‹ Sa vie et sa correspondanceChapitre 115 sur 141 · A MADAME C. COIGNET · texte numérisé non relu

A MADAME C. COIGNET

Viroflay. 7>\ juillet IXOO

Monsieur', Je vous remercie vivement de llionneiir que vous m'avez fait en m'envoyant la Morale indépendante; je l'ai lue avec beaucoup dinférèt, et j'ai suivi avec sympathie les sentiments généreux, les convictions énergiques dont ce livre est le témoignage. Mais, an point de vue philosophique, mes idées sont tout à fait opposées; c'est ce qui m'empêchera d'en rendre compte dans le Journal des Débats. La question est trop grosse; il faudrait un volume entier pour l'exposer avec clarté. - — Votre opinion est celle de l'école régnante; M. Caro, M. Janet, M. Simon surtout, dans ses cours et dans son livre sur la Liberté, soutiennent la même thèse. A mes yeux, elle est tout à fait fausse; je suis déterministe au sens le plus absolu du mot, non seulement comme Stuart Mill, mais comme Spinosa. Je n'admels aucune des conséquences immorales que l'on essaie ordinairement d'opposer à la doctrine; vous citez vous-même avec admiration une phrase de Marc-Aurèle; or, Marc- Aurèle et tous les stoïciens posent en principe l'enchainement rigoureux de tous les événements et la nécessité de toutes les volitions humaines. — Vous avez posé dans votre livre la thèse contraire comme évidente de soi.

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