Marcelin, Souvenirs tir la vir paiislcmie
-2. Article sur Marcelin dans les Débats du 3 mai 1888 (recueilli dans les Derniers essais de critique et d'histoire).
3. Débats dos 2'2 et 24 août 1888 (articles recueillis dans Le Socialisme allemand et le yihilisnic russe, par Jean Rourdeau, Paris, 1892).
u LE P.KGIME MODEHNE >>. LA MALADIE ET LA MORT 1" VOUS répondre au sujet de mon travail. 11 ne va guère ; tout ce que je puis espérer, c'est de rapporter en noveinbre la valeur d(! deux articles de la Revue des Deux- Mondes, h peu près autant que l'an dernier, deux chapilr'os sur les mérites de l'organisation napoléonienne, et sur ec qui a pu en subsister pendant les soixante aimées suivantes. Knsuile vitMidiont les chapitres sur les vices de cette organisation, et le dernier livre sur la France contemporaine, de d 815 à 1875. Mais, en somme, c'est trop lourd pour moi ; l'ensemble est trop vaste, exige trop de connaissances techniques, et ma santé, ma capacité d'attention est trop médiocre. Je travaille en vertu de la consigne que je mesuis donnée, mais sans savoir si je finirai. En ce moment, j'écris sur l'impôt indirect, Stourm et Leroy-Beau lieu me servent l)eaucoup, mais il faudrait en savoir autant qu'eux, et je n'en sais pas le vingtième; ma seule ressource est de me limiter aux sommets.
Kt vous'.' Vous ne me dites pas un mot de votre grand ouvrage sur la Constitution anglaise '. Avez-vous écrit, et à peu près combien de pages? Vous savez qu'à mon sens, votre seul danger est d'être trop difficile pour vous-même, trop scrupuleux, trop enclin à vous défier de vos idées et de votre style, trop critique à votre endroit. Je souliaite de tout mon cœur que vous ayez con-
\. Il s'ajïit probiiblemeiit d'un projet d'étudo approfondie sur la C.onstilulioii hrilainiique, dont l'ouvrago intitulé Le développement de 1(1 constitution et de la société politique en Angleterre, (Paris, 1887) n'aurait oté que la préparation: cette grande et nouvelle étude ne vit jamais le jour.
H. TAINE. CORRESI'ONDANrE. IV. 18
tiniiô et avancé ; soyez sûr que tout ce dont vous serez mécontent ou peu content sera encore très bon, très précieux, très instructif pour tout le monde.
Je ne vous parle pas de politique: mon impression et mes pressentiments sont aussi tristes que les vôtres ; à Champel, devant des étrangers de tout pays, je me sentais presque honteux ; notre littérature et notre gouvernement font de nous un scandale. Il faut se confiner dans la vie privée et dans la curiosité philosophique. J'avais emporté mon Évangile, Marc-Aurèle ; c'est notre Évangile, à nous autres qui avons traversé la philosophie et les sciences; il dit aux gens de notre culture ce que Jésus dit au peuple. Mettez-le sur votre table de nuit ou sur un coin de votre bureau, et lisez-en trois ou quatre phrases tous les jours; elles suffiront pour alimenter votre rêverie pendant toute la journée ; je vous recommande surtout les trois derniers livres. Jamais on n'a pensé et parlé avec tant de vérité et de grandeur sur la nature et sur la mort. En grec, tous les mots sont chargés de sens, de passion et d'images, et d'une telle précision que le style lapidaire des Institutes n'est pas audessus. Voilà bien le testament suprême de toute l'antiquité, d'un monde plus sain que le nôtre ; c'est à peine s'il faut y changer quelques formules pour y adapter les conclusions de nos sciences. Un vieillard comme moi y trouve juste, avec la saveur parfaite, l'aliment final qu'il lui faut.
Résignons-nous comme lui, cher ami; les moljfs qu'il allègue sont toujours valables. Je vous serre les deux
mains bien aiïoctueusement. Ma femme embrasse votre femme et vous offre ses amitiés.