‹ Sa vie et sa correspondanceChapitre 77 sur 141 · A M. CORNELIS DE WITT · texte numérisé non relu

A M. CORNELIS DE WITT

Paris, 31 octobre ISOl Mon cher Cornélis,

Au dernioi' nionient mon affaire de Saint-Cyr a manqué. Le maréchal a conservé le titulaire.

Le général directeur de l'École, le général inspecteur, et l'inspecteur d'Académie ont alors fait une charge d'ensemble qui n'a pas abouti non plus. M. B... a eu un frère tué en Crimée, ce qui milite en sa faveur; d'ailleurs il est plus difficile à la Guerre que dans ILniversité de mettre un homme en retrait d'emploi. En attendant, il reste, branlant dans le manche. 11 n'y a plus rien à faire de ce côté.

Je travaille sur les poètes du xviu'^ siècle, Pope et Burns. Je me rappelle que tu souhaitais un sujet, assez français et sur la llévolution. Pourquoi ne prendrais-lu pas Fox? Il ne nous est pas hostile, et il est très élo([ueiil. Vu travail très intéressant serait : « De l'attitude de l'Angleterre en face de la France pendant la Itévolution française. »

Qu'est-ce donc que ce livre de M. Guizot que je vois annoncé : « Trois rois, trois peuples, trois siècles »? Son dernier ouvrage me parait très élevé et bien beau de style; sur plusieurs })oints que tu devines je n'ai pas été convaincu.

Quand tu reviendras à Paiis, voudras-tu me rapporter le !'■' et le 2' volume du l'ictorial liisloryl

Mille l'ospocts ot ainiliés chez toi; je le serre la iiiaiii bien affcclueusement.

A EDOIARD DE SlTKAr

l'ai'is, •" (JécemJji'C 1801

Mon rlier lùlouard, si tu peux el si lu veux faire des démarclics ;'i propos de ta Tacullé ])rouiise, je l'engage à demander (laen plutôt que Grenoble, bes Guizot y ont un parent, des amis, c'est une \ille libéral»! et assez pensante, je crois que tu y seras mieux.

Weiss qui connaît ton affaire ne parait pas certain que tu aies une Faculté cette année, je suis bien contrarié de te dire cela; il croit que M. Houland voudra d'abord assoupir le ])ruit d'Angers, et pense (pi'ii a été jirodigue de bonnes paroles, mais qu'il est mou, timide, et te laissera attendre jusqu'à l'an prochain. Il fallait, à son avis, laisser Sarcey redoubler, on aui'ait eu la chose de force. 11 parait que Sarcey, About, Assollant vont chacun dans leur journal faire une charge à fond sur l'Instruction publique.

(Combien as-tu de classes par semaine ''Me comprends bien ton dégoût, il faut pouvoir enseigner quelque chose pour enseigner volontiers. Pourtant, est-ce qu'il

1. M. de SucUaii vouait d'èlre euvoyo lmi dis^M'àce au lycée de Nantes.

n'y a aucun de (os jeunes gens qui aime à lire el à

lai sonner?

Voudrais-tu traduiiv Sfuart Mill, la Logique sur laquelle j'ai fait un article dans \a Revue des Deux Mondes'! A celle époque, Guillaumin le libraire désirait la faire traduire. Veux-lu que j'y aille pour savoir s'il n'a pris personne, et pour te présenter?

Mon win" siècle anglais va paraître en deux articles de la Uei'ue et quatre (1(!S Débats^. Le premier arliclc de la Bévue a paru hier, après de rudes déhals avec Buloz.

J'étudie le xiv', je lis les poètes, il y en a trop, el ces gredins-là font tous quinze volumes. Un bon pour cent médiocres. Cela dégoûte d'écrire, .l'ai jeté plusieurs années de ma vie dans ce travail, qu'est-ce (ju'il en sera dans cinquante ans? Coiuiais-tu Vllisioire dWnglelerre de Smollet? A moins d'avoir du génie et de la chance, un livre, même soigné, devienl vite un torchon. Peulêlre nous sommes-nous Irompés; peut-être la vraie vie était de gagner de l'argent, d'avoir une jolie maison de campagne, de chercher une femme à peu près douce et sensée, et de mettre nos pieds sur les chenets paternellement et conjugalement, le soir, en robe de chambre.

La tète est dans l'état ordinaire ; je me fais lire, je me couche à neuf heures, je nie promène sur les quais. En fait d'idée, je cherche la foi'iiuile de mon xix'^' siècle; j'ai lu ÏHistoire de la litléralure grecque d'Ottfried

Page 1