‹ Sa vie et sa correspondance (volume 3)Chapitre 84 sur 136 · I.afrny. 11 soptomhro · texte numérisé non relu

I.afrny. 11 soptomhro

Je flâne toujours. Je lis les articles de Sainte-Henve sur le xviii^ siècle, la RévoUilion. Tépoque moderne; cela s'accorde avec mes précédentes lectures; mais la mémoire est languissante comme le reste; je n'ai pins l'ancienne vivacité d'impression; cependant, dans celle tranquillité, je vois mieux l'ensemble.

Je ferai en revenant l'étude sur Stendhal ' , qui est plus facile. Je reculerai l'exécution de mon gros livre ; probablement aussi je n'ai pas encore assez lu. Les notes de Sainte-Beuve m'indiquent de nouveaux documents; j'en profiterai d'autant mieux que je retrouverai peut-être ma fraîcheur intellectuelle.

Je lis aussi le manuscrit dn baron Percy-. — Je vois

1. M. Taine nvait depuis longtemps le désir de faire une étude complète sur Stendhal, et c'est avec cette arrière-pensée qu'il avait retranché des Essais de Critique et (l'Histoire, à parfir do la T)" édition, larticle sur lioïige et Noir qu'il juo:eait insuffisant.

2. Les Mémoires du baron Percy. chirurgien des armées impériales, avaient été légués à ses neveux, voisins et amis de M. Ilezanson, à Lagny : ceux-ci n'y attachaient pas d'importance et les avaient en partie détruits. M. Taine leur en révéla l'intérêt et sauva probablement ainsi li^ i-esU^ di^s ])réciou\ cahiers (pii vicMuionl d'être publiés à la librairie IMon.

avec chagrin que nos soldats en 1807 (léna), en 1808 (Espagne) ont été aussi pillards que les Prussiens, aussi brutaux, et plus ivrognes. — Ils ne volaient pas méthodiquement, pour économiser et envoyer chez eux: mais ils gaspillaient horriblement et détruisaient en gamins; dès 1807, à Eylau, à Friedland, ils volaient les blessés, ils se dépouillaient les uns les autres; la brute égoïste faisait irruption. Quelles horreurs que ces guerres de l'Empire, vues de près, pour les vainqueurs comme pour les vaincus! On n'a commencé à les admirer que vers 18r)0, lorsqu'on a cessé d'en voir le détail, et qu'on n'a plus aperçu que de loin les grandes masses, les effets d'ensemble, la stratégie.

Un trait curieux à noter, d'espèce différente: hier j'ai retrouvé un négociant belge établi depuis dix ans à Paris; il a vécu longtemps en Hollande, et m'a rendu le service, il y a six ans, de me traduire pour mon cours quelques pages de vieux flamand. — J'ai contrôlé par lui Taiticle dont je vous parlais sur la Hollande. — Les servantes ont de soixante à cent florins par an, et sont très laborieuses, très régulières de mœurs pendant toute l'année, sauf deux ou trois jours en septembre. A ce moment on leur donne les étrennes de la kermesse, environ dix florins. Il en arrive alors de tous les environs et toute la journée; à Amsterdam, par exemple, sur toutes les places, au marché, chez les marchands de crêpes, c'est une kermesse comme celle de Piubens, presque publique et tout à fait débordée ; elles choisissent la figure qui leur convient et payent

loul, puis ivulroiit dans leurs onze mois liois qiiarls de travail et de décence.

A MADAME II. TAIXE

Lagiiy, 17 septembre 1872 J'ai lu les douze ou treize cahiers du chirurgien l'ercy. Les sentiments que laissait la guerre ne ressemhlaient pas à ceux d'aujourd'hui. Après Friedland et Tilsitt, non seulement les empereurs et le roi de Prusse se visitent et s'embrassent, mais It^s officiers français donnent un «rand dîner sous des tentes aux officiers russes et prussiens; el, ce (pii est plus étonnant, des soldats français font un vaste repas dans une prairie avec les soldats des deux autres nations; on trinque, on s'enivre, et point de querelles, de haine; c'est comme le festin terminal d'une joute courtoise. A cette épo(iue encore, hi guerre ne se faisait point entre les nations, inais entre les princes; c'est à partir de 1808 en l'Espagne, 1809 en Allemagne, 1812 en Russie, (|ue les passions populaires se sont allumées.

L'empereur, dit Percy, témoin oculaire, a « un cor[is et une àme de fer », toujours à cheval et au galop, pai' lous les temps, bivouaquant, travaillant connue dix bommes, jamais fatigué ni malade. La confiance eu lui. l'ailniindion sont al)solues. Mais le soldat est bien las après Eylau; la nostalgie prend tout le monde. —

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