‹ Sa vie et sa correspondanceChapitre 114 sur 141 · A ERNEST RENAN · texte numérisé non relu

A ERNEST RENAN

Yiioflay, juin 1869 Mon clier ami,

fe viens de lire Saint Paul; je différais de vous

en écrire, parce que j'achève un maudit cliapitre qui tend toute mon attention. Je vous en parlerai. C'est prodigieux ce que vous avez tiré de petits textes insignifiants et épars partout, pour faire comprendre les ËpUres et VJiomme. Vous avez un filet énorme et à mailles serrées que vous avez jeté sur toute la littérature et l'épigraphie du temps. Le tout très intéressant, 1res vivant, très solide. 11 me manque ici un Saint Paul en grec, pour réfuter, comme sans doute elle doit l'être, la seule difficulté (jui se soit présentée à mon esprit. Quand je l'ai lu autrefois, probafilemenl à cause de mon habitude du grec classique, il me semblait plus âpre, plus saccadé que dans vos traductions, — une sorte de Victor Hugo. Je croyais entendre un cri continu, des soubresauts d'exclamations concentrées, un orage intérieur de logicien et d'exalté. Mais vous avez dit vous-même en note que toute traduction littérale serait inintelligible, que vous ne gardiez que le sens et le mouvement de la pensée.

Merci, et à vous bien amicalement.

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