Voir Innio III. p. ."», noto I
H est certain qno filtrée par vous et à travers la langue anglaise, elle devient plus claire, et nul ne peut manquer d'y reconnaître une œuvre de génie. Peut-être suis-je moins convaincu et moins admirateur que vous. J'ai lu l'ouvrage, la plume à la main, dans ma jeunesse, et, à mesure que j'avançais en âge, les objections se sont multipliées dans mon esprit. A un lionmie comme vous on n'envoie pas de simples compliments; je prends donc la liberté de vous soumettre deux réserves principales.
L'objet de Kant, tel qu'il le définit lui-même, est la solution de la question suivante : comment les jugements synthétiques a priori sont-ils possibles? A mon sens, c'est là une question de psychologie ; elle ne peut être résolue que par l'observation, l'expérience, l'analyse détaillée à demi physiologique de cas curieux, comme l'ont fait Stuart Mill et Bain, comme j'ai tenté de le faire moi-même. Aborder la question par le raisonnement pur, comme l'a fait Kant, la traiter comme un problème mathématique, par l'exclusion de toutes les solutions d'un certain ordre, c'est mal procéder et courir grand risque de se tromper.
En effet la réponse de la psychologie expérimentale et désintéressée est celle que voici :
Parmi les jugements synthétiques a priori, il y en a de deux espèces; les uns ne sont tels qu'en apparence; au fond ils ne sont que des jugements analytiques déguisés ; une étude un peu attentive et délicate montre que l'attribut y est compris dans le sujet. Les autres ne sont pas valables ; ils ne sont que des généralisations ou des
M;s lil'lX liKI'.MI'P.S VOLUMES 01-: « LA ItEVOLITldN ,. 1.".'
anticipations de l'expérience; a ;;rîor/, ils sont dépourvues de toute autorité ; l'autojité qu'ils ont leur est conférée tout entière a posteriori par les expériences qui les confirment.
Même en supposant que ces objections soient vraies, on ne retire licn à la i^loire de Kant;il a donné une solution cohérente et oiiginale du plus ^rand des pr(tblèmes. A mes yeux, son mérite est d'êtie l'un i\q:^ penseurs qui, avec Locke, Berkeley, Hume, (londillac et les psychologues anglais contemporains, nous ont appris que toute métaphysique suppose comme préalable, correctif et antidote indispensable, une psychologie.
Je vous lélicite de suivre de telles études et de les concilier avec la philologie. Nos jeunes éi'udits semblent vouloir laisser la philosophie aux hommes de notre âge, aux hommes de cinquante ans, conune un vieux joujou peu convenable à la gravité et au positivisme de la génération nouvelle.
Agréez, cher Monsieur, etc.
A -AF. CIIAHI.ES KITTEIt
Meiithoii-Saint-Bernai'Ll. ù juillet Cher Monsieur, Je vous suis très obligé de votre envoi'; ces extraits
\. Trnduction d'un discours du profossein* Biederui.iiin, do
Zuriiii. siu' n;ivid-l''irdi''ric Strnuss.
154 COl'.liKSI'OMiANCi:
<ln rc niedormaiin sont trt's curieux, et je goûte beaucoup sa critique de Strauss. En gros, cela aboutit à peu près aux idées de notre ami M. Renan; il y a là une i-eligion, ou plutôt un reliquat de religion qu'un grand (M-rivain poète peut adapter à son usage et à l'usage de (luehjues rares amis disséminés aux quatre coins de l'Europe. Mais faire de cela une religion enseignée, prècliée une fois par semaine, ac<-eptal>le pour la grosse foule, ayant un ellet pratique sur la vie courante de la majorité liumaine.je n'en vois pas le moyen. Je voudrais voir M. Biedermann sortir de ses hautes abstractions, rédiger un credo, un Praiirr-Bool, ; alors on pourrait voii'.
Encore merci et tout à vous.
A M. JOSEPH FEHKAND'
M(Mitlinn-Sainl-li(>ni;iiil. l-^' îhiùI ISS'J
Yous m'avez fait tntpdiionneur. Monsieur, en publiant une lettre aussi insignilianle : je crois que si on démêlait les principes permanents du Jacobinisme, on pourrait prédire presque avec certitude la plupart des traits de la société qui se forme ou qui s'achève en France; mais pour le faire il me faudrait deux choses: beaucoup de
1. AnticMi )irt''f(M, ik- i\ Limoges en 18'27. L;i tl;ite de l'aimée de la présente lettre est iiiC(M-taiiie.
I,ES DKIIX DKIîNIKIiS VOl.I MKS HT, « l,\ liKVOLUilON l.V» santé cl je n'en ai pins sinon;; dos élndes [trnticjues coninie lesvôlros et je ne les ai pas.
Je vous remercie vivement de votre envoi'; les tcnl,!tives italiennes sont remarquables. Il me manque l'exitérience de rimi pour les apprécier ; je voudiais savoir (piellc classe d'honnnes arrive au pouvoir local j en vei'lu de Idri^anisation (pic vous décrivez. Sont-ce les gens lionorabies, instruits, indépendants établis depuis plusieurs généralions dans le pays, bref ceux (pie M. Le l'iay appelle les autorités sociales? Ou bien sont-ce des avocats sans causes ou des médecins sans clients, des bavards de cale, des déclassés oisifs et cliarlatans comme chez nous et comme aux ?ilats-Unis'? (lomment son! composées les ndiniiiislrations iininicipalcs et provinciales ? A mes yeux, (-"est là la principale question. IJi r(''ginie peut être jugé par ses l'acines, mais il doit surtout être jugé par ses fruits.
Permettez-moi de vous demander ce travail complémentaire. L'essentiel est d'être fixé sur la qualité des liomines que les institutions amènent à prendre en mains les all'aires pul)li(|ucs. Si ce sont des hommes comme les conseillers municipaux de Paris, les institutions sont mauvaises. Si V,e sont des hommes comme les magistrats municipaux de Manchester, les institutions sont bonnes. Il y a une monographie à faire du magistrat municipal italien et j'espère que vous la ferez.
Je suis à Paris pendant trois ou quatre mois, du
1. Il s'agit prol)al)lonu>nt do La l\é forme municipale en France et m Italie, hi-ocliiiri' iii-S° ilo M. ,loso])li Fcrraiid.
ir.ti C.OHRESPONDAISCE
1'' janvier au 1'"' mai, '200, boulevard Sain'-lie'iiiiaiii. Si vous y passiez à celte époque, je serais bien cbarnié (le faire personnellejuenl votre connaissance. Agréez, Monsieur, etc.
A M. GASKIN PARIS
Uoiiii-(". MontlKin-Saint-DcriKinl. I" aoiil ISS'i
Mon cher ami, vous serez le très bienvenu, et je vous remercie d'avoir combiné un si large ilinéraii-e. Probablement vous vous rencontrerez chez moi avec Boutmy, que j'attends vers le S ou le 10, et la rencontre ne vous sera pas désagréable. Je n'ai vu que des extraits des lettres' publiées par Lockroy; le fds de cette dame était Julien de la Drôme, un petit tigre imbei'be, analogue à Saint-Just où à Rousselin, plus tard philanthrope: vous voyez le milieu ; je lirai cela à Paris. En ce moment, par cette chaleur, je ue suis bon à rien, j'ai si longtemps vécu avec les Jacobins que j'en suis dégoûté et incapable d'en rien écrire.
A bientôt, dans une quinzaine, j'espère, vous pense-
1 « Avez-Tons lu les lettres de la grand'mère de Lockroy?
Sinon, faites-les venir. C'est un document tout à fait rare et pn''cieux, et qui s'encadre si bien dans votre livre qu'on vous soupçonnerait presque de l'avoir fabrijué, sans la préface de l'éditeur, qui y voit un argument triompliant contre les gens qui se permettent de penser comme vous sur la névolution fraiirnise. » (G. Paris à H. Taine, 50 juillet 188t.> .
LKS DEUX DEUMERS VOLUMES DE « l,A KÉVOLUTION i- Vil l'ez à m'avertir un ou deux jours d'avance ; mes enfants vous embrassent ; ma Itmimc et moi, nous vous serrons la main.
A M. BERNAUD MALLET ' Boriiigo, Meiillioii-Saiiil-lk'riiard, 9 septembre 188'J Mon cher Monsieur,
J'ai lu avec beaucoup de plaisir la lettre de Carlyle à votre grand-père-; « almost from the first, he sees, if not across the phenomenon and through it, yet steadily inlo the centre of it •>. J'irais même plus loin, je crois ([ueMallet du Pan a vu plus avant queCarlyle et, selon moi, la raison est que Malletdu Pan avait en politique un jugement plus sûr, des principes meilleurs queCarlyle, étant simplement un libéral pratique et sensé, tandis que Cari j le est conduit par sa doctrine du /lero-îoors/u'^, par
I. M. Bornanl Mallcl, lils de sir Louis Mallet el arrière-petitliis (Ir Mullel (lu l'an.
'2. Tlioinas Carlyle fo ,1. I,. Mallet, 51" «Hlober ISol. Celte lellre
a été publiée pour la première ibis par M. Bernard Mallet dans
un article de VEdinbutgk Review (janvier 1885), et republiée par
lui dans son liM'e Mallet du Pan and the French Révolution
Londres, lOO^).
Cette lettre contient le passage ci-après : u Of ail writers on llii: roijali.tt side. indeed I mat/ say on any side, Mallet seems II) nie In Itavc luken incomparably tke truest view of the enornious phenomenon he was in the midst of: w.ilh a rare saqacily, (ilinoxt from the first, he sees if not across it and through it (as l might say], yet steadily inlo the centre of it, and refuses ta bc bcwildernl, as the othcrs are, by irhat is of the sup'erficiés met cl y.
158 COKUESPONliANCE
son inclination vers le despotisme de lÉlal, par ses
réminiscences de Cromwell et de la dictature puritaine.
Si vous pouvez retrouver les lettres adressées aux gouvernements de Vienne, de Portugal et de Berlin, il est probable qu'elles feront une suite précieuse et peut-être digne d'être publiée à part. C'est à vous de choisir et d'aviser; M, Albert Sorel, professeur à l'École des sciences politiques, est en France l'homme le plus compétent sur ce sujet et sur cette époque, le plus capable de donner conseil à M. Michel et à vous.
Quant au nombre de volumes que M. Pion compte publier', ce sera d'abord deux, puis, en cas de succès, deux autres. Mais, d'après ce que j'ai lu de Mallet du Pan, mes présomptions sur ce que je n'ai pas lu sont telles que je crois à un grand succès. C'est un titre de noblesse pour vous que d'avoir un tel bisaïeul, et tout ce que vous publierez de lui tournera à sa gloire autant qu'au profit du public. Si cela est possible, il faudra tâcher de mettre en tète de l'édition une réduction du portrait que vous m'avez donné.
Nous serons très heureux de vous revoir à Paris cet hiver; ma santé est médiocre, et je prolongerai mon séjour ici jusfju'à la fin de décembre.
Agréez, cher Monsieur, les assurances de mes sentiments très distingués et très dévoués.
1. L(i Correspondance inédile de Mallet du Pari avec la Cour de Vienne (1794-1798) a été publiée eu 1884 par les soins de M. André Michel, avec une préface de M. Taine (Pion, Nourrit 01 Cie .
I,ES DEUX llEUMEIiS VOMMKS DE " LA UEVOUTKlN " 159