‹ Sa vie et sa correspondance (volume 2)Chapitre 58 sur 127 · I.KS DKl'X bKHNIERS VOLIMES l)K « I.A HKVdMTlUN · texte numérisé non relu

I.KS DKl'X bKHNIERS VOLIMES l)K « I.A HKVdMTlUN

systèmes de morale pratiquas (et non pas seulemcMit professés) en Chine, chez les Bouddhistes, chez les Grecs du temps de Cirnon et les Romains du temps de Galon l'Ancien, dans le Christianisme primitif, en France sous saint Louis, dans l'Italie de 1500, dans l'Kspagne de 1600, etc.; et j'aurais lâché de finii' par un chapiti'e inliluli"' de V Idéal <lnnx la rie analosiue à celui (jue j'ai (■'cril sur V Idéal dans l'aii. A mon avis, les diverses sciences morales, esthétique, morale, |)(ilili(pie, lo<,M<|iie, économie politique, ne peuvent devenir stables el progressives que si l'on suit à peu près celte méthodi!. Le temps m'a manqué pour l'appliquer tout au long; j'espère pourtant que mon quatrième volume vous présentera un chapitre où je suis arrivé, par le procédé liistorifpie, à présenter une idée objective, positive, et non pas seulement personnelle, du droit et de l'État.

■l'ai quelque scrupule à contester celle de vos argumentations (jui me concerne; puisque j'accepte les autres réfutations, je devrais accepter la mienne. Pourtant je crois que le mot « prestidigitation » (p.'')ij est inexact'.

1. M. l'miill(''(' l'Cl'il (|i. .")'(■ ■ " lions sciiilili' (in'mi .-iliiis de Inii^ii^c aiiiilogiu' se rclniiive clic/, M. Taiiic... M. Taiiii- dit que la iiioralilê est une siinple queslinii détendue dans les .jn^'cnieiits et les senlimeiits, ou connue disent les hipiciens classiques, d'extension.... « Le jugement universel, dit M. faine, surpasse en m'andeui- le jugement pai'ticulier..., donc le sentiment el le moliC vertueux surpassent en grandeur le sentiment et le motif intéressé ou aH'ectueux: c'i;st ce que l'expérience confirme, puisque nous jugeons lo motif vertueux supérieur en dignité, en heaulé. inipt'ratif, sacré. » On voit les inétaniori)lioses (]ue la prestidigitation iniellectuelle fait ici subir à l'idée de grandeur qui. de purement logique, devient eslliéti(|ue et morale....

17 i COItRESPONDANCE

L'idée est plus grande quand elle a tous les hommes pour objet au lieu d'un seul homme. De même le sentiment, l'amour, est plus grand quand il a pour objet tous les hommes au lieu d'un seul homme. Selon moi le parallélisme est rigoureux, et la beauté du sentiment comme de l'idée est proportionnelle à la grandeur de son objet. — Vous ne lélorquez pas rigoureusement la maxime; ou du moins vous ne la prenez pas au sens où je l'ai prise. Ouand je dis qu'elle pousse l'homme généreux à se jeter à l'eau pour sauver un enfant qui se noie, je veux dire qu'il se jette à l'eau en vertu d'un sentiment qui lui Hiit considérer toute vie humaine comme précieuse, la sienne comme précieuse aussi, mais pas plus que celle de l'enfant qui se débat, en sorte qu'il est porté à risquer la sienne pour sauver l'autre qui indubitablement sans ce risque couru serait anéantie; bref il applique cette phrase de Cicéron: ne se (piixqitnm plus t/uam aliiim deligal. — H n'y a là aucun jeu logique mais seulement une observation de fait.

Sur les sensations inconscientes, je ne suis pas sîir, après avoir lu vos articles de la Revue des Deux Mondes^, que nous prenions le mot conscience dans le même sens. Je ne prends jamais ce mot comme M. Renan ou comme les Anglais au sens desprit, de monde moral et mental (consciousness.) L'acte de conscience est pour moi la la connaissance que nous avons de nos états internes et

i. La vie consciente et la vie inconsciente. Bévue des Deux Mondes des 15 octobre et 1" novembre 1883.

LES I)1;LX DKI'.NIKI'.S VOMMES I»I; <■. la HLVOLLIIUN .. IT^) notamment de nos sensations. Il consiste essentiellement en une irprlilictii, laquelle est opérée par un organe physiolo<;i((ue spécial, les cellules gi-ises de l'écorce. Le pigeon ou le rat à qui Ton a retranché cette calotte superficielle, le cochon d'Inde à qui M. Vulpian sectionne les deux pédoncules céréhraux en avant et au-dessus de la protubérance a des sensations intactes et complètes; mais il n'en a plus conscience, je veux dire qu'il ne les connaît plus au moment où il les a. et partant, il ne s'en souvient jtlus, les organes répétiteurs de la sensation n'existant plus ou ne les répétant plus.

Pourquoi n'avez-vous pas passé par Menthon celte année en allant au Midi? Tâchez de le faire une autre année, ou de revenir à Paris avant avril. 11 n'y a personne avec qui j'aurais plus de plaisir à causer qu'avec vous et avec M. Ciuyau', et vraiment on ne cause pas suffisament par lettres.

Agrée/, je vous prie, etc.

\ M. ÛSCAK browning'

MeiiMii)ii-Saiut-Bt>rnard, 15 novembre 188")

Mon cher Monsieur,

Je n'ai pas lu en manuscrit la correspondance de

i. Marie-Jenn Giiyau, neveu de M. Fouillée, ancien professeur de philosophie à Condorcet, né en 1854, décédé à Menton en 1888.

2. M. Oscar Browning, né à Londres le 17 janvier 1857, professeur d'histoire à l'Université de Cambridffe.

176 COURESPONDANCE

Lord Gower; mais, autant que j'en puis juger par le dehors, je crois que la publication en serait très utile'. Des hommes compétents qui m'ont parlé de ces dépèches m'ont déclaré qu'elles étaient de la plus haute importance; elles embrassent toute la période qui s'étend depuis le rappel du duc de Dorsel jusqu'au 10 août 1792. Les jugements et impressions d'honunes compétents soiil très rares à cette époque et d'autant plus précieux. Les dépèches de (lOuverneur Moi'ris à Washington et du baron de Staël à sa cour nous ont déjà beaucoup appris; celles de Lord Gower compléteraient nos renseignements et contribueraient certainement à porter la lumière dans ce chaos de bavardages où presque tous les lecteurs se noient aujourd'hui. Je donnerais cinq cents volumes de journaux, pamphlets et brochures pour les lettres qu'un ambassadeur, homme d'Etat, écrit sur place de semaine en semaine, au pi'emier ministre de son pays ou à son souverain.

Agréez, cher Monsieur, etc.

A M. A. BABKAU

M(Million-.Saiiit-Bc'riiar(l. 5(1 mai I88i

Monsieur.

Je suis votre obligé depuis longtemps, et vous savez

1. M. 0. Browning pnhiia celte cori'espondanre sous ce titre : The Des/iaiclirs of Enrl Cnwer ((lanilji'idge, ISSr> .

peut-être avec quel profit je me suis servi de vos livres dans mes Origines de la France contemporaine. Je voudrais vous devoir tMicore un service historique, et je prends la liberté de vous le demander.

J'.ii des renseignements sur l'accroissement de la inorlalité dans plusieurs villes de France, pendant les années II, III, IV, snriout pendant les années II et III. (septembre I TOâMseplendjrc 1 7îl")).Cesrelevésexistent-ils pour Troyes ot pourriez-vous me les procurer? II s'agit d'avoir le chiffre annuel moijen des décès pendant les dix dernières années de l'ancien régime et de le comparer au chifîre des décès de l'an II et de l'an III. Dans les villes où l'on a ces l'cicvés l'accroissement de la mortalité est au moins de moitié en sus; par exenqjle, s'il moiUMit par an 12 personnes sur 60 avant 17ÎS9, il en meurt."» dans l'an II et 5 dans l'an III. Vous voyez l'importance de ces chiffres pour évaluer l'inlluence de la misère et de la diselte.

liien entendu, je ne me hasarde à vous demander ce renseignement que si les relevés sont dt^jà tout faits; je serais désolé (pie vous prissiez la peine de faire! des additions si longues.

Vous avez travaillé comme moi aux Archives de Paris, et vous connaissez sans doute les six grosses liasses de la mission du représentant Albert (1)§I, 1 à C); j'ai trouvé en outre un carton très curieux £'4421, contenant le registre du Comité révolutionnaire établi à Troyes par Garnier, puis par Rousselin, avec 70 pétitions et réclamations des personnes taxées, et des renseigne-

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