A CHARLES BAUDELAIRE
Cher Monsieur, je suis telleuieiit occupé et ma santé est si médiocre, que je ne puis me charger d'un article important comme cehii que vous me proposez. J'admire beaucoup Poë ; c'est le type germanique anglais à profondes intuitions, avec la plus étonnante surexcitation nerveuse. II n'a pas beaucoup de cordes, mais les trois ou quatre qu'il a vibrent d'une façon terrible et sublime. Il approche de Heine; seulement tout, chez lui, est poussé au noir, l'alcool a fait son office. Mais quelle délicatesse et quelle justesse dans l'analyse! — Je n'aime pas Eurêka, qui est de la philosophie comme celle de Balzac dans Seraphita, et de Hugo dans ses Contemplations. Puisque vous le demandez, c'est le seul des cinq volumes que j'aie reçu, et encore c'était de votre main; M. Lévy ne m'en a envoyé aucun. Mais je l'ai lu tout entier.
Quel malheur que vous n'ayez pas inséré en anglais les 108 vers de Nevermorel Mais quel traducteur vous faites, et comme l'accent y est avec toute son àpreté, toute son intensité et toutes ses inflexions!
Mille remerciements; j'ai lu déjà la moitié de ce nouveau volume 2 et je vais faire votre commission à Flaubert. Croyezmoi votre très obligé et dévoué.
1. Celle lettre est extraite du volume intitulé : Charles Baudelaire. Elude biographique, par Eugène (h'épet, Paris, Léon Vanier,
2. Antérieurement déjà, Baudelaii-c avait demandé à Taine une préface pour Eurêka. (Voir Lrtli-ea, (i octobre 18(55). Ici il s'ayit évidemment d'un article sur Poë.
Ari'KMllCE .~,l!)
A M. LOUIS DEPr-tK
(;ii;'i(('iiay jiiir Aiiloiiy. 'iti juin (1872?)
Clici' M(iiisi(Mir, vous l'tcs hicn obligeant et vous iiio coiiililez. Je n'.ii pas besoin (Ip vous diro qno si jamais il vinis plaît (le l'aiic une rovue générale de mes livres, je ne pnis tomber en meiliein'es mains.
Le Séjour en Fraiicr-... tpie j'ai l'ail en éindiant ponr mon compte la [{(''volntioii Française. .Fai In beaucoup de dossiers manusciils aux Aiehives, et (juantilé de livres inoonnnsàla Bibliolbèqne. Je voulais voir les gens face à l'ace et les scènes par le détail. .le vous assure que la physionomie vraie des événemenis n'a encore été montrée par personne, mais il faudrait un écrivain conune Macaulay pour la faire voir, l'our moi, je n'ai clierché qu'à me faire une opinion sur la France contenqtoraine et voilà qu'après quinze mois le sujet est trop riche, et je ne sais si j'aboutirai. Si un houune comme vous, habitué à chercher la vérité critique et professeur de la mise en scène se jetait dans cette élude, il y trouverait de quoi payer son travail.
J'ai fait des recherches infructueusesjusqu'ici pour savoir le nom de mon Anglaise. C'est une demoiselle arrêtée avec une jeune veuve marquise. Le conservateur des Archives d'Arras veut bien chercher pour moi sur les registres d'écrou ; mais ces registres manquent en partie et elle n'est restée que peu de temps dans cette prison. Sa plus longue détention est à Amiens ; l'Archiviste d'Amiens à qui j'avais envoyé mon livre avec toutes les indications ne m'a pas répondu.