‹ Sa vie et sa correspondance (volume 2)Chapitre 107 sur 127 · Ô2 (;0IU!ES1'(IM).\NCE · texte numérisé non relu

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portroit est flatté; ce n'est pas à moi de m'en plaindre. Je serais très lieureux si en efïel mes livres avaient eu sur la jeunesse l'influence qu'on m'attribue ; nous ne travaillons que pour cela, mais comme les ouvriers des Gobelins, derrière notre toile, sans jamais savoir avec exactitude si les spectatenrs. qui sont devant la toile et qui en parlent avec ])ruit, ont daigné comprendre on même regarder.

Je remercie donc beaucoup votre jeune ami, et je lui avoue que j'ai toujours aimé, sinon la métaphysique proprement dite, du moins la philosophie, c'est-à-dire les vues sur l'ensemble et sur le fond des choses. Mais le point de départ de mes études n'est pas une conception a priori, une hypothèse sur la nature ; c'est une remarque tout expérimentale et très simple, à savoir que tout abstrait est un extrait retiré et arraché d'un concret, cas ou individu, dans lequel il réside ; d'où il suit que, pour les bien voir, il faut l'observer dans ce cas ou individu, qui est son milieu naturel ; ce qui con-

professeur de littériilure française à l'Université de Fribourg, secrétaire de la Brime des Deux Mondes, auteur de VEssai stir Taille (Friliourg et Paris, 1901, 2" et ."= éditions, Paris, liaohotle. 1901 et 1902) et de la Bibliographie critique de Taine (Paris. A. Pieard, 1902), se trouvant en 1891 élève à l'École .Normale supérieure, avait rédigé un travail manuscrit assez étendu sur M. Taine, travail cfue M. Georges I,yon, alors maître de confé renées à l'École Normale, communiqua à M. Taine lui-même M. Taine réjjondit à cette communication par la lettre ci-dessus (Voir Essai sur Taine, préface). — 1, 'étude nuinuscrite de M. Victor Giraud a été publiée dans les Annales de philosophie chrétienne (novembre et décembre 189S et janvier IS99 sous ce titre : i.d l'hilosophie de Taine.

<( LE RÉGIME MODERNE y. LA MALADIE ET LA MURT 333 duit à pratiquer les monographies, à insister sur les excnipios circonstanciés, à étudier chaque généralité dans un ou plusieurs spécimens bien choisis et aussi significatifs que possible. La doctrine, si j'en ai une, n'est venue qu'ensuite ; la méthode a précédé ; c'est par elle que mes recherches se sont trouvées convergentes. M. V. Giraud a très bien vu leur liaison et leur unité; en somme, depuis quarante ans, je n'ai fait que de la psychologie appliquée ou pure. Je le remercie aussi de ne m'avoir pas rangé, comme l'a fait M. Bourget, parmi les pessimistes. Être pessimiste ou optimiste, cela est permis aux poètes et aux artistes, non aux hommes qui ont l'esprit scientifique.

Pour la religion, ce qui me semble incompatible avec la science moderne, ce n'est pas le christianisme mais le catholicisme. actuel et romain; au contraire, avec le protestantisme large et libéral, la conciliation est possible. Quant au déterminisme, M. (liraud a grandement raison de dire (ju'à mes yeux il n'exclut pas la responsabilité morale, bien au contraire, il la fonde; selon moi, les difficultés apparentes de la question sont toutes verbales ; on ne fait pas attention au sens exact des mots nécessité, contrainte, initiative, obligation, etc. Très probablement je n'aurai pas la force d'écrire le Traité (le la Volonté auquel il fait allusion ; je suis trop vieux et trop fatigué pour porter ce dernier fardeau ; je le laisse à d'autres plus jeunes. J'ai pris la liberté de noter au crayon sur le manuscrit quelques rectifications ou indications peu importantes.

Si VOUS avez autour de vous plusieurs jeunes gens comme celui-ci, je vous en félicite ; de telles recrues promettent beaucoup à l'École et à la Science.

Bien cordialement à vous.

AU VICOMTE DE SPŒLBERCII DE I.OVENJOUL'

Paris, 14 mai IS'J'J Monsieur,

Je regrette aussi que M. Emile Ollivier ne nous ait pas nommés l'un à l'autre ; je suis chez moi les jeudis et samedis à partir de 4 h. 1/2, etje serais très heureux si, ces jours-là, quelque accideiit vous amenait dans ma vieille rue déserte.

A mon âge et avec l'obligation de finir le long travail que j'ai entrepris, je n'ose mo promettre d'écrire ce petit livre sur Sainte-Beuve. Je sais par lui les principales lignes de sa vie intime, et, dans un article des Débats, publié quelques jours après sa mort, j'ai indiqué les bases solides et la grande étendue de son éducation scientifique 2. Le reste de mon étude me serait fourni par ses livres ; pour sa biograpliie proprement dite, je ne

■1. Né à Bruxelles en 1856, créateur d'un iniporlaut dépùt d'archives littéraires, auteur de travaux documeiUaires et criti(iues sur Sainte-Beuve. Balzac, Georpe Sand. etc.

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