‹ Sa vie et sa correspondance (volume 2)Chapitre 42 sur 127 · A M. GEORGES SAINT-RENÉ TAILLANDIER · texte numérisé non relu

A M. GEORGES SAINT-RENÉ TAILLANDIER

Boiiiigi-. Mt'iitlKin-Saint-Bernarti. '20 juillet 1881

Monsieur,

Je vous suis très reconnaissant de l'article que vous

venez de publier dans le Parlement; c'est la première

1. M. Saint-Roiié TailliiiidicM- ((ieoi-fjes-Reiié-Gabrier. diplomate, né à Montpellier le 17 septembre 1852. M. Saint-Keiié Taillandier devait devenir, qnelipios années plus tard, par son mariage avec Mlle Clievrillon, le neven de M. Tnine.

l'2fi CORRESPONDANCE

fois, je crois, que mes idées politiques sont rattachées à mes idées philosophiques, et rien ne mest plus précieux que de voir conslalei- ma bonne foi. J'ai pu me Iromper, mais j'ai fait de iiKtn mieux pour voir clair et pour vuir juste, j'ose assurei' (pie la tâche est difficile. En polilique, nous vivons dans un milieu d'idées toutes faites; et il est aussi périlleux que désagréable de combattre des opinions dans lesquelles tout le publie a été élevé et nourri ; j'avais moi-même ces opinions au début de mes recherches, et ce n'est pas sans effort ni sans chagrin que j'ai dû les quitter.

Permettez-moi de vous indiquer la réponse que je lerais aux objections qui terminent votre article. Vous justifiez la Révolution en disant (pi'elle s'est maintenue en France et projtagée en Europe. Il faut s'entendre sur ce mot Révolution. Si vous désignez par là l'abolition de l'ancien régime (royauté arbitraire, féodalité), rien de plus juste ; non seulement en France, mais en Italie, dans la plus grande partie de l'Allemagne et en Espagne, la vieille machine était pourrie et n'était bonne qu'à jeter bas.

Mais on pouvait faii'e l'opération de deux manières, h la façon anglaise et allemande d'après les principes de Locke et de Stein, ou à la façon française d'après les principes de Rousseau. L'histoire contemporaine montre la supériorité de la première méthode. En France, où la seconde a prévalu, non seuh>ment on a dû traverser les massacres de la Révolution et les boucheries de l'Empire; mais les deux conséquences fatales du prin-

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