La Coiu/uétc Jacobine
A M. G. MONOD* Roriiige. Meiithon-Siiiiil-Beriiard. (> Juillet ISSi
Cher Monsieur,
Je vous remercie des paroles aimables que contient votre article-, et je vous demande la pei-mission de marquer (entre nous, pas pour le public) le point central de notre divergence.
Toute la (juestion est de savoir en quoi consistent le^ principes de 89. Je ne les avais pas étudiés lorsque j'ai écrit les phrases que vous citez de moi sur Carlyle'*; je m'en tenais à l'opinion courante, à l'impression superficielle; pardonnez-moi, si je me hasarde à croire que vous faites de même, ainsi (pieMichelet et tant d'autres, ainsi que la majorilé des Français en 4789. — Mais Malouet, (iouverneur Morris, Mallet du Pan, Pitt, Burke et Washington ont vu plus avant dès l'abord, et j'ose dire que leur jugement a été confirmé par l'expérience. Pourtant, en 1881, c'est encore un embarras el peutêtre un danger que de juger comme eux.
liCs principes de 1789 se réduisentà un seul, le dogme
i. Voir tome II, l)^^)!"), noie 1.
2. Article sur le tome II de la lircolulion (La Con([uélr jacobine) dans la Revue Itisloriquc de juillet 1881, ji. 414 et suiv.
5. M. G. Mouod citait dans son article un passag^e de Vfiisfoiie de la liltéralare anglaise (tome V, ji. 290 de la 11» édition; : « Ajoutez doue le bien à coté du mal... » jusciu'à x ...et (jui a' rérornié rEurope peudant «pie le \ôlre ne servait (pi'à vous ».
I,ES DEUX DERNIERS VOLUMES DE « LA RÉVOLUTION » l'2ô lie 1,1 souverainèlt'' du |)eu))lt', entendu à l.i façon du Contrat social. Les lioninies de ce temps ont construit leur notion de l'État, non seulement a priori, mais avec un point de départ particulier et une méthode particulièie [Ancien Ré(/ime.'\). r)Or)-r)l 1); leproduita éléunethéoi'ic essentiellement anai'cliifjue {ib. 7)1 l-r»IU),essenliellemenl despotique et socialiste [ibitl., 7)\\)-7\'-2\) ahoutissant d'un côté à une société send)Iable à celle des .Mamelucks en Kgyple ou de la gai'd(> turque des derniers (^alites, d(; l'autre côté à un couvent Spartiate ou au gouvernement des Jésuites dans le Paraguay. — Voilà le moteur central des événements ; c'est le germe morbide qui, intiltré dans le sang d'une société souffrante et proCondénient malade, a déterminé la lièvre, le délire et les convulsions révolulionnaires. Si cela est vrai, tous les jugements (jue l'imagination, la sensibilité, la sympathie, portent sur les honunes de 811 et de IMI, sur la Fédération, sur l'œuvre des Constituants, etc., doivent être changés; leurs illusions, leur enthousiasme, leurs embrassades ne peuvent inspirer (jue de la pitié; il me semble voir un pauvre aveugle affamé qui, ayant fourré les mains dans les mains dans un trou de rivière, croit avoir saisi un poisson et le montre triomphalement : de fait, le prétendu poisson est une vipèiv. De là les contradictions que vous me reprochez et qui, cela posé, n'en sont plus. En 1781) et même en 171)0, beaucoup d'honunes sensés, honnêtes et même cultivés, tout en se sentant mordus se refusaient à croire que le poisson fût une vipère. C'est encoi'C le cas aujourd'hui ; j'ai montré, dans les
lois de la Constituante, le double effet anarchique et despotique du dogme de la souveraineté du peuple; le volume que vous venez de lire montre ce dogme anarchique appliqué par les Jacobins; le volume que j'écris sur le gouvernement révolutionnaire montrera les Jacobins appliquant le dogme despotique; si je puis écrire le cinquième volume sur le Régime nouveau, vous y verrez, dans la Constitution de la France telle qu'elle a été fixée vers 1808, l'application des deuxmémesdogmes, non plus à l'état aigu, mais à l'état chronique. Ce qui caractérise la France depuis 1808 jusqu'aujourd'hui, ce qui la distingue des autres nations, c'est la présence des deux mêmes principes au fond de la structure politique et sociale; de là ses révolutions si nombreuses et sa centralisation si funeste. Au fond, elle a été démolie et rebâtie d'après un principe faux, dans un esprit étroit et superficiel, qui est l'esprit classicjue. Et depuis la première phrase jusqu'à la dernière de mon livie, cet esprit est mon ol)jet unique en principal.
Pour E. Daudet ', je ne suis pas de son avis... J'ai pu vérifier les [faits] pour Arles, Jalès et la Lozère. Le comte d'Artois et les émigrés du dehors ont pu faire beaucoup de projets et tentatives ; mais il n'y a eu ni projet sérieux ni tentative réelle à l'intérieur, au moins jusqu'à la i\n de IT'.Jl. Los rovalistes do l'intérieur sont restés bons
1. M. G. Mdiioil avjiil, il.iiis son jirlicle, fait rél'éi'ciu'c m louvrajïc alors tout iiouvelleineiil paru do M. Ernest Daudet sur VHisfoirr (1rs Conspirations i-oyalistes du Midi sous la Hévolttlion. (Cf. la lettre du 9 mai 1881 ii M. Ernest Daudet.)
LES DEUX DERNIERS VOUMES DE ■< I.A FîKVdl.l TIuN „ 12:.
constitutionnels jusqu'à celte époque et même au tleh'i ; j'en ai donné la pi'euve pour Arles etMnies; cela est vrai aussi delà Hrotagne et de la Vendée. Daudet a pris les illusions de (lohlcnlz poui- des faits positifs. — Il a fallu la tyrannie Jacobine pour révolter des gens qui ne voulaient que l'observation de la loi.
Bien amicalement à vous.
(P. ilT) de votre article). Je ne crois pas exact de dire fpie j'ai présenté la Conquête Jacobine comme « le fruit (l'un plan pi'éconeu, froidement accompli par une poignée de scélérats». — Au contraire j'ai insisté sur ce (|u'il y a de « spontané et de fatal » dans cet événement (par exemple p. 28 de la Conquête Jacobine, et toutes les comparaisons tirées d'une graine qui végète, d'un virus qui se répand, d'une atrophie ou hypertrophie mentale)!