‹ Sa vie et sa correspondanceChapitre 80 sur 141 · L'Education senliineiilulc · texte numérisé non relu

L'Education senliineiilulc

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tire tuul le l'aris actuel dans son imaginalidn; il va aclieter des caries de Paris, etc.

Vous voyez les pi-océdés matériels, la topographie.

Visite à Giislnve Flaubert.

Vu li'oisiènie, boulinard du Temple, au midi; grande vue (ancienne maison de Ficsehi). — In appartement garni de tapis partout, de divans en cuir rouge et fauteuils pareils, médaillons, armoires de bois sculpté, dieu indien snr la cheminée.

J"ai encore été jilus frappé de l'énergie brutale de sa face, et de ses yeux lourds de taureau. 11 était en jafjuelte, tout tombant, un col de chemise rabattu et ouvert, on voyait la poitrine velue.

La face s"injecte de sang, les cheveux sont presque partis; on voit l'excès du travail, et l'imagination contrainte.

Il a travaillé la nuit dernière de deux heures du matin jusqu'à aujourd'hui (juatre heures du soir, pour répondi'e à la Bévue Européenne qui lui r(>prochait de ne pas savoir rarcliéologie. Il travaille toujours de nnil. et bruyamment. Il a telleiuent crié, hiii'h' celte nuit (sans le savoir), que sa nièce, au-dessous de lui. n'a pas dormi.

A la campagne, prés de Rouen, il reste quelquefois, pendant la neige, trois mois sans voir personne, se levant à midi, se couchant à trois, quatre heures du

A.V.NKKS ISCO-ISC,:, '.Cm

iiiiiliii. I.c (liiii.iiichc il Vil (liiicr, passer qii.ilrc lidiros clicz son frère.

Tivs brave gareon, 1res iialuiel, poiiil mili'eciii- (l.iiit ; il soiiiïi'e les ohjeelions et n'i^sl pas eoiiifiliiiKMileiir.

.Ma llièsc est loujours que son êlal (Tcspiil, la vision (lu (lélail physique, n'esl point transniissihle par l'écrilure, niais seuleiiKMit par la |)einlure. Sa ivponse est (pi(» e'esl là son étal d'esprit, et l'état d'esprit niodenie.

Il a un style singulier: « La mère Sand, le père (iuizot; un homme d'aplond), des gens raidcs. » (Cela signifie un esprit complet, des gens excessifs dans leur genre.) Il a des mots assez gi'ossiei's et rapiiis.

(le ipii est frappant, c'est son singulier état d'imagination, puissant, forci', maladif. Il ne peut pas encore écrire son roman sur Paris parce (pi'il n'a pas trouvé l(>s noms de ses poi'sonnages. — Le livre de Renan sur sa sœur lui parait vague, abstrait ; il voudrait savoir la taille, la ligure, l'habillement, a Mais rien, c'est une généralité, cela devrait s'appeler : le moral de Mlle Ilenan. » Il trouve Candide a délicat, lin )» . Il adore La lîi'uyére et Montesquieu, donnerait tdiis ses écrits pour avoir fait le morceau de l'Amateur de Heurs. Il aime par temiiérament Chateaubriand « orages du cœur, etc. »), tout en reconnaissant que c'est du goût faux; mais on peut avoir du goût pour la viande faite, faisandée. — llans ce mot de La Hruyère <( Césonie est jeune, belle, sérieuse, » il voit (( des obscénités magnifiques, énormes ». Il se figurait Homais avec des mar-

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(|ues de petite vérole, et a été tout ('tonné quand on

lui a dil que cela n'était pas dans le livre.

Tout ce qui n'est pas une forme physique, minulieusemenl vue par une vision de visionnaii-e, est pour lui non achevé, vapue.

Il écrit d'uni» manière extraordinaire, avec un premier jet incomplet, maladif, mettant des carrés, des losanges, un mot en vedette, un hout de phrase, attendant que le chant vienne, raturant, revenant avec un laltcur énorme et insensé.

.laiiviLM' 1805 Arlisles.

M. Delacroix chez M. Benoit-Champy. M. Berlioz chez M. lierlin.

M. Delacroix (04 ans) a encore les cheveux tout noirs. 11 est doux, modéré, fin; on le dit très spirituel ; il est certain qu'il est du monde, qu'il a du tact. — Il l'ait le classique, le raisonnahle; il l'est peut-être, ayant découvert trop lard (ju"il ne sait pas la parlie positive et mécanique de son art.

Il loue lelalin, Téducation classique par les modèles, dil (|ue tous les ehefs-d'cruvre sont dans 1 'aiili([uilé, lettres et ails, (pi'il faut s'en nourrir. — S'il a pris ses sujets dans Shakespeare, et non dans Racine, c'est que Racine ne lui fournissait i)oinl daclion.

11 hlàme heaucoup son hiographe Silvestre, dil (juil s'est introduit chez lui, (|u'en lout cas c'est un lionune sans colU.

ANNÉES 1800-lS(r. -.'.-.T

Il roiiscillt' Itî liavail incossaiil, la rclonclif (■oiiiiniic, siirlout en pciiiliirc. <( On ne li'diivc le vrai, le siiii|)l(' qu'à la fin, après ceni (''tudcs. — Je suppose quau Ixml de vingt ans un lilléralenr a sa l'orme toujouis pivie. sail lout exprimer. iNuir loulc pnsc, toiil sujel miuvean, im peinli'C ddil rlndier. »

Il nie demande p(tur((uoi on Irouve dans Shakespeare ces concelti, ces inégalités ehofpianfes. Il loue par contraste la sùi'elé de m.iiii. la pcrlcrlioii. lUrdrc de Molière.

Uien de moins senddalile (pie sa eoincrsalion el les explosions passionnées (pie lui prèle Silveslre....

Mais Berlioz a été complet; d'abord il a l'ail un feuillolon admiralde', lout de confidences personnelles, (|ue je [)iquerai ici conlre. Il nous a avoué que c'étaient des confidences. — -Ha en ell'el gagné vingt mille francs à son premier concert de Russie ((Mez sept mille francs de frais). Il avait quitté la Fi'ance rà i'iiiiproviste à cause de ses dettes.

Voici de ses mots : « La musique est un jeune homme de vingt-deux ans qui a devant lui un avenir inuncnse; les autres arts sont éreinlés, vieux. » — « La musique aujourd'hui est au-dessus des nafionalilés, du siècle, en dehors de toute influence; un compositeur pousse tout seul comme un champignon; ne la comparez pas aux autres arts (pii sont des plantes nationales. Les lois ordinaires n'ont pas jirise sur elle. ))

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