‹ Sa vie et sa correspondanceChapitre 21 sur 141 · TMNi:. CORr.ESPOMlVN'Ci:. II · texte numérisé non relu

TMNi:. CORr.ESPOMlVN'Ci:. II

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sont le résumé. Il est encore clair pour moi que tu n'as pas même aperçu une seule de ces actions, ni quoi que ce soit d'analogue. Tu n'as aperçu que des signes qui t'ont fait prononcer intérieurement trois sons. Quant au sens, ton imagination, habituée à associer ces sortes de sons à toutes les sortes de sons qu'un appelle substantifs, n'a éprouvé aucun choc en faisant cet assemblage; tu as senti, comme on dit, que cela allait, que ces signes te convenaient, etc. Pour preuve, regardons le cas contraire, mettons une phrase sans aucun sens : « Edouard est une paire de lunettes » ; nos habitudes d'imagination seront choquées, et le non-sens ne consistera que dans ce choc. — Bref, comme on peut le voir dans une proposition d'arithmétique ou d'algèbre, 64 = 52x2, le sens des mots abstraits ou des signes abstraits, dans les opérations rapides et ordinaires, n'est rien que l'aisance des associations. Je dis dans les opérations rapides; car si je m'appesantis sur le mot abstrait « hypocrite », je verrai au bout d'un instant toutes sortes d'images, un séminariste au cou tors, un ingrat. Tartufe, etc., et le mot me paraîtra associé et attaché à chacune de ces images, de manière à ne faire qu'un avec elles. Mais dans les opérations promptes et ordinair»?s, les Images manquent, et rien n'existe dans l'esprit que des Images et des habitudes d'association. Si tu en veux des exemples convaincants, prends la plus petite équation d'algèbre, six phrases d'un livre philosophique. Tu verras que nos opérations supérieures ressemblent fort à celles d'une machine arithmétique, que nous ne

faisons que substituer des signes à des signes, et que nous n'apercevons jamais les qualités générales dont ces signes sont les représentants. Je pose donc comme un point qui me semble évident : le sens d'un mot abstrait est la propriété qu'a ce signe de s'associer aisément et naturellement à toiles et telles classes de signes, et dans les opérations ordinaires et rapides, il n'y a rien de plus dans l'esprit que ce signe et cette aisance d'association.

Or, il est prouvé par la phrase qui t'a fait sursauter, qu'un mot abstrait lu vite développe en nous une passion, c'est-à-dire une douleur. Et toute douleur (Spinosa) n'est que le passage du plus au moins.

Mais ce n'est pas le son ou signe en lui-même qui est un passage du plus au moins. C'est donc cette facilité d'association, ce qui est absurde. Voilà ma difficulté.

Je comprends bien que si je me représente un homme vivant et un instant après ce même homme mort, je devrai soufTrir. Car une qualité positive qui se trouvait dans la première image, manque dans la seconde. La vue intérieure fixée sur celte image agissait plus dans le premier cas que dans le second: donc diminution d'action, donc tristesse. — En supposant, avec Spinosa, que toutes les idées sont des opérations comme celle-là, rien de plus simple que d'expliquer la douleur que causent les idées abstraites. — Mais il n'en est pas ainsi. Les images manquent souvent; elles ne se présentent que dans les moments poétiques. Les trois quarts du temps, quand nous réfléchissons, nous avons

des pensées pures, comme dit Descarlcs. Kl Ion peut aisément se convaincre que les pensées pures ne sont que des signes diversement combinés, dont certaines classes ont des affinités pour d'autres classes. Je ne le croyais pas d'abord, je m'étais moqué de Condillac qui ne donne pas de preuves; mais cela est de toute évidence en ai'ithmétique, en algèbre, etc. Quand tu prononces cette pbrase : 84 = 42 x -, tu n'aperçois point les 84 unités contenues dans 84, ni même celles qui sont dans 42 ou dans 2; tu vois seulement qu'on pourrait transporter chacune de ces expressions à la place de l'autre; ou faisant l'opération, tu vois à la place du 2 de 42 naître un 4, et à la place du 4 un 8, ce qui donne 84. Dans ces deux cas, tu n'aperçois en aucune façon les objets signifiés, c'est-à-dire les unités représentées. ■ — Examine de même la phrase suivante : « Les animaux sont des êtres sensibles; or les vertébrés sont des animaux, donc les vertébrés sont des êtres sensibles », etc. En un mot, les idées ne sont que des signes, chaque signe ayant diverses aptitudes d'association. Comment un signe peut-il blesser comme une idée? Par quel hasard telle association en soi intelligible, c'est-à-dire facile et naturelle, est-elle une diminution d'Être ? Je ne m'explique cela d'aucune façon. J'ai cru d'abord que l'image sensible souvent associée à l'idée est la seule cause du plaisir et de la douleur; par exemple, quand on dit : ignoble, le son nasal produit le geste du dégoût; ou bien ; c'est un homme souillé; Tunage de la boue, etc. Mais les images ne font

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(jii';iJ(Miler ;i limpi'ession, cllos ne la ronslilucnt pas. — Réfléchis, surtout à celte di'lniilioii des idées abstraites, dont nous n'avions pas causé et qui me jette dans cette obscurité; puis réponds-moi.

Voilà deux lettres, dont une inuiiense; lu me dois au moins douze pages d'écriture. () propriétaire ! vas-tu dire.

Déplaisantes nouvelles en général. Mon mal de gorge m'a repris. — Mon travail sur le Louvre' m'est coupé sous le pied, on est en train de le faire chez M. deNieuwerkerke. — Je voulais faire un petit livre sur Montluc pour les chemins de fer : la Bihiiolliécpie des Chemins de fer est suspciKhic. — ll"a[)iès le conseil de Simon, j'ai proposé à Hachette un petit livre sur les Pyrénées; il est déjà donné à un autre. — Des traductions, etc., grecques et latines; sa collection est à peu près complète, et il a des gens à gages qui veulent garder leur pain (piotidien. — Des traductions d'anglais ou d'allemand: il y a cinquante pauvres diables qui ont la priorité'. — J'avais trouvé un élève, il tombe malade. — J'irai aux eaux sans grande espérance; elles guérissent tout, donc rien, et je suis vexé en songeant que l'hiver prochain je n'aurai point de travail de plume et que je ne pourrai gagner ma vie avec des leçons. Cherche-moi dans les illustres maisons de Dijon une place de valet de chambre.

Lis le voyage en Italie d'un Dijonnais, De Brosses, 1759.

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