‹ Sa vie et sa correspondance (volume 2)Chapitre 50 sur 127 · I. M. André Clievrillon · texte numérisé non relu

I. M. André Clievrillon

U2 COP,RESI'ONDA!<(.E

traitement vous a procurée. Dormez-vous et digérezvous? Cela est essentiel. Je connais l'anémie cérébrale par moi-mèini'; il n'y a rien à faire que d'éviter toutes les occasions de fatigue ou d'épuisement, et de réparer beaucoup. Ce qui doit vous peser le plus ce sont les heures vides et solitaires, après dîner jusqu'au coucher: voyez si vous ne pourriez pas avoir, pour ces heures-là, un lecteur qui vous lirait quelque ouvrage solide et peu intéressant, par exemple, la Restauration de Viel- Castel; rien ne détend mieux et ne prépare mieux au sommeil ; l'excitation de la conversation et du luonde est, au contraire, très mauvaise.

J'ai fini ces jours-ci à grand'peine le premier de mes neuf chapitres. Quoique mon rhume ne soit pas complètement fini, j'ai repris mes douches qui me font du bien: le temps est charmant, nous resterons ici le plus tard possible. Je serai le 8 à Paris pour les élections, j'y i-esterai trois jours et je reviendrai ici jusqu'au !2o. Dien entendu, j'irai, pendant ces trois jours, vous demander une fois à dhier ou à déjeuner. Je suis très content du succès de l'École. J'ai reçu le programme du Cercle ]iistori(]ue^ ; à mon sens, c'est une idée fausse; vous savez que Renan m'a dit que, fùt-il obligé de s'y inscrire, il n'irait jamais. L'obje! est ambigu et Hotte emre

1. I.i^ Cercle liistoi'iquo on (Icrrlc Sninl-Siiuon , créi' j>;ir M. (i;ihriol Moiiod, s'ouvrit on 1882 ot vécut jusciuon 1902. Contrairoinciit aux appréhensions de M. Taine, il rendit de grands services en l'approciiant des liomnies d'étude de milieux ditl'érenls, ce (|ui était le but de l'institution. M. Taine lui-même y fit une fois mie lecture.

LKS DEUX DKI'.MEI'.S YOI-UMES IlF « I.A RKVOF.UTION .. 1 1" deux choses possibles sans on atfcindre aucune : ce n'est pas une vraie fondation ayant pour but une œuvre efïeclive, comme la Société de Géographie ou de l'Histoire de France, publication de documents, perfectionnement de cartes, initiative de voyage; ce n'est pas non phis un vrai cercle, un lieu d'agrément. Les dîners de spécialistes, les réunions le (limanche en petit comité chez Gaston Paris sont mieux inventés. Bref, je ne crois ni à l'agrément, ni à l'utilité, ni à l'avenir de l'institution.

Ce que vous me dites du Glohe ' est comique, mais la prévention et l'esprit de parti n'en font jamais d'autres. Je suis bien inquiet et bien contrarié de la marche que prend le Gouvernement. La démission de M. de Saint- Vallier et de M. Chanzy sont des symptômes; si la conversation de M. Chanzy rapportée dans le National est authentique, ce symptôme est encore plus gravée La brochure de Schérer' conclut dans le même sens. VA

i. E. Boiitiiiy à il. Taine : « Il y avait rrcpininent qtiohiuos mots curieux dans le (ilohe sur votre iiortrait des Jacobins. On le louait; on le trouvait exact et impartial, — et savez-vous ce qu'on coïKliiait? Que ce type avait cess('; d'être celui des H(''|iuMicains pdur devenir celui des l.éyiliinistes, des Consei'valeui's, des adversaires de la l'.épulilique, et ([ue la déliance de soi-même, la malurilé des réformes, caractérisaient maintenant le parti. Ainsi vous leiu' servez à se rendre bon témoignage à eux-mêmes. Vous attendiez-vous à cela? »

2. I.e comte de Saint-Yallier, ambassadeur de France à Berlin, el le général Chanzy, ambassadeur à Sainl-I^'lersbourg, avaient demandé à êti-e relevés de leur poste lors de l'avènement du minislère Ganibelta (14 novembre 1881. F.e général Chanzy avait expli(]ué ses raisons dans une tnlerview parue dans le ynfional du 25 novembre.

ri. Ln llrvisioii de la C.nnstiliUion. Paris. IS8I.

\U CORRESI'ONDANC.K

lui qui so récriait lorsque, il y a six ans, je lui disais qu'il était un gii'ondin !

A M. AHMAND f.ODS '

Mi"nllion-S;iinl-Iît'rn;ii(l. 4 tlécenilire 1881 Monsieur.

Je vous suis très obligé de vos renseignements et de vos offres, mais je me ferais quelque scrupule de vous donner la peine de transcrire une délibération entière comme celle de la commune d'Héricourl. Cependant, si vous avez la bonté de m'en communiquer un abi'égé,je tàciierai de l'insérer dans une nouvelle édition.

Je connaissais le fait pour Belfort ; Sauzay [Htsl. delà ])énetration révolutionnaire dans le Doubs, 111. 191) mentionne l'expédition commandée par le cafetier Marcon ; mais il ne parle pas d'Héricourl.

Ce n'est pas moi qui traiterai de la guerre, des finances et de l'Kglise ; j'ai assez à faire avec l'histoire des pouvoirs publics. Mon dernier volume ne traitera que du gouvernement révolutionnaire, et c'est déjà beaucoup pour mes forces qui sont petites.

Je vous félicite de pouvoir étudier une histoire locale en détail et sur pièces authentiques. 11 n'y a rien de

1. M. AniKinil I.ods, piihlicish^ \\r à [l('riciiiii-t tljuilc-Saïuio en

LES DELX UERNIEKS VOLUMES DE « LA REVOLLTIO^ .. 14.)

plus utile et de plus probant. Si vous avez des détails et des chiffres sur les élections (nombre des inscrits, nombre des votants, nombre des électeurs formant la majorité, qualité dos élus, liberté de voter ou violences exercées sur les votes), vous avez en main les pièces décisives ; le fait le plus significatif de toute cette époque est le petit nombre et la basse qualité du parti régnant, et là-dessus toutes vos communications me seraient précieuses. Les renseignements donnés par \. Uabeau (Ti'oyes) et par Sauzay sont frappants, et j'en ai trouvé d'autres non moins étranges sur Belfort. Agréez, Monsieur, etc.

A MADAME FRANCIS PONSÛT

Mt'iillioii-S.iiiit-Bonijii'il, 1." décemlirc IS81

Cliére Madame,

Jai passé trois jours à Paris, pour les élections académiques, ce qui m'a permis d'aller 'au Ministère de l'Agriculture.... Malgré la recommandation de mon préfet, on ne peut m'accorder la permission d'emporter en Savoie des boutures de Noah et d'Iillvira ; le célèbre règlement s'y oppose : très poliment, on me promet de me faire envoyer par l'hlcole de Montpellier des pépins do ces di'ux espèces. Je les attends, mais je ne suis piis

H. lAINL. — cburvEsro'xDAKL. IV. 10

sur qu'ils viennent, et j'aimerais bien mieux, si vous

en récollez, les tenir de votre main.

Ce plan de vie et d'tHudes que vous donnez à Armand me paraît très judicieux. Dans la carrière que vous lui préparez, il peut se dispenser du baccalauréat èssciences. L'utilité du latin est tout autre qu'on ne le croit généralement ; il ne s'agit pas d'apprendre une langue, mais une méthode d'analyse et de raisonnement. Grâce aux déclinaisons et conjugaisons, à la construction sobre et difiérente de la nôtre, chaque phrase devient un pioblème à résoudre pour l'élève, analogue aux problèmes de géométrie et d'arithmétique ; seulement, la matière du problème est morale et non physique. Comme le latin est une langue mère, et mère de la nôtre, et connue, en nuire, il est une langue primitive faite par des gens moins compliqués que nous, il convient parfaitement à nos enfants. A cause de tout cela, il doit faire partie dune éducation complète; rarement on suit le sens exact des mois abslraits, des termes de politique, de morale, de critique, de législation, si on n'a pas passé plusieurs années, et dès l'enfance, au latin. Mais vous voyez qu'il y a des équivalents ; les bons autenrs du xyu*^^ et du xviii'^ siècle, français et anglais, en peuvent servir ; avec une mère comme vous, Armand se rendra compte de ses lectures, sera interrogé sur le sens précis de chaque mot un peu général, fera des analyses et résumés, remarquera les fautes de raisonnement ou de composition qu'il aura .oommises. Faitcs-hii faire île jielites descriptions et

F.KS DEUX DKliMKHS VULUMES DE < LA I',ÉV()l,LTIO.\ » 147

iiini'alions d'objets, paysages, villes, événements, voyages, dans lesquels il aura été spectateur ou acteur ; on no doit janinis demander à un enfant des œuvres de d'imagination, ce qu'on nomme dans les écoles des <( sujets de style )), mais des récits ou exposition fournie /;«>•. s'o» expérience ; s'il les fait bien, s'il arrange SCS idées en bon ordre, s'il voit les sutures nécessaires, s'il sait à volonté, abréger ou développer, surtout s'il sait résumer et conclure, il aura tout le jirdlit du latin. Je lui souliaite d'écrii'e connue sa mère.

Quand je vous disais que je ne reconnaissais plus M. Graindorge, je ne voulais pas dire que je l'ai dépassé, mais ({ue je lui ai survécu. Je sens le poids de l'âge, au moral et au physique ; me voici retiré des affaires, presque de la vie, devenu campagnard et bourgeois ; vous en avez la preuve dans mes tentatives viticoles.

Agréez, chère Madame, les assurances de ma respectueuse amitié.

A M. ERNEST IIAVEX'

22 décembre 1881

.... Pardonnez-moi encore cette fois si vous êtes choqué; il y a une légende à hKpielle j'ai cru comnie les autres, mais qui, comme toutes les légendes, s'est elTondrée (pour moi) sous l'étude critique....

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