Camp loiiilit' en ;iv.inl du M;in
espace à occuper, le mauvais temps doit en tiiei' beaucoup. Je crois, d'après divers renseignements, (piils (uit du perdre (maladie et combats) environ 200 000 bonmies. Mais il en reste encore beaucoup trop, et mes espérances sont toujours bien petites.
A <v :mere
Pau, 11 jauvicr 1S71 Je comprends vos inquirtudes en apprenant que le bombardement des forts a commencé ^ heureusement il semble jusqu'à présent que les boulets prussiens ne nous font pas beaucoup de mal et probablement Trochu va faire quelque grande sortie. — 11 est clair que les Prussiens n'ont pas osé attendre davantage; ils veulent brusquer la capitulation de Paris, ils craignent nos armées de province. Autre pieuve bien évidente, ils apnellent les dernières réserves de leur Landwebr; ils ont évacué Hijon et quitté Langres ; Bourbaki vient d'avoir un grand succès dans le Doubs-, près de Bclloi1 (|ui peut-être va être délivré. — Paris, ayant eu trois mois pour compléter et multiplier ses fortitications. a chance de résistera l'attaque ouverte, et si bouibaki et Faidherbe continuent à avancer sur l'Est, il est possible que les Prussiens, poui" ne pas être coupés de l'Alle-
1. I.e boiiiharilemenl de Paris avait coinnirncé N' S jauvior. '2. La balaillo do Villersoxol. lo 9 janvier.
;■> CÔRnESPONDANCi:
inaçrno, so d<k'i(leiit à lover le siège. Voih'i le côté biillant, mais je suis si ignorant en matière de guerre, que je me défie tout à fait de mon opinion.
La vie est hieo triste; je n'ai pu retrouver ma faculté <le travail, je n'ai plus do verve, aucun attrait pour écrire, mon travail n'avance pas.... J'ai trouvé un assez bon assortiment de livres anglais et même allemands: je lis et je bouche des vides dans mun instruction; il y avait bien des années f|Uo je n'avais renouvelé mon fonds intellectuel.
Marcelin est à Toulouse avec sa mère, il a clé |)ris à rim}»i'oviste et n'a pu rentrer à Pai'is; ses perspectives d'avenii' son! bien compromises, il dit qu'il j'eprend la vie frugale et laborieuse de sa jeunesse, et qu'il se sent fait pour cela. — Nous en sommes tous au méme})oin(, et avec le même avenir. Tristes nouvelles de Paris, retrouverons-nous nos maisons y — J'ai écrit à Letorsay par la Suisse, en lui demandant réponse par la même voie, sous le couvert de notre ami Ûiinond'. Si tu veux écrire à Reims, mets sur Tadressi» (^ par la voie de l'elgique ).
A SA MKHi:
l'.iii. 1!» jaiiviei- ISTl
Ta letliv de dimanelie n'es! point ani\ét\ je suppose
(jue ce refard ou ce manque est nn effel de la prise du
1. M. Luiii? Onnoiid. fframl iiidii-H'it'l Vaiidoi^ ()iii ivsiilait à Qarens.
U GliEHP.E i-
Mans' : los loUres doivent inninLonanl passer par Nantes el la CJiaronle.
Cliovrilloii m*a écrit un mot lo l*'"' janvier, très court, ei'oyanl à une sortie. Il n'avait pas reçu de dépêche de nous depuis le 8 novembre. Mon oncle Alexandre et tous nos parenis de Paris étaient en ce moment en bonne santé.
('/t>st depuis ma dernière lettre que les forts sont canonnés et la ville bombardée. Madame Say qui reçoit de son mari des letti'c^s fréquentes et en outre une feuille |)elure du Jo//r//r// Jrs Débats me dit: 1" Que dans l'énumération détaillée des dégâts, on n'en cite aucun dans notre ({uartier. Le 11 janvier, M. Say a vu Renan aux Dphals, et il ne paraît pas (pi'il ait quitté son logement (rue Yaneau). ti'' Que la ville et les forts souffrent tivs peu. On a peine à empêcher les Parisiens d'allei- voir l(>s bombes tondjei'; une bombe non éclatée se V(»nd \ingt-cin(| francs, un éclat d'obus vingt ou trente sous. — La sœnr de Madame Lehmann est allée faire ses dévotions à $aint-Ktienne-du-Mont, à Paris, sans plus s'inquiéter des bondées.
.le pense (et c'est l'opinion comnume), cpie la gnen'e continuera même si Paris est pris. Il ne faut pas nous attendre à rentrer ch(V, nous avant le printemps. — V Orsay, les choses vont passablement, sauf les vivres (pli deviennent rai'cs.
l.'Ani^letei're est le meilleur moyen poui' coninnmi-
l. Id ville du Mans avail éti' prise le l'I janvier.
44 CORRESPONDANCF.
(jLicr avec la portion envahie de la France. Sophie n'a pas besoin de chercher l'adresse de l'amiral Wiseman. Qu'elle écrive à Galland' de faire inséi'er une note dans le Timen. Son mari s'est sans doute assuré les luoyens de lire ces annonces, qui sont fréciuentes.
J'ai recommencé à travailler un peu. mais les documents me man(juent. Mes prévisions polititjues sont toujours bien tristes, Bourbaki ne peut ])as avancer; je crains que Paris ne soit forcé de capituler. .Je ne puis rien vous dire, sinon d'avoir courage, de patienter, despérer. Nous nous soutiendi-ons. Avec de la volonté et de l'affection, on vient à liout de bien des maux.
A SA ^lERF.
Pau. 27 jamipp 1871 Ci-joint une lettre de Letorsay du 17 fiécenijjre (jui m'a fait bien plaisir. Elle m'est envoyée par M. Aubruel, consul de France à Genève, qui m'offre son intermédiaire pour m'en envoyer d'autres, ma sœur peut employer ce moyen. J'ai écrit à M. Haye, mon traducteur de Londres, pour qu'il fasse mettre dans le Times l'annonce suivante : « Prière à M. Washburne Ministre (l«'s États-Unis) de vouloir bien envoyer la dt'pèche suivante : A M. P... etc. » Le Times arrive à Paris à
\. M. Victor (ialland. pcinlie (1822-1X92 . l.fau-liviv .!,■ M. Cliovriliûii, et qui était aloi-s réfugié à Londres.
LA (iUEIIKL 45
}\. Wa^libmiR' (jui envoie ohligcciiiiincnl ces soi'les de notes au destinataiie.
Je n'ose faire aucune conjeclnie sur l'avenii'. il nie semble cei'lain que Paiis ne peut maintenant ni se délivrei' ni èli'e secouru; il y a peut-èti'e encore deux mois de vivres, l'artillerie prussienne sei'a-t-elle assez puissante pour faire enti'er rennenii de vive force? Même Paris pi'is, je cr<»is que la guerre continuera. Je ne vois qu'une chance, le vieux l'oi tué par une l)Ouibe ou un IVanc-tireur, le czar uiouiantet remplacé par son lils tjui déteste les Allemands et peut-être nous tendrait la main. La guerre continuant, lii'est est-il en danger? J'espère que non, il est trop loin et les Prussiens n'ont pas de nuu'ine. D'ailleurs, je le crois bien défendu du côté d(> la terre. Inftu'me-loi : en tout cas, si vous avez besoin dt> moi, je viendrai à Brest.
Tous les journaux étrangers louent et admirent la l'ésistance prolongée de la France et de Paris. Il est clair ((u'on a sauvé l'honneur, et l'Europe nous est synq)athi(|ue ; mais ces sympathies sont sans effet l)Ositif.
A SA MERE
r.iii. i tV'vi'i.M'
Jairecu une lelln^ de C.hevrillon datée du 1^0 janvier, il allait bien, nraimoncail l.i capitulation prochaine, lu'manpiez (pic le '2(1 élail le lendejuain de la dernière
sortie, celle du 19. Je eiois (|ii';'i [);i)tii' de rf iiionieiii \(' l'eu ennemi >*<'>( riilrnli, lums avons dune tnul lieu de compter quil est sain et saul ; l'aiiuée est juisonnière, mais reste à Pai-is; ainsi il ne seia pas envoyé <'ii Alleiiiiigne. \)i\ii> sa letlic. il inr disait (jue jrgénéivd Pélissier l'avait proposé pour la croix d'officier et poulie grade de chef de bataillon, auquel, du reste, il avait droit par ancienneté. 11 avait déjeuné la veille avec Saicey.
(iambetta a promul.uué une l(ti .dectorale injuste et dangereuse': lintervention malencontreuse de M. de ilismai'ckla fera passer. En ce cas, et dans le i^àcliis où nous sonnnes, quelle sera la Chambre? Depuis la rnijie de Bourbaki, toute espérance est ju-rdue; s'il continue la guerre, ce sera en dépit du plus simple bon sens : nous nen perdrons que plus de territoire et d'argent.
Marcelin et sa mère ont été malades à Toulouse, seuls, sans domestiques, presque sans argent. — IMus je vois de gens, plus il me semble que notre chance est passable; c'est une grâce (jue d'échapper à la ruine complète ou à la mort.
A -A MJ ^.L
t'jMi. 7 fêvrirr
Les Prussiens en ce moment interdisent absolument Ventrée fie Pai'is. il< ne laissent que sortir, et peu de