II. T.VINE. COKRESPONDANCK. III. I
ti (;oRREspo^■llA^■CE
presque tous les Franeais. que nos généraux seraient à la hanteur de leur tache et que la préparation matérielle était complète; cependant, même avec cette espérance, il connaissait assez le sérieux et la ténacité de nos adversaires pour n'être pas entièrement rassuré sur l'issue finale. Surtout il redoutait l'instabilité de nos institutions politiques : l'histoire lui avait appris à discerner les éléments de désordre, contenus avec peine par un gouvernement fort, et prêts à faire irruption aux premiers revers ou au moindre signe de faiblesse.
Lors de son retour à Chàtenay', il était rentré dans une famille plongée dans le deuil; lui-même était épuisé, presque malade à la suite d'un voyage trop rapide; outre ses anxiétés patriotiques, il avait aussi le chagrin de voir son travail sur l'Allemagne interrompu dans des conditions telles qu'il devait renoncer définitivement à traiterle sujet. — U était, de plus, si inquiet des nouvelles de la frontière que, pendant ces derniers jours de juillet, il allait presque chaque après-midi de ChAtenay à Paris. Il en revenait écœuré par le spectacle des boulevards, par les bandes de gamins soudoyés criant : « A Berlin », par le grossier chauvinisme des officieux, par la légèreté impudente de certains journalistes: d'un autre côté, presque tous ses amis, doués de la perspicacité que donne une haute culture, tous les rédacteurs des Débats et du Temps, les seuls journaux informés et sincères, étaient comme lui très attristés : il était visible que, dans le mande des affaires et parmi les gens laborieux, la déclaration de guerre était accueillie comme une grave imprudence, et même connue une véritable calamité. Dans les salles d'attente, dans les voitures publiques, les bourgeois, rendus si prudents par dix-huit années de police impériale, traitaient tout haut le souverain de « brigand » ; les artisans et les gens du peuple se servaient d'expressions plus énergiques encore.