CHAPITRE I
Le retentissement de la révolution française à Pélersbourg fut d'autant plus profond que les catastrophes en avaient été moins prévues. L'Impératrice prit d'abord une attitude irritée et menaçante, mais bientôt elle entrevit quel parti la convoitise et l'ambition pourraient en tirer. En 1794 la Pologne fut de nouveau envahie, et Catherine préparait une expédition contre la domination anglaise dans le Bengale, lorsque la mort vint la surprendre. Une apoplexie foudroyante la frappa dans la matinée du 9 novembre 1796, au milieu de ses projets et de ses plaisirs, que l'âge n'avait ni interrompus ni ralentis.
Le prince qui montait sur le trône, sous le nom de Paul l" , avait été tenu jusqu'à l'âge de quarante-deux ans sous un joug froid et sévère. Sa mère ne lui témoigna jamais ni affection, ni confiance. Les favoris qui se disputaient successivement le crédit , trouvaient avantageux de le maintenir à l'écart ; sa jeunesse se passa dans la contrainte et l'ennui, quelquefois même dans l'inquiétude sur ses propres jours. L'Impératrice, assure-t-on^ nomrissait le dessein de déshériter son fils et de lui substituer son petit-fils, Alexandre. Le jeune grand-duc eût été proclamé tzaréwitch, et en même temps Potemkin roi de Tauride. L'horreur qu'éprouvait Catherine à la pensée de la mort , sa répugnance à envisager le lendemain de son règne , la fin soudaine de Potemkin expirant sur le bord d'un grand chemin , au pied d'un arbre, durant un voyage en Chersonèse , empêchèrent l'Impératrice de réaliser ce plan ou de le léguer par testament à la Russie.
Vainement Paul avait réclamé de sa mère l'honneur de commander une armée ; Catherine ne pouvait oublier