La Révolution, tome I[, « La Conquête Jacobine
110 ÙIRIIESPONDANCE
VOUS mo dire en toute liberté co que vous pensez du livre. t'I ce qu'on en dit autour de vous? Soyez aussi discret qu'il vous plaii'a sur les noms; vous savez pourtant que la contradiction à bout portant m'est agréable, et que l'opinion de Monod, de Sorel. de Fustel de Coulanges, de Lavisse et autres hommes compétents, quelle qu'elle soif, sera bien accueillie de moi. Autre raison : je commence le dernier volume de la Révolution. voici quinze jours que j'en combine le plan et que je dégage l'idée dominante. Ainsi la critique du volume qui vient de paraître me serait utile en ce moment.
J'appelle votre attention sur trois points :
l" Est-ce assez neuf?
2" Est-ce assez prouvé?
7)0 Est-ce assez littéraire?
Pour vous montrer condîien ma question est sincère, je vais vous dire ma propre impression.
A la deuxième question, je réponds oui ; c'est à cela que je me suis surtout appliqué.
Sur la première, je suis tout à fait dans le doute, avant passé trop de temps avec les personnages et les événements, étant trop familiarisé avec eux, ayant trop perdu de vue la légende acceptée et l'opinion régnante.
Pour la troisième, je réponds non; je l'ai trop subordonnée à la deuxième, je me suis tenu trop près des textes, je n'ai pasosé donner le coup de pouce nécessaire; peut-être n'aurais-je pas eu le talent de le donner, mais j'ai pu vérifier, pièces en main, que plusieurs des plus beaux morceaux de Micbelet (|)ar excmjjle Marat
LES DEUX DERNIERS VOLUMES lŒ « LA RÉVOLUTION » 117 l'apporté en triomphe à la Convention après son acquittement, avril 1795) sont des œuvres d'imagination, des broderies admirables tissées sur un canevas historique inaigre et sec. — Le grand malheur de l'homme qui ne veut pas dépasser les textes, c'est l'obligation de n'être pas littéraire; il ne point pas; sauf lorsqu'il rencontre un li'moin de talent ou un enregistreur minutieux, il n'a pas des détails appropriés et suftisants, il ne peut pas faire vivant, il est réduit comme je l'ai été à la déduction, à l'exposition, aux procédés classiques ordinaii'es.
Sur ces poiiils-là et sui' tous les autres, tout ce que vous me direz sera bien venu.
Nous avons ici un ciel admirable et la plus belle verdure du monde. Je llàne un peu; notre solitude est complète, et nos santés sont bonnes. Tâchez de venir nous voir, si vous n'êtes pas trop pris par votre famille; vous savez (jue vous êtes de la maison. Amitiés de tous et tout à vous.
A M. GASKtN PAUIS
MiMitlKui-Siiiul-lHTiKirtl. 12 iiuii ISSI
Mon cher Paris, j'ap]irends la mort de M. Duvergier
de llauranne, il faut (jue Sully' fasse tout de suite
les premières démarches, au moins [^ow prendre date.