‹ Sa vie et sa correspondanceChapitre 78 sur 141 · Voir p. 18S. nnifs '■1 cl T · texte numérisé non relu

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ANNÉES 18(JU-1N0." -i'JI

Miillor par coinpiiiaison, of VUistohc dc<, Driiacs, dt' M. de Sacy.Joiiio coiifiniuHlans ropinion (pic je l'cxpiiiiiais; indôpi'iulaiimioiit des ch'constances spéciales et infléchissantes, il y a chez les Grecs, les Arabes, les gens du moyen âge, et les modernes, une série de pél'iodes iiilellecluelles qui est parlmil la méiiic. Chaque élénuMil succède au 'précédent, en verdi df l'existence du précédent, connue le fruit à la llfiii', cl la graine au fruit. Le xix" siècle chez nous, panthéistique, scientifique, critique, historique, correspond à Alexandiie. Lesxvu^et wni*" siècles chez nous, oratoires, classiques, correspondent aux siècles d'Auguste et d'Euripide. Le caractère des siècles classiques, c'est de faire la classification nette, régulière de toutes les idées, avec leur subordination, leur ordre, leur développement, leurs étiquettes exactes. Cela achevé, les nouveaux venus, les esprits qui arrivent, sentent qu'il y a autre chose à faire, sont inquiets, cherchent, s'élargissent par la connaissance des civilisations passées ou voisines, et trouvent des idées embrassantes, des universaux assez vastes, mystiques ou panlhéia.os pour expliquer et réunir toutes les choses divisées par la classification. De là naît un genre d'imagination et de poésie distinct, des passions neuves, une façon nouvelle de comprendre la religion, la société et le reste.

Tu vois que je bavarde connue à l'École, mais tu m'y invites. Boissiei' remjjlace llavet au Collège de France. Pour moi, je doute fort que je puisse jamais atleindi-e rien d'officiel. En attendant, je prends des notes, je

■li'l CKIUSESI'O.XDANCK

suis allé aux ôglisos, au Palais do Justice, je vais aller au Casiuo. les lorettes sont probableiiient la gloire de Paris, il faut les conuailrc; cela fera peut-être une France contemporaine; mais j'ai peur de mes notes, elles sont peu patriotiques, point gaies et encore moins respectueuses.

About loue, avec Sarcey, le petit hôtel d'Alexandre Dumas fils, Sarcey paie un tiers, Al)out les deux tiers et le mobilier. 11 a 12(100 fiancs au Comlilutionnel, plus 400(1 francs d'entrée. lienan est nommé au Collège de France. Assollant a fait un joli roman bien fou et fantastique, Marcomir. Weiss gagne une douzaine de mille francs et fait des économies. Sarcey est dans son feuilleton comme un poisson dans l'eau, et publie im volume, Mots et Idées, inséré par fragments dans ÏKliistnition. Prévost a le plus frais des gilets blancs, et devient tout à fait officiel. Nous n'avons plus un seul point de contact.

Mou bon Ed. en avant le goudron et l'Iiuile de foie de morue; garde ta santé, c'est le fond de l'essence de la substance. As-tu besoin d une lettre pour M. Schmidt, Ion inspecteur, le beau-frère de mon beau-frère? 11 passe pour un liomiiie d'esprit. Je parlerai de ton frère à M. P.erliand.

anm;i;s jx(j(i-i,sor,

\OTKS SrH IWHIS

Soirée chez M. Mo /il.

Déccmhrc IS(il

Convorsniion nvpr M. !Mii,niPt, qiK\ji' vois pour l.i |iit'mièrp fois.

Il y ,1 un fdiKls (I.' sli'i ililr; on vuil rpi'il n'.i p,i> V('m'ii dans les idt'os gruc-ralcs, qu"il y est iinpropic. Il ii"ost pas artiste non plus, voyez son histoire de .Maii(> Stuart, sa Uévoluliou française; c'est glacé. Il est propre à digérer des lualériaux indigestes, à exposer clairement, en bel ordre. Il a le talent français de la classification parfaite et de l'élégance noble académique.

On sait (pi'd travaille depuis vingt ans à une histoire de la lîérorme. Je lui demande poui'quoi, de l^'iO à 1(>2(J, après Heuchlin, Ulrich de Stulten, buther, Albert Durer, rAlIcmagne est restée stérile, quoi((ue en paix et à peu près libre, tandis qu'en France, en Angleterre, en Espagne, en Hollande, il y a un si grand mouvement d'esprit. Il parait étonné de cette vérité, il la reconnaît, mais ne peut donner aucune» explication, même aucune de ces explications ordinaires (jui viennent à la bouche de M. Duruy, de M. Challemel-Lacour par exemple. Pareillement je lui demande si la cause universelle profonde de la Réforme n'est pas l'inquiétude de conscience propre surtout aux races germaniques. Il a l'air encore dépaysé, répond oui pour Luther, nie pour Zwingle,

'2'Ji CUi;iU:si'()M)A.NCE

(avec raison; il y a conjoiiiteniont l'osçor d'espiif et de science qui est la Tienaissance); mais il est clair que l'histoire psychologique, connue rhisloire philosopliifiue. est fermée pour lui.

11 se lève à cincj heures du malin jxiur travailler. Tous les soirs il passe une demi-heuie chez M. Thiers, son grand and. 11 va très peu dans le luonde. Un cite une dame qui l'a l'ait solliciter deux ans pour l'avoir à diner. Selon M. MohI, il était fait pour la vie domestique et regrette le mariage. 11 a été très heau, il a encore une helle tête régulière qui représente bien. Il a plus de soixante ans, on lui en donnerait cinquante. Quelque chose de convenable et un peu compassé. Le diable au corps manque.

Celte soirée était curieuse par le contraste des types. A côté de M. Migiiet était M. de Loménie, avec ses moustaches militaires et son entrain, causeur, rieur, diseur d'anecdotes; puis un petit avocat roiulelet content de soi et qui prenait le dé de la conversation; enfin M. Mohl, honnête Allemand, pniliuKh'uient savant et de plus capable de généraliser, à qui j'ai parlé de sa Perse et de son Orient : son idée est que la civilisation a été grêlée habituellement en l'erse, (|ue les Arabes ne sont pas élevés au-desïus dune sorte de Moyen âge, que les documents indiens sont trop altérés et dépoui'vus de chronologie, que je n'aurai de données nettes pour trouver les lois de la civilisation que dans le monde grec, romain et moderne. Il e.st triste, même, d'apparence, morose et grognon, lourd de corps, sans

ANNKKS l.S(i(l-lX(i-, '2'2.")

liiietise ci llcxibililé, dillicile à l'aire parler, iiroiiipl .iu\ gros coups de boutoir assénés juste. M. Brook, vigoureux Américain, grand lévrier énergique et actif de cinquante ans, avec ce fonds de modestie douce que j'ai vu ordinairmient chez les Anglais, el qni l'ait cunli'aste avec notre pétulance bavarde. Madame Mold, Irlandaise ayant vécu à la française, type de vieille marquise xvui'' siècle, célèbre [»our l'excentricité de ses luibils, mais aimable, bonne au I'oikI, d(> bonne humeur, avec une étourderie, une vivacité, des gaietés, des inimitiés et des engouements d'enfant. Ici elle ne choque pas, du moins elle ne \no clio(pie pas. A ()xf(n\l. Mrs. W. la trouvait gr()tes(pi(', et comme je disais: « Madame Mobl n'a pas l'air d'une Anglaise, i; — « Je vous remei'cie, Monsieur. »

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