M. Sully t'rud'lioiiime. Voir leUre du 2'J juin
118 CORKESPONDANCt;
Pressez-le là-dessus, c'est important. Sa candidature on écartera d'autres qui pourraient prendre racine ; il est temps que son mérite soit reconnu, et de plus ces démarches l'occuperont, l'empêcheront pendant tout le reste de l'année de retom])er dans son travail qui est nuisihle à sa santé.
Merci et grand merci de votre lettre* que je reçois par le même courrier. Je pense comme vous sur la iiKinolonie- ; ma seule réponse est ((ue dans une matière si controversée j"avais hesoin de trop prouver; en (lutre, il fallait, je crois, non seulement montrer la racine et le fruit, mais faire assister à la croissance do Taibro ; chaque oliapitro ajoute un décimètre à la lige.
Mon objection contre moi-même subsiste toujours; ovidomiuont il ne faut pas donner le coup de pouce iiiiaginatif comme Michelet ; mais, avec un vrai talent, on pouvait s'en tirer, ce que je n'ai pas su faire; par exemple Macaulay a pu être critique exact et artiste
1. Px'iioiise à l'envoi de « la Conquête Jacohine «, et à la lettre jiréféiieiite.
2. Gaston Paris à 11. Taine. til mai tSl : v Ce ([lie je critiquerais seulement, dans ce volume (la Conquête Jacobine], c'est la suraliondance des faits, un peu les mêmes partout. Au fond, voilà le sentiment : les faits sont importants, nombreux, iirécis. Ils sont aux Archives, etc.: y a-t-il besoin d'être Taine pour les réunii-. Ce travail aurait dû être fait i)ar un travailleur d'un moins grand talent, après (juoi Taine l'aurait résumé et en aurait tiré les conclusions. — Peut-être un résumé plus rajiide aurait-il aussi bien prouvé, et auriez-vous pu rejcHer en note ou dans un apiiendice une indication très sonnnaire des sources si richement utilisées. Le volume me parait un peu long: voilà, en toute vérité, ma seule crili(pie. »
LIvS l)i;i;\ ULUMEU-S VUl.LMtS l)K « I.A IlL VULlTlON » 119
complet. (Le Siège de Londonderry, l'état de l'Irlande en 1090, le portrait de Guillaume III.)
Si vous étiez ici, nous aurions à causer pendant dt>s heures; ce que vous dites sur l'inexactitude de Michelet, sur la faiblesse de sa critique, sur l'insuffisance de son érudition, est très vrai. 11 a lu très peu et très mal le manuscrit. (Par exemple les 812 gentilshommes de Cacn, le 10 août, etc.)
Pardon de cette lettre à hâtons ronqjus ; je vous serre la main bien amicalement et vons prie de parler à Sully. Tout à vous.
A M. ETIENNE VACni;i;ur'
Mciilh(Mi-S;iiiil-l!iMii:inl. 1 i juin ISHl
Mon cher Maître,
Je suis très content ([ue la Cotu/uêfe Jacobine ne vous déplaise pas ; ce livre a un titre auprès de vous, c'est d'être de bonne foi. — Quant à un article- de vous
l. Voir loiiio I", p. 43, imlo '2.
'i. M. Yachorot écrivait le 11 juin à M. Tainc :
(I 11 y a longtemps que j'anrais parle de cotto œuvre aussi foric (|ue courafieusc. dans la Bévue des Deit.r-Momles. si l'on n"avail pas ajourné mon travail à la publication de louvrage entier. Vous savez sans doute pourquoi je naurai point cette satisfaction. J'ai quitté cette Revue à propos d'un article qui a paru trop militanl au directeur.... Comme j'ai en ce moment beaucoup de choses à faire, j'attendrai la fui de votre iirand el beau livre pour en parler tout à mon aise. »
lt>0 CORRESPONDANCE
quelque part, ce serait un grand lionneur et un grand bonheur pour l'ouvrage; vous voyez le silence systématique de toute la presse plus ou moins républicaine ; on n"a pas trouvé oppoi-tune celte présentation des grandspères aux petits-fils ; on veut rester dans la légende convenue; on trouve plus honorable de faire endosser à toute la France les crimes d'une minorité infime de gredins et de fous.
Pourtant, quand j'ai quitté Paris, le secrétaire de la Revue des Deux Mondes à qui j'expliquais qu'il me faut trois ans pour faire un volume et que, paitant, l'ouvrage ne sera complet que dans six ans, me disait que M. Buloz demanderait un article dès à présent à quelqu'un de ses rédacteurs ; cela me fait encore plus regretter votre retraite.
L'âge et la fatigue sont venus; j'ai plus de peine à écrire qu'autrefois. Ma consolation, c'est que cette étude pratique me fait entrevoir quelques vérités politiques. Les deux tendances que Rousseau a fomentées, que la Révolution a développées et que nos historiens ont justifiées, à savoir la tendance anarchique et la tendance despotique, se retrouvent dans toute notre histoire depuis qnatre-vingt-dix ans : l'individu n'a pas de respect pour le gouvernement et le gouvernement n'a pas de respect pour l'individu. Delà beaucoup de conséquences graves ; nous sommes loin de les avoir épuisées, et l'avenir sera dur pour nos enfants.
Croyez, mon cher niaitrc, i"i mes sentiments les plus affectueux et les plus dévoués.
LES DEUX DERNIERS VOLUMES DE « LA REVOLUTION » l'îl