Pièce politique de M. Victcrieii Sardou
2. Cette bibliothèque cominuiiale venait de <e loiider à Cliàlenay bur liiiitiative de M. Taiiie.
A PU ES LA GLEUUE t>05
Je flâne toiile la journée, en esquissant de loin en loin un hou! de i)lan. Je vais bien, sauf pour la lacullé de travail; Je lis et j'annote des mémoires (Weber, l'Histoire du ti'ibunal révolulionnaii'e à Paris et en province, T>esenval, Rivarol).
Hier, j'ai passé aux Débats; on juge M. Tliiers plus solide que jamais; il est probable (ju'une grande partie de la Droite, au retour des vacances, se l'alliera à lui et lui fera une majorité, alin de ne pas laisser cette place à la Gauche. — Les impérialistes disent (ju'il faut le laisser tranquille encore deux ou trois ans. jus(ju'à ce (piil soil usé; après lui Gambetta et consorts, puis le prince Impérial qui dans quatre ans aura vingt ans, et fera un sauveur frais éclos et juste à point.
J'ai lu Ecelina et Hachel Gray. Evelinu, de Miss Burney, a eu un succès énorme vers 1780; c'est bien plat et un peu fîuix, et cela rabat les prétentions d'avenir littéraire: pres(iue toujoui's un livre, au bout de cent ans, n'aboutit qu'à donner une pauvre idée de son auteur. Mais comparé à un roman moderne, celui-là est bien instructif. Ouel changement dans les mœurs et dans les goûts 1 Evelina est une des dernières peintures du monde formaliste, aristocratique, où les convenances et les bonnes façons sont tout. H en fallait, le fonds était si grossier 1 hnpossible, (piand on n'a pas lu ces sortes de livres et aussi Kielding, Smollelt. de savoir combien le ton était encore sensuel et brutal. Il n'y avait alors que les Français de vraiment polis.
L'éducation a plus d'elVet sur les étrangers que sur
nous; la parole et l'instruction apjiliquées à notre caractère nont pas dinfluence; la nature et la passion ne se laissent pas entamer. — Si je réussis à écrire mon livre, il sera peut-être lu, mais il restei'a inutile. Mallet du Pan, Rivarol. Malouet, avec tout le talent, l'autorité, la publicité nécessaires, ont prophétisé juste à chaque pas nouveau de la Révolution, mais en vain. — Et trente ans après, la légende s'est faite aussi fausse que la Révolution avait été funeste. — En politique et en morale, nous ne jugeons que d'après nos passions et nos intérêts du moment, et nous ne croyons que ce qu'il nous est agréable de croire.
A ERNEST REXAX
Lii^aiyi, 0 SL'])tL'iiiLi"e 1872
Mon cher Renan,
.h' n'ai pas eu l'occasion de vous voir depuis plusieui'S mois. J'ai voyagé, et comme je suis toujours souffrant de la tête, je suis à Lagny, occupé à faire le remède qui me réussit le mieux (les bains froids). Me voilà donc obligé de vous écrire pour vous rappeler votre trop aimable promesse de 1870, à propos de ïbiteîligence. On en avait vendu en trois mois une édition et demie.
1. M. Taine élail en villéf;iature dicz <uii oncle, M. Lezaiisun.
APRÈS T.A (.TERRE m')
La guerre et la politique ont enrayé r''e(iultMnent. et le compte d'Hachette, que je reçois avant-hier, nie montre que la demi-édition restante demeure en magasin. — Je vous ai lu mes additions, j"en ai fait beaucoup d'autres; vous savez combien je dt'sii-e publier une troisième t'-dition complète; je suis comme un sculpteur qui, regardant sa statue, découvre qu'il a oublié d'achever ]o pied droit; il souhaite ardemment la ravoir et finir ce pied. — Votre article aux Débats remettra le livre en mouvement et me permettra d'achever ma pauvre statue.... Songez que le plaisir de se corriger et de s'achever est le plus grand de Ions.
J'ai lu beaucoup, depuis deux ans, sur la Révolution et le premier Empire. — J'arrive tout à fait à vos idées sur ce sujet.
A vous.
A ERNE>T RENAN
T.niiny, 0 >eptonibro
Mon cher Renan, puisque vous nVniïr.v. une entonne, je l'accepte de l)ien grand cœur; j'aime iriicux. um^ colonne de vous qu'un article de tout autr(\
Je sais que vous ne vous occupez pas de psychologie; mais vous avez eu la bonté de me dire que Y Intelligence avait modifié vos vues sur ce sujet, et qu'après avoir dédaigné les classifications verbales des théories courantes, vous étiez disposé niainli'iianl à i^'cnnnaitre
Wf> CORRESPONDANCE
quelque importHnce à ces études. Cela suffit paiTaitement, et si vous persistez dans cette idée, je serai charmé de la voir exprimer par vous.
J.a nouveauté du livre est :
]'' Dans les documents employés, observations sur les fous et les enfants, expériences pathologiques et physiologiques, trame continue de petits faits circonstanciés.
2" Dans la suppression générale des entités, celles des vieux idéologues comme des spiritualistes contemporains, à savoir les forces, les facultés, etc., et dans leur remplacement par les seules choses positives et réelles, à savoir les faits et événements internes.
,> Dans les conclusions métaphysiques, lindividu n'étant plus conçu que comme une série d'événements, et tous les événements de la nature n'étant que des formes diverses de la pensée, à divers degrés de complications dont la plus simple est le mouvement (Aristote).
Je laisse de côté ce qui est spécial et intéresse les psychologues proprement dits, à savoir la théorie des signes, des images, de la perception extérieure, de la mémoire, et des axiomes a priori. — Ce dernier point seul a quelque intérêt pour vous; car si l'analyse que je présente est vraie, il n'y a plus rien de solide dans votre cher Kant (vous savez que toute sa critique part de ce fait qu'il y a dc> jugements synthétiques a pi'iori : or. j'ai tâché de prouver pièce à pièce que tous sont des jugements analytiques, dans lesquels l'analyse se fait d'une façon latente).
Les hains me refont: en voici vingt en dix jouis:
APRKS LA GUERRE 207
nager oi^t un plnisir d(^s dioiix: cela fait penser à l'Olympe (rilomère.
Merci et à von s.
A MADAME H. TAIXE