‹ Sa vie et sa correspondance (volume 3)Chapitre 26 sur 136 · Le dêciet sur les inéligibilités : Voiipagf · texte numérisé non relu

Le dêciet sur les inéligibilités : Voiipagf

pci'^oiinc?^. (A'rl;iiiieiii('iil ccllr «h-ri-iisc (reiilrcr durt'i'a jusqu'à la lin (If rannislici', pi'Ul-t'Iie jusqu'à la conclusion de la paix. Les l'iussiens n'ont laissé les. lettres paitir de Paris qu'avanl-hier. Les Pai-isiens arrivent ici, disent (|ue les dégâts sui' la rive gauche sont petits; ils ne parlent pas dune seule maison ellondréi'.

rSous avons voté hier ici pour Paris; nous sonnncs bien contents que Gandjella ait cédé, cela nous évite pour le moment la guérie civile. — Mais personne ne peut dire si après le It) nous aurons la paix, ou si la guerre continuera. Tout dépi^ndra du degré d'exigence et d'énonnité des propositions prussiennes.

.Nous n'avons pas de parti pi'is au cas où la paix se ferait. Nous sonnnes très bien ici, la maison est gi'ande, confortable; le jardin joli. Belle vue, le parc est en face. Peut être y laisserons-nous ces dames un ou deux mois de plus. M. Denuelle et moi nous retournerions à Paris pour nos affaires, et moi en outre pour mon cours.

A M. É.MILE Pl.A.XAT (MAI'vCI.I.In)

J'.ui. 7 iV'vricr INTI

Mon ciier Emile, j'ai reçu la ledre (jui m'a fort attristé: je n'imaginais pas que la maladie fût venue en suirroît chez vous; par malheur le capital le plus clair (pii nous reste à tous, (*'est notre santé et notre travail liitur. Je suis rassui'é à \)0U pi'és sur mon li'ère Letorsay •

mais d<'|mis le '20 janvier je n'ai pas de nouvelles de Clievrillon, qui ce jour-là, sur ses deux bastions, avait eu sept tués ou blessés. Tu imagines notre inquiétude. — Aucune nouvelle de nos trois logements de Paris : Je mien, celui de ma mère, celui de mon beau-père ; ils étaient au plus fort des bombes; .quant à notre maison de Cliàtenay, nous ne savons pas s'il en reste les quatre umrs. — Mais toi. tu ne me dis rien de Paul', ni de ton journal. Les ballons ont du l'en apportei- des nouvelles; parle-moi de cela dans ta prochaine lettre.

Je finis mes yotes sur l'Atif/lelerre, j'y ai laissé les lacunes que le manque de livres m'empêchait de combler. Je n'écrirai rien sur l'Allemagne; mon voyage a été subitement interrompu le 10 juillet, et les sentiments que nous éprouvons tous sont tels que je ne crois pas qu'un Fiançais, d'ici à dix ans, veuille y voyager ou en écrire. — 11 est bien probable qu'à mon retour, je ferai à Pai-is des articlt^s politiques d(^ fond, malgré ma répugnance et mon insuffisance; il faut maintenant que tout le monde mette la main à l'u-uvre ; mais la parole est si peu de chose contre les institutions et le caractère national I Enlin je ferai ce que je pourrai, malheureusement avec peu d'espoir; tu sais ce que je pense de notre pays, et cela depuis des années. — Pour moi il est clair que les Allemands veulent faire de la France une Italie, comme l'Italie de l'Autriche entre J815 et 1848, c'est-à-dire un pays envahissable à leur gré et

1. }\. 1';mi1 l'Ianat. in).^éni('ur civil. ïvrvc dEiiiiii' Plaii.il.

LA (ilEI'.IŒ V.l

loiit à Inil sous leur main; peut-être à furcf de misères el d'iumiiliations, finirons-nous par nous organiser, connuo eux en 1815; peut-être à force de succès et de conquêtes, finiront-ils par avoir le sort de Napoléon I^'. .le ne vois pas d"autr(^s chances.

11 est vrai, la Vie parisienne restera un document d'histoire, et je crois que le recueil complété de tes articles fera un livre vrai et intéressant. — J'espère aussi que tu continueras le journal ; si quelqu'un peut l'endre amusantes les choses sérieuses, c'est toi. — Mais notre grande faute c'est d'avoir voulu que tout fût amusant; Tart el le talent de s'ennuyer ont fait la force des Allemands; ils ont pu accepter toutes les corvées, les hesognes les plus longues et les plus monotones que personne chi^z nous ne voulait supporter. Par contre la guerre a mis à jour le mauvais et vilain côté de leur caractèi'o que recouvrait une écorce de civilisation. L'animal germanique est au fond brutal, dur, despotique, barbare»; et l'animal allemand est de plus économe et grapilleur. Tout cela vient d'apparaîti^e à la huuière el fait hori'eui-.

Je travaille, mais avt^c nii effnij énoi'me et sans avancer guère. — S'il faut recommencer tuut, ma plume n»' suffira pas à nourrii- i]ia famille; au cas où la vie deviendrait impossible à Paris, j ai pensé à chercher nne place de professeur ou de conférenciei- en Suisse; mais j'ai -iô ans dan> deux mois, et \o n'ai plus (ju.' la volonté sans la verve.

Nous apprenons aujouidhui (pie (iambetta se démet

H. TAINK. CORnF.SI'd-VlJANtK. III. 4

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et que nous n'aurons pas la guerre civile ; voilà un grand malheur de moins; mais je compte que les prétentions des Prussiens seront énormes; il est probable que rAssembléeles rejettera: en ce cas nous serons conquis, probablement les Napoléons seront restaurés, ce qui nous conduira défininitivenient à la guerre civile; il n'y aura pas plus d'issue pour nous que pour l'Italie au xvi^ siècle.

Tout cela est trop triste à penser; j'ai Tàme en deuil depuis six mois. — Une poignée de main, mon vieux, cela me fait plaisir de penser à toi.

A >V ^IF.RF.

P.lil. 1^2 frvrirf

.l'insisté toujours pour que vous nllcndiez pour jiarlir. Il faut voir si rAsseiiibiée qui se réunit à llordeaux aujourd'hui fera la paix. — Les chemins de fer ne sont employés qu'au ravitaillement, et il faut avoir deux passeports, les faire viser plusieurs fois en loutc^ aux différents postes, etc. Les espérances sont aujourd'hui du côté de la paix, on peut parier trois contre un qu'elle se fera. Paris est très malsain, surtout pour les femmes et les enfants. Cela est officiel, annoncé dans les journaux par les médecins de Paris, et ici par tous les vovageurs qui en arrivent. 11 y mourait dans les derniei's temps quatic à cinq mille persoinies p.n- semaine.

LA Gl'ERRE M

t^t tout aux environs, les morts ont été onlern'is à fleur de terre.

L'Assemblée est composée presque tout enlièie de modérés, beaucoup d'orléanistes, quelques légitimistes, pas mal de républicains couleur Cavaignac, quelques exagérés. — Elle ressend)lera à celle de 1848 où était mon oncle'. A mon avis s'il y a paix, les chances sont, pour une République modérée plus ou moins longue, qui finira sans secousse par une monarchie constitutionnelle sous les Orléans. Les rouges sont discrédités à Paris, on a vu leur petit nombre. Le seul danger sera le mécontentement des soixante ou ((uatre-vinet mille gens du peuple, qu'on nourrissait gratuitement pendant le siège, et qui vont se trouver sans ouvrage et sans pain. Voudront-ils tenter de nouvelles journées de juin? En ce moment, la grande anxiété est de savoir quelles seront les propositions de la Prusse, et si elles seront acceptables. On compte sur l'influence des puis- >;itices pour les modérer.

A >A MKRE

l'.iu. 20 février

Il faut attendre poui* rentrer à Orsay la signature de

la paiv, qui me semble certaine; les chevaux doivent

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