Gratry ne cite pas en entier.

De même, dit saint Thomas (i), que l'homme adhère aux premiers principes par la lumière naturelle de l'intelligence, de même l'homme vertueux possède, par Vhabîtus de la vertu, un

(1) 11% 11% q. II, a. III, a. 3.

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jugement droit sur toutes les choses qui ont rapport à la vertu ; de même aussi, par la lumière infuse de la foi, l'homme adhère à toutes les vérités qui sont de la foi.

Il est facile de voir que saint Thomas se sert d'une comparaison quand il dit que le chrétien adhère à la foi par la lumière infuse, comme l'homme raisonnable aux premiers principes par la lumière naturelle. La comparaison est parfaitement exacte. De même, en effet, que la vision des premiers principes est la base de toutes les spéculations rationnelles, de même l'acceptation de la foi est le point de départ de notre croyance à toutes les vérités révélées ; mais soutenir que, pour saint Thomas, ces deux actes sont l'un et l'autre un acte de foi, c'est évidemment défigurer sa doctrine et ne pas comprendre sa pensée.

Le P. Gratry continue : « Saint Thomas pousse « plus loin la comparaison et affirme formellea ment, ce que nous soutenons, que toute certi- « tude vient de ce que Dieu nous parle. » « Le « fondement de la certitude, dit saint Thomas, « est cette lumière de la raison, divinement don- « née à l'âme, et dans laquelle Dieu nous parle: « qiiod aliquid per certitudinem sciât ur est ex (c linnine r^atioiiis, divinitus interius indito quo « in nobis loqiiitur Deus (^). »

(1) Logique, ibid.

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Le P. Gratry écrit en grosses lettres les dernières paroles que nous soulignons, mais où les a-t-il trouvées? Où a-t-il lu ce texte? Il nous renvoie aux Qiiœstiones de veritate q. il. a. \ ; or, nous avons lu et relu l'article indiqué par le P. Gratry et nous n'y avons rencontré aucune trace des paroles qu'il attribue h saint Thomas, ce qui nous dispense de les discuter.

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