‹ Sa vie et sa correspondance (volume 3)Chapitre 29 sur 136 · I.A (.rtRUK oo · texte numérisé non relu

I.A (.rtRUK oo

jncnai-é, iii.i Mi'iir. ni;i nièce et iii;i mt'rc^ sont ;illt''o<i ;"i Brest chez ma sœur Clievrillon. Nous somuies venus ici. A Tours, j'ai un peu écrit pour les Affaires étrangères, je m'étais mis à leur service. — A Tours et ici j'ai écrit un volume iiililulé yotcs sur l'Angleterre. Connue dejtuis six mois j'ai de 1>0 à HK) pulsalions par minute, ma santé est médiocre. — .le viens d'essayer un article de politique: ma cervelle me ri^luse le service; les angoisses de ces derniers mois et le cliagi-in sont ti'op grands.

Vous savez bien que j"ai toujours eu des idées grises à l'endroit de la France. Le gris est devenu noir; je vois d'ici à un an des Journées de Juin et la guerre civile, un peu plus tard une seconde invasion, peut-être à la lin la scission de la France en deux, un avenir semblable aux trois derniers siècles de l'Italie. La stupidité des journaux est énorme; je crois que peu de nations sont aussi remarquables par l'incapacité politique; ceux qui se disent républicains, hommes du progrès, sont pour la plupart des fous furieux. — En somme, il n'y a plus de chefs naturels, la masse oscille au hasard sous Fimpulsion tout extérieure de l'intérêt ou de la peur. Ce que j'essaie d'écrire, c'est un article en faveur du suffrage à deux degrés, afin de donner des sous-ofliciers à cette tourbe.

Je compte revenir à Paris dans une semaine; j'ai un gros rhume, un peu de fièvre, ce qui me retarde; d'ailleurs j'attends toujours une réponse de M. Guillaume et de M. Lenoir à qui j'ai éciit pour savoir si je pouvais

■'' (;niir,KsiM»M>\>r.K

icpiriidrc jiiuii c(iuir> ;i llÀ-ok'. SaM'Z-\()U> si les cours sont rouverts? Si vous passoz rue l>on;ij)urt(\ inf(»rni''Zvous pour moi.

Fciifes-vous tli'S ju'ojels poui' cri i'It'V JCsprrc (juc vous hIIl'z écrire régulifTciiit'iil des ailicles j)oliliqui'S, cela est dans vos apliludes et dans vos goûts. Je voudrais pouvoir en dii-e autani ; car en ce inonienl. ce serait un service à rcndi'c. — Moi. prolialilcmcid. j imj)riincrai le livre dont je vous parlais et je vivrai désormais à la campagne, à Chàtenay. peut-être eusuite loiu de Paris, près de la Suisse, à cause de ma femme et de mon enfant. Nous causerons de tout cela enseml)le. A vous de cœur, mon cliei- ami.

A M. MAX MLLLER

Monsieur,

J'accepte la piopo-ilidii iii-s jioiioimIjIc (|u<' MM. les cui'atoursde l'Institut T;i\ lor ont bien voulu m'adresser, sui' votre initiative, et je vous plie de leur faire agréer mes remerciements, f.e cours que je fais à Paris à l'école des Beaux-Arts finira, je pense, le ') mai. Pour mieux réfléchir aux lectures (jue je dois faire à < Ixford, je demande à MM. les curateurs de me permettie de n'arriver que la dernière semaine de mai. .le pourrai l'aire trois lerttires par semaine, de cette f^içon le cours

!,\ i.ri;(;i;K *>T

ne se pi-oldiiuciail |t;i> ;ni <k'l;'i du Iciiin' (;(iiiV(Miabl('. .l'aiirni riiuniiL'iir de V(mis aviMiir plusieui's senuiiiies à ravaucc au joui- cxarl (n'i je |i(iun ai ai'i'ivL'r.

Je serai heureux de l'ecevoii' de vous des i'eiisei;^neiiicnls el des conseils au suji'l (\\i pultlie <|ui nit'-cduh'ra et des inalières qu'il est à pro})osde Irailrr. Je suppose (pie l'audiluire sei'a composé pour la |)lus grande parlic de jeunes gens suivaid les cours de rLniversih'. et cnlciidaiil eoui'ainincnl la langue IVançaisc. \.r IJK'àlrc du \Mi' siècle m'a paru un ^^ujet convenable, paire (pi'il est intéressant el (pie nos trois grands auteurs (lraniati({ues sont fort connus.

.riiésiterais un peu à parler de no> |tliilo>oplies et de nos moralistes, Ik'scartes, Malebrunche, Pascal, La Hochetoucauld, La Bruyère; ma raison est (ju'une telle exposition, pour n'être pas superficielle, exigerait un examende plusieurs théories méta|)liysiques et morales, et partant des études spéciales ou un toui- d'esprit tout particulier chez les auditeurs.

Tout dépend de ces auditeurs; il i'aul ({ue le cours leur soit approprié: et vous me rendriez, Monsieur, un véritalde service si vous vouliez bien me dire de (pielle façon, à votre avis, le public sera composé. — M. l-'ranz Wœpke a été pendant de longues années uion ami très intime; j'ai écrit sur lui une notice assez longue dans les Nouveaux essaU de critique el (Vhidoire. Je n'ai point connu d'homme plus digne d'amitié et de respect, et c'est un plaisir pour moi de penser que son souvenir me servii-a d'iniroduction auprès de vous.

Veuillez agréer, Monsieur, les sentiments de considération et de dévouement avec lesfjuels je suis votre très obligé serviteur.

A MADAME H. TAINE

P;iiis, 17 mars

Sceaux et Cliàtenay sont dans un état affreux, un chenil de poics,une odeur et des tas d'immondices composites et sans nom comme dans un dépotoir de chiffonniers. La maison du curé à Châtenay a lair d'une écurie de vidangeurs. Partout les meubles bi'ùiés, cassés, les persiennes et les carreaux détruits; cela dépasse Timagination: il faudra (hi temps poui' (juc tout cela se nettoie et s'assainisse.

Le commandant |)riissieii nous a (ht (pi'ils évacuaient le 19, et qu'ils nous rendi'aient la maison intacte. .Nous l'espérons.

Le docteui- Cmie est venu hier. Il est passionné contre Trochu, Favre, etc. : « Des incapables et peut-être des traîtres. )i — Son avis est que l'armée de Paris aurait pu battre et détruire les assiégeants, mais on les retenait toujours aussitôt après le succès, et on sonnait la reti^aite. Chevrillon est d'avis contraire.

M. Guillaume est venu nous voir hier, mon coui's est reculé de huit jours à cause des madriers et de l'énorme quantité de terre non encore déblayée qu'on avait mise

LA (rlERF^E o9

(l;ins l'lit'iiiiL-\cl(' piuii' [»in''>t'i"VL'r hi rrt'scjiu^ df Ih'laroclir. Mfiis '}c pourrai [\\'\\v coiii's le vendi'cdi saiiil cl le luiidi de Pâques, rc (|iii im^ ptM'int'tlra de linir au joui- dit.

lienan ma pi'ètt' quatre gi'auds articles poliliipies sur la silualiou, (|u"il ne publiera i)robal)leinent pas. ("/est lâché, abstrait, pas très bon. Il se néglige. Il y a •toujours beaucoup d'idées; mais sa thèse rebuteiait ; très visibleiiieiil. il es! pour la l'cslauratioii de la rovautéelde la iiolilesse alin de mieux imiter la l'rus>e.

chaphrk 11

I. Le l«S mars. — l[. Ce que M. Taiiie pensai! de riiisuirection. — l!l. Voyage en Anglelerre. — IV. ConCércnces iroxfoid. — V. Corropoiidance.

(Ml a |>ii voir |iai' les lellres (jiii préerdrnl combien le> prévisions de M. Taine éfaieiil sombres; pendant les (luelqnes jours passes à Paris, il avait mesuré rexallali(»n des cspiils. la profondeur de la désorganisation sociale, cl il n'était que trop préparé à voir éclater l'insurrection (]\\ 18 mars. Pour être prévue, la secousse ne fut pas moins douloureuse; le spectacle des Français s'armanl les uns contre les autres sous les yeux de rennemi lui parut jusqu'à sou dernier joiuun crime inexpiable envers la patrie. La cruelle répression de la semaine sanglante et les jugements sévères cpii suivirent, tout eu le pénétrant d'horreur et de pitié, ne lui semblaient qu'un acte de justice et de défense sociale contre des parricides et des renégats. — Après la guerre, il ne put jamais se décider à reprendre ses relations antérieures avec ses amis allemands; il rompit ainsi une ou deux amitiés anciennes et précieuses; il aimait trop la France pour pardonner aux ennemis delà France. — Un sentiment analogue l'animait (contre les insurgés de la Commune, doublé d'un

Page 1