‹ Sa vie et sa correspondanceChapitre 79 sur 141 · hitivier iSC'J · texte numérisé non relu

hitivier iSC'J

Déjeuner avec Piefre Leroiif.

li a désiré me counaiire pour me parler de son grand dernier ouvrage, il nous en a lu au dessert.

In gi'os lionune à torse d'Hercule, cheveux ébourillés et iniinis, brave el loyal garçon, mais parl'ailenienl dé[iourvu de tact et de finesse. Il couil à droite et à gauclie sui' les idées (pron lui [irésenle. se détoui'iie du droit cliemiii (pi'il avail ciililé, elr. Il jni^c à lurt ut à travers, prétend réfuter les savants, n'est pas au courant d(> la science : c L'hypothèse d'une niasse liquide centrale est absurde, n Un lui répond que, sous une pression d'un niillidn d'ahiidsplières. l'étal d'un cdi'ps,

il. IVIM. — 1 nl!|!I.SI'(pMIAM;l . (!. 1.")

-i-il) CdlUiKSlMlMiA.NCR

(|iu'll(' (|U0 soil la chaleur, ne peut, pas èli'e soiip- (•oiiiié, ranaloiii(^ niaiiqiiaiil tout à l'ait. <( Les inélaiix précieux de cette pâte devraient par la force cenli'ifuge percer et suinter à la surface de la terre. » ()n lui répond que l'attraction surpasse énormément et annihile en cet endroit la force centrifuge. — n Renan n'a rien entendu au livre de Job, il a tout traduit à faux. » On lui fait avouer qu'il apprend l'hébreu en amateur depuis deux ou trois ans, qu'il n'a pas lu un commentaire allemand, qu'il en est resté à Richard Simon du xvu'' siècle, etc.

liref. un cerveau creux, qui nous lance à la tète son « Sensation — Sentiment — Connaissance », et nous assomme de sa préface. Celle préface est une conversation entre lui et une prolestante morte qui lui a envoyé la Bible. Ils conmientent tous deux en rêve le livre de Job. Ce livre à un sens philosophique par delà le sens réel, les trois amis de Job symbolisent le sentiment, la sensation, la connaissance, etc.

Parfaite ignorance des méthodes et de la jjrudence critique.

Assez d imagination et d esprit, mais de seconde (jualilé.

11 vit dune souscription de ses amis qui donnent chacun quarante sous par mois. 11 a quatre enfants, auxciuels il ne donne pas d'éducation par système. (' Lhonune n'est pas fait pour jouii% mais pour lutter. >> Il a écrit vingt-cin(| volumes que les libraires ne veulent idus réimprimer. Il a été dupé toute sa vie, il a

ANNÉES IX«U-18(m 2'27

vendu pour OUI) francs à Cliarpentior sa Iraducliou do Werther el Charpentier y a gagné lô 000 francs.

Il faut qu'il imprime son livre dans une lihrairie protestante, cela se vendra en Amérique, en Prusse, en Australie, chez les Unitaii'os, les Mormons et tous les mystiques.

Il a été ouviiei', il a été en Angleterre pour fonder un journal avec l')0 francs dans sa poche; il a été de la Charhonnerie, ami de Fortoul, l'ancien minislrc, depuis ti'ausfuge. Nul sens pi-atique, mais courage, verve, force physique indomptahle. Il avait de quoi ne pas réussir et durer.

^2-2 l'c'viier 186'2 Ourriinrc du cours de Rendu au Collège de l-^ranee.

Les éludiaiits libéraux sont allés demander à M. Despois s'il fallait siffler. Les catholiques de même à M. de Laprade.

Il y avail un groupe de siffleiirs, mais les applaudisseurs avaient une majorité écrasante. Le torrent entre : la foule à la porte était si violente, ayant arraché un candéjabi'c, (pie les sei'gents de ville lombenl dessus et la chassent de la cour à force de bourrades. J'ai vu un honuue la tète en sang.

l'endant trois (juarts d'hcinc, tenqjéle de vuciléralions, cris de sauvages et rires : Vive Quinet, Michelet, iVévost-Paradol, Laprade; vive Guéroult, à bas Guéroult, à bas les Jésuites.

2iS COlUïESI'ONUANCE

Ilenan entre, c"esliin tonnerre, on ;igite les chapeaux, on se lève, on hurle. Ouelques sifllets; le tonnerre d'applaudissements recommence plus fort. Impossihle pendant vingt niinules d'ouvrir la liouche. 11 s'épuise en gestes inutiles pour dtMnander le silence. Ses gestes sont un peu ceux d'un évèque (un évè(|Ui' in partibiis infideliuyn), de même quelques phrases de sa leroii. Elle est aux Débats.

Il donne trop la bénédiction.

Sa leçon est fort bien (ce que les Sémites ont donné à la civilisation générale). Phrases hardies sur le Christianisme et le Pape. — Les étudiants applaudissent connue des abonnés du Siècle, grossièrement. Api'ès la leçon, une colonne énorme avec des parapluies va Vii[\j)laudir rue Madame.

r> mars ISO'2

Conversation avec Charles liolnn, l'analoniiste à microscope et posilirisle.

Quarante et un ans, lunettes, moustache et royale, à demi policé; c'est le savant encore enfoncé à demi dans ses dissections, im jieu carabin, l'eveuant indé- (ininienl sur son idée, même d'une façon importune et devant une fenune, ne voyant pas nettement les délicatesses et les ménagements de la société. « Moi, je trouve cela admirable, les cerveaux; j'en avais encore ce matin sous la main, etc. »

Très convaincu, pas marié à cause de cela. Il y a un

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peu (le faiijilisme. Il Itlàme \... qui va Irdp dans lo monde cl ne Iravaillc plus.

heux iilées : l" H a suivi luule la machine nerveuse depuis le lilet extérieur superficiel, jus(|u'à la moelle, el dans Inul le Irajel de la mnelle, à travers la pKitnliél'ance, jusque dans les hémisphères (avec le mici'oscope). La substance blanche perçoit les impressions, la grise est le foyer de l'élaboration el de la réaction volontaire et nuisculaire.

■2" Le ,i;rand piincipe est le renouvellement incessant de toute la sid)stance du corps. A cause de cela, la nouvelle substance ari'ivante se coule connne dans un moule sous la forme de geste, d'action, d'état voulu ou non, accidentel ou non, qui est présente et qui est r.'pétée. De là l'acquisition des instincts et des haliitudes transuiissibles. De là les races, etc.

Impossible de lui faire comprendre, non plus qu'à Verneuil', qu'il y a une diflicullé dans l'équation ({u'ils élablissent entre la sensation, la doulenr, le phiisir, et une trépidation, une eonlrarlion, un mouvement étendu quelconque.

Visite (le Gustave Fluuhert.

Un grand vigoureux homme un peu carré, à grosses moustaches, l'air assez lourd, l'apparence d'un capi-

1. Verneuil, Arislido-Âugiisle-Stanislas, lucnibro de l'Acaflémie de iiiéJecine, 18->")-l.S!)5.

■Jjd CUUIlESrO.NKANCr.

taine do cavalerie déjà falitriié et qui aurait jnis dos

petits verres.

De la force et de la lourdeur, voilà le trait doniiiiint de sa conversation, de son ton, de ses gestes, lii.'ii de fin, mais de la francliise, du naturel; c'est un lioinine priinilif. « un l'èveur et un sauvage ». II a dit lui-niènie ces deux derniiM's mots. C'est un pioclieur obstiné, qui force son iinaiiinnlion et qui en subit les accidents.

il -iiit piMi b' soir-, Ir.ivaiUe la nuit, énormémeni. dans une grande chandjre solitaire, bien cliautïée, faisant du bruit, a gueulant, suant, buvant de l'eau )>. Oiiaud la veine vient, il ne dort plus, il se réveille la nuit pour écriie. il mange à peine, c Ce n'est pas trop de tout son corps jjour écrire. >» Au contraire (piaiid vous le voyez bien marcher, manger, boire et dormir, c'est que l'invention, l'inspiration sont arrêtées.

Après les moments (\o verve, les moments de dépression ; il reste couché sur un divan, inerte <( comme une bête », horriblement triste. Dans sa jeunesse, il a eu le splr.'ii. Il iiiaiiluait -ur un cdeiidrier un jour « pour se laire sauter la margoulelle ». puis le jour venu il reculait le cran. (( En sonnue vous voyez que je suis encore sur mes quilles. »

Ceci donne le ton, il a le ^l\Ii' 'le Tlii'npliilc Gautier, un peu gros et cru.

H a travaillé trente->i\ hennis de ^uite [Miur écrire le commencement du Défile de la Hache, et n'avait pas même les yeux rouges. Il a évidemment une organisation de taureau.

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Il vfiil les yonx ll'nni'S trop d'objels ; sa lèto est une |)li(»tngi;i|)lii(,', il imagine aussi nettement la moindre lèlure du parquet que les grandes lignes de la chambre, (l'est pourquoi, quand il commence à écrire, il est encomljri'. il ne sait quoi dire d'abord ; il en met Irop, il est obiit:»'' de réduin'. il ramèiio riiif|unnl(' pages à f|ua(it'.

Il a des caprices d'iiuaginaliun : il veir.i en soi'lant une aflicbe de concert, cette affiche lui Irotlera dans la lùle et rempêcliera, une fois reniré, de rien faire d(> toute la journée.

Il est très artiste, 1res amateur du beau, de i'ell'el. Il blAiiie d.uis Snldinmlx) des manques de crescendo, par exeuqile les deux visites dllannon et de Giscon aux mercenaires: des manques de proportion, Salammbô est trop petite pour sou piédestal.

Il a surtout le sentiment des dehors, de la natui'e : ' Elle ne me repose pas, elle me mange. » Il en est absorbé; sur le sable, au bord de la mei', il n'a j)as une idée, il reste comme une bêfe, couché, et de (eiups en temps prenant un bain.

Il n'est pas 'i cochon > conuiie on l'a dit : il a été vexé de voir « la Dovary m lue à cause des gravelures ; avant tout il est physiologiste, artiste ; il veut le vrai, le réel, la nature humaine telle qu'elle est, instinctive, et tâche d'en tirer de grands effets pittoresques ou dramatiques. Il disait : d J'aime tous les excès, pas pour longtemps, ce ne seraient plus des excès. Mais un excès, (piel qu'il soit, m'attire. » De là son amour pour Lord

•■rji C.OllRE.SI'OMiANC.r.

Byron. 11 sont la forci', il veuf voir la force effrénée, cabréi'.

Son moyen (-"csl l'élude obstinée; il a mis six ans à Salaiumbo, cinq ans à Madame Bovary. 11 empile h's noies, rature infiniment. 11 a voyagé en Orient; il allait à Constantinople voir tous les jours les derviches tourneurs : un d'eux avait une tète admirable, extatique. Il tinil par le connaître, l'invite à prendre le café, lui fait boire de Teau-de-vie, l'autre en boit conune un trou : interi'Og'é sur ce qu'il sent, sui' les pensées qu'il a quand il tourne, il répond qu'il ne pense à rien, qu'il songe simplement à l'eau-de-vie qu'il boira. Flaubert ajoute qu'il en est ainsi dans l'Orient, que maintes fois les têtes et surtout les costumes sont magnifiques, mais que la tête est vide. C'est pour cela qu'il a fait de Salammbô une simple statue, avec des commencements d'Iiystéi'ie. Selon lui, les femmes antiques n'avaient que des debors, point de dedans.

Ne jamais [larlir comme Hugo. Schiller, d'une généralité qu'on individualise, mais d'une particularité qu'on généralise, comme Goethe, Shakespeare; voilà sa maxime.

Il n'est pas marié, il ne s'est pas trouvé assez riche ; il vit avec sa mère et sa nièce, reste quelquefois des mois seul à la campagne, voyage beaucoup, ne songe pas à l'argent. Madame Bovary, tous frais payés, lui a rapporté trois cents francs de dettes.

.le le loue surtout d'être sincère, non sophistiqué. 11 n'est pas parisien, il a l'air même un peu grossier.

ANNKl'S INtiO ISir, 2")

paysan élovi' dans les ateliers de peintres, point du lont lionnne du iiiondo. Il dit fpi'il a horreur de niellre le soir ini ii;d)it et une ci'avale.

iMa thèse avec lui est de lui dire (avec des inénageiiients) rpie son style s'écaillera, que la desciiption sera ininlelliiïihle dans cent ans, (pi'elle l'est déjà pour les trois quaris des esprits, que la narration et l'action comme dans Gil-Blas ou Fielding sont les seuls procédt's durahles.

Il répond qu'aujourd'hui il n'y a pas moyen de faire autrement, (pie d'ailleurs il n'y a pas d'art sans pittoresque, que l'idée doit atteindi'C les dehors, se manifester pai- une forme corporelle et visihle.

Toujours est-il que c'est de la liltéi-ature dégénérée, liiée hors de son domaine, traînée de force dans celui de la science et des arts du dessin.

Bien des petits traits le prouvent; il a fatigué son iiîtelligence, il l'a épressée comme un citron, il en est devenu nerveux comme une femme, lui si fort, si hien musclé. Il tressaille au bruit d'un verre qui grince, d'un bouchon qu'on coupe, etc.

11 admire Apulée connue un chef-d'œuvre, à cause de la couleur, de la réalité, de l'audace sensuelle. — Preuve d'aflinilé. Tous deux sont de la décadence.

II va faire un roman sur Paris', comme il en a fait un sur la province. Mais d'abord il a besoin d'emprein-

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