‹ Sa vie et sa correspondance (volume 2)Chapitre 17 sur 127 · L.i llrroliil ion, loiiic I · texte numérisé non relu

L.i llrroliil ion, loiiic I

PHEMIEH V()F,UME DR « LA HEVOLUTION « iU

ces fonmilcs en 1789 signifiaient une conception courte, grossière et pernicieuse de rÉf.il. C'est sur ce point que j'ai insisté d'autant plus que la conception dure encore, et (pie la structure de la France, telle qu'elle a été faite de 1800 à 1810 par le Consulat et l'Empire, n'a pas changé. Nous en soullrirons prohalilement encore pendant un siècle et peut-être davantage; cette structure a fait de la France une puissance de second rang; nous lui devons nos révolutions et nos dictatures; je compare le mal à une attaque de syphilis; mal guérie, palliée, Taltération intime subsiste toujours; elle nous a donné I8i8, avec le sulfrage universel qui est un chancre toujours coulant, et les accidents tertiaires de 1870-1871 ; deux doigts du malade, l'Alsace et la Loi-raine, sont tombés, et, si nous ne suivons pas le régime indispensable, il est à craindre que d'autres membres ne tombent encore.

Pour que ce régime soit suivi prudemment et rigoureusement, il faut que le malade sache sa maladie; cela lui ôlera l'envie des grandes secousses et des exercices violents. Mon livre, si j'ai assez de force et de santé pour l'achever, sera une consultation de médecins. Avant que le malade accepte la consultation des médecins, il faut beaucoup de temps; il y aura des imprudences et des rechutes: au préalable, il faut que les médecins, qui ne sont pas encore du même avis, se mettent d'accord. Mais je crois qu'ils finiront par s'y mettre, et les raisons de mon espérance sont celles-ci : On peut considérer la Révolution française comme la première appli-

cation des sciences morales anx affaires humaines; ces sciences en 1781» étaient à peine ébauchées; leur méthode était mauvaise, elles procédaient a priori; leurs solutions étaient bornées, précipitées, fausses. «Combinées avec le fâcheux état des alîaires publiques, elles ont produit la catastrophe de 1789 et la très inipart'jiilc réorganisation de I8(l0. Mais, après une longue interi'uption et un véritable nvortement, voici que ces sciences reconuuencent à fleurir; elles ont changé com-^ plètement de méthode; leurs solutions seront toutes différentes, l)ien plus pratiques. La notion qu'elles donneront de l'État sera neuve. Peu à peu, de l'Académie des Sciences Morales jointe à l'Académie des Inscrip^tions, cette action descendra dans les Universités, dans le public pensant, comme les notions de l'électricité, de la chaleur, descendent de l'Académie des Sciences.

Insensiblement, l'opinion changera; elle changera à propos de la Révolution française, de l'Empire, du suffrage universel direct, du rcMe de l'aristocratie et des corps dans les sociétés humaines. Il est probable qu'au bout d'un siècle une pareille opinion auiu quelque influence sur les Chambres, sur le Gouvei'nement. Voilà mon espérance : j'apporte un caillou dans une ornière; mais dix mille charrettes de cailloux bien posés et bien tassés finissent par faire une route.

Encore une fois, excusez-moi de heurter un sentiment qui, dans un cœur comme le vôtre, est peut-être une religion. Mais avec des dieux dilTérents nous avons peut-être au fond tous les deux le même s^jutiment

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iuliine. Je résumerais nos différences en un inctt : la Reine légitime du monde et de l'avenir n'est pas ce (m'en 17H9 on appelait la Raison, c'est ce qu'en 1878 (m nomme la Science.

A vous de co'ur.

paris, 27 mais IHIH (?)

^fonsieur et cher Collègue,

Je vous remercia deux fois, et pour votre article et pour l'obligeance que vous avez eue de me l'envoyer. Il expose très exactement mon point de vue qui est purement historique et pas du tout politique. Quand j'ai commencé mes études sur ï Ancien Régime et sur la Révolution, j'avais les idées régnantes, et ce sont les faits, les textes authentiques, le détail de l'histoire étudiée dans ses sources, cpii m'ont conduit aux jugements que j'ai écrits. Aussi les injures des hommes de parti me laissent-elles parfaitement tranquille. A mes yeux l'opinion de ces messieui's est indifférente, ils ne savent pas la question.

... J'aime toujours Barbizon et j'y suis retourné depuis la guerre. Mais il me semble qu'à celle date je n'ai pas dû vous parler de mes études historiques; j'écri-

1; Le (testinafaii'e de cplte Tfttti*© J^o^^^ P^'f inconnu.

4X COIUIESI'ONDANCK

vais alors un gros livre qui a paru en l!^7(), ilnlelli- (jence; c'est en IS71, pour payer uia dette et être utile autant que je le j)Ouvais, que je lue suis mis à regarder de près noire histoire contemporaine et à fréquenter les Archives. Je vois avec plaisir (jue celles de Melun conliiiiienl mes recherches; aujourd'hui, à la Bihliolhèque, j'ai trouvé uih' histoire récente de la Révolution à Amiens; c'est sui'un théâtre restreint la même série de faits que j'ai trouvée pour toute la France. Un magistrat de Fontainehleau, M. Constant, a puhlié l'hisloire du (lliil) de Fonlaijiieldeau; relisez-la, vous verrez quels singuliers politiques étaient ces hraves gens qui, de leur seule autorité, s'improvisaient législateurs.

Agréez, cher Monsieur, avec mes vifs remerciements, l'assurance de mon souvenir le plus sympathique et de mes sentiments les plus distingués.

A M. Al.EXANDHE DUMAS*

r.ii'is, 2i ;i\ril 1S78 Mon cher j)umas.

Vous vous rappelez notre conversation d'hier soir, le conseil qui m'a été donné de me pi'ésenter pour l'un quelconque des trois fauteuils, mes difficultés à l'en-

1. Alexandre Dumas ((ils), auteui' dramalique et romancier, membre de l'Académie française, né à l'acis en 1824, mort en 1895.

PREMIER YOLl'JtE m « LA UÉVOLLTION ■> \^

droit du fauteuil de M- ÏJiiers. Écrivant sur le même sujet que lui, dans un autre sens et avec une autre mélhodo, mon élection à sa place pourrait sembler un acte dirigé contre lui, et j'iiésiterais à m'y prêter, parce que sa conduite de 1870 à 18712 m'a donné du respect Qt de \?i rcQonnaissftnce pour sa personne. D'ailleurs, le ;j\rinci,pal .persom^age en lui est J'homme politique ; or, su»' toute l'époque qui va de 1815 jusqu'à nos jours, je n'ai que des velléités d'opinions ; mon jugement est en vqie de formation, et je ne sais pas parler de ce que j'ignore.

J*ar ces motifs de bienséance et d'incompétence, je suis plutôt conduit vers une des deux autres places. H restait à savoir si mon ami Renan en souhaitait une, avec une préférence décidée. Je l'ai vu tout à l'heure ; il n'en est rien, et il m'autorise.à vous le dire. Il remet comme moi son élection, si on veut la faire, au groupe des personnes qui consenteni à s'en occuper. Il les laisse entièrement juges ; c'est à (îUes de consulter leurs convenances et les possibilités. - Si on le désignait pour le fauteuil de M. Thiors, il accepterait de grand cœur; on y a pensé dès l'abord pour lui, avant la mort de Claude Bernard, et il en était tombé d'accord. Il m'a même dit en Unissant : (( Faire l'éloge de M. Thiers me plairait; c'est un sujet diflicile. » — Je suis sur (juil ne choquerait personne et serait agréé même pai- Mme Thiers; en effet, avant la mort de .Claude Bernard, elle l'avait agréé. Pendant Irqis ans, il a dîné tous les quinze jours avec M. Thiers, que je n'ai

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