‹ Sa vie et sa correspondance (volume 2)Chapitre 79 sur 127 · II. TAINF. — COliltKSPONDANCE. IV · texte numérisé non relu

II. TAINF. — COliltKSPONDANCE. IV

2'2C CORHESPONDANCE

A M. ALPHONSE DK CANDOI.I.E

Paris. -2^ dôcoinlji'c 188(i

Monsieur,

Dans la séance mensuelle d'hier soir, j'ai lu devant la Société de Psychologie physiologique les papiers * que vous avez bien voulu m'adresser pour elle. La Société m'a chargé de vous faire agréer le témoignage de sa vive reconnaissance. Vous nous avez comblés ; je n'espérais pas des indications si complètes et si pi'écises ; je n'aurais pas osé vous demander un pareil travail, circulaire, questionnaires et tableaux tout prêts pour être remplis, résumé de toute l'expérience d'un observateur, d'un classificateur et d'un statisticien.

La société va faire autographier vos questionnaires et votre circulaire pour chacun de ses membres ; s'il y a lieu, nous vous demanderons la permission d'imprimei' le tout et de le publier dans une Hevue, afin d'étendre l'enquête.

Agréez, Monsieur et cher collègue, avec mes remerciements personnels, l'assurance de ma respectueuse considération.

1. Questionnaire rédigé par M. de C.andolle (vdir la lettre liu 50 novembre 1886*.

A S. A. I. i.A l'i;i\(:i;<^i; maihii.de'

l'jiiis. 1!) f.'viif'r 1887

Princesse,

Je suis très affligé de vous avoir choquée. Daignez relire mon portrait de Mme Laetitia ; je croyais n'y avoir mis qu'une impression de haute estime et même d'admiration, haigiiez aussi l'emanpicr (piels sont mes auleui's ; ce ne sont pas des a [jamphlétaires »; c'est

1. La priiicesso Mathildc-Lîetilia-Willu'liiiiiie Bonaparte, lillo du l'oi .lérônic, iiéi' en 1820, décédée le 4 janvier V.)ùi. La princesse Malliilde avait écrit à M. H. Taine la lettre suivante, à la date du 17 février 1887, au surlendemain de la publication du premier article sur Napoléon Bonaparte dans la Hevnr des Deux Mondes il II 15 février :

Monsieur,

J'ai lu dans votre article intitulé : Napoléon Bonaparte, que ma grand'mère était parcimonieuse et qu'elle était sans souci de la propreté. Permettez-moi de relever cette double erreur.

Elle était généreuse. Ses enfants l'ont trouvée pour leur venir en aide au jour du malheur. Les événements ont assez prouvé qu'elle avait eu raison.

Quant à sa tenue, bien que très simple, elle était extrêmement soignée. Aveugle, ses petites mains blanches filaient pour occuper ses heures et pour la laisser s'absorber dans ses souvenirs.

Elle ne vivait que dans le passé. Il n'y a plus aujourd'hui que mon frère et moi qui l'ayons connue.

Je puis affirmer que vous avez été induit en erreur et que

Napoléon lui-même ; tous les mots cités dans lo texte et dans la note sont de lui : Stanislas Girardiii n'est mentionné que pour indiquer un développement, une conversation écrite à l'instant même, et dans laquelle, si vous vous y reportez, vous verrez bien l'âme primitive, naïve, toute maternelle. — « Trop parcimonieuse, etc. » est de Napoléon ; cela n'empêche pas la s^énérosité qui, en cas de nécessité, sacrifie tout, donne tout ; j'ai dit cela expressément et sur l'autorité de Napoléon lui-même. J'ai beau réfléchir, je ne vois qu'un mot qui puisse vous heurter ; c'est le mot propreté; je vais le vérider dans les sources, et l'ôler, s'il y a conteste; mais, en vérité, pour l'époque indiquée, c'est-àdire en Corse et en France avant 179G, pai'mi tant de misères de la vie errante, une femme demi-italienne, demi-paysanne, chargée d'enfants, ruinée, ménage son linge et n'a pas le temps de soigner ses mains. J'ai vu

souIs li'S pamphlétaires que vous cilez ont pu la colomnier a Ml si.

Elle n'a jamais fait parler d'elle, s'est effacée jusqu'à l'oubli; mais cela n'a pas suffi pour garantir sa mémoire.

Son titre de gloire était d'être la mère de l'Kmpereur Napoléon I" qu'elle aimait avor culte et admiration. C'est là aussi son crime.

Pourquoi faut-il que la haine puisse aujourd'hui défigurer ainsi une si grande mémoire que celle de l'Empereur et chercher à atteindre le fils jusque dans sa mère?

Veuillez recevoir. Monsieur, l'expression de tous mes sentiments distingués.

Mathilde.

■ l,K RKGIMi; MOKKRNE )^. I.A MALADIE KT LA MOliT 'J'2'.t

ces mœurs et ces habitudes chez de vieilles dames que j'ai connues dans mon enfance; l'une d'elles était un vrai chct' de lainillc, une âme commandante et diiiue de commander; dans sa petite ville, on l'appelait « le (!olonel ». Mais, elle se souvenait toujours du leiups on le savon avait manqué et où il fallait porter la uu'-me chemise toute une semaine.

Je regrette d'autant plus de vous avoir choquée que, prohahlement, dans mon second article, je vais vous clio(|uer davantage. Le jour où je vous ai demandt' si vous ne vous opposiez j)as à la jiublication de mon étude, je vous ai résumé en deux mots mes conclusions sur l'Kmpereur : le plus grand génie des temps uiodcriies, un égoïsme égal à son génie. Je voudrais que la première partie que vous venez de lire me servît d'excuse auprès de vous pour la seconde. Si je ne me trompe, limmensité de ce génie n'avait pas été, jus- (ju'ici, mesurée avec tant d'exactitude, par des traits aussi précis, au moyen de véj'ifications aussi positives ; ce ne sont pas des phrases que j'ai faites ; je n'ai pas accumulé des adjectifs lyriques ; j'ai montré a les trois atlas internes )) toujours ouverts et tenus à jour dans cet esprit extraordinaire, et la faculté de combinaison plus extraordinaire encore, riné|)uisable et grandiose imagination constructive qui fait de lui un frère posthume de Dante et de Michel-Ange. Pardonnez-moi, si vous pouvez, la seconde partie, en faveur de la première. Il est dur parfois d'éciire l'histoire en historien critique et sincère ; j'ai blessé à fond les royalistes en

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trouvant le chiflre do l'inipôl direct sous l'ancien réj;inie, les 81 pour 100 du revenu net extorqués au paysan par les taxes royales, seigneuriales, ecclésiastiques. J"ai blessé encore plus à fond les républicains el toutes les puissances actuellement régnantes, en montrant ce qu'a été véritablement la Révolution, c'està-dire d'abord une Jacquerie rurale, puis une dictature de la canaille urbaine. Je vais blesser les partisans de l'Empire, et les admirateurs de la France administrative, centralisée, manœuvrée tout entière de liant en bas, telle qu'elle existe encore aujourd'hui. Tant pis pour moi, j'y étais résigné d'avance.

Mais, je ne me résignerais pas à |)erdre une amitié comme la vôtre; je l'ai éprouvée, depuis vingt ans, si constante et si loyale que je suis sùi' de ma gratitude personnelle ; tout ce que je vous demande c'est d'y croire, quoi qu'il advienne, et d'agréer, encore une fois et pour toujours, mon attachement et mon respect.

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