‹ Sa vie et sa correspondanceChapitre 24 sur 141 · A PREVOST-PARADOL · texte numérisé non relu

A PREVOST-PARADOL

Paris, 5 juin 1854

Mon cher ami, je suis sur le point de tomber sur le nez de la façon la plus ridicule. J'ai vu ce matiu M. Patin, un des juges. Hier, l'Académie a discuté longuement sur le rapport de M. Guizot, pour savoir si l'on me donnerait le prix. On a remis l'affaire à mardi, et la décision est fort douteuse. M. Guizot est à la campagne, et je n'ai plus mon meilleur allié. Peux-tu me procurer l'aide de M. Mignet ? La voix d'un historien comme lui serait très puissante en matière historique.

On me reproche :

Une phrase peu respectueuse pour Bossuet. « Bossuet n'avait guère ajouté à Tite-Live. Il résumait l'histoire avec un grand sens et dans un grand style, mais pour un enfant, et la parcourait à pas précipités. » Trop peu de respect dans mes critiques de Tite-Live et en général des grands hommes. Trop d'inclination pour l'école historique moderne et, parfois, un manque de gravité.

D'ici à mardi, je vais travailler des pieds et des mains pour ce dernier combat. Je t'ai dit qu'il y avait deux membres delà commission pour l'ajournement, et pourquoi. M. Patin m'a dit qu'il m'avait défendu. Mais imagine quel doit être le soutien d'un adorateur du latin, tout académicien!

Ainsi, si tu le peux sans indiscrétion auprès de M. Mignet, donne-moi un coup d'épaule, mon cher bon-

ANiNKES 1853-1854 59

homme. Combattons contre les Philistins. 11 y a si longtemps que je n'ai été vainqueur que j'emploierais contre eux une mâchoire d'àiie. Juge si j'ai envie d'employer toi et M. Mignet.

Je te causerai un de ces jours de ton gros livre' qui non seulement est grave, modéré, bien écrit, bien composé, d'un beau style comme tout le monde te l'a dit, mais vivant et amusant.

Si lu jugeais à propos de voir, ou emporter mon manuscrit, il sera à ta disposition demain jusqu'à midi chez moi (9, rue du Dragon). Je pars après pour la campagne, pour voir si je ne pourrai pas saisir au collet un juge ou deux. — Your's.

A GUILLAUME GUIZOT

Paris, 7 juin 1854 Mon cher Guillaume, le prix est ajourné à l'an prochain. Vous reconnaissez la fortune de Carlhage. Au reste quand vousm'avez annoncé la l'éussitc, j'étais tout étonné faute d'habitude. Il me semblait que le hasard s'était trompé en ma faveur. Vous voyez qu'il a vite corrigé sa maladresse.

On se frotte le dos, on s'y fait par degrés. Tout n'est pas perdu pour moi, puisque dans cette affaire j'ai

Page 1