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vent la jouissance à ses grandes poupées et à ses inventions ingénieuses. Les lignes suivantes étaient tracées par elle lorsqu'elle avait déjà dépassé sa soixantième année : « Dans mon enfance, un de mes plus vifs plaisirs était de » composer des décorations de fête que j'illuminais en )) les disposant avec grande joie sur la cheminée de marw bre blanc de ma salle d'étude. L'ardeur que je mettais » à dessiner , à découper les transparents , à les peindre . » à inventer les emblèmes et les devises, était incroyable. » Mon cœur battait de joie tant que duraient les prépara- » tifs, mais à peine mon luminaire commençait-il à dé- » croître, qu'une mélancolie indicible , dévorante , s'em- » parait de moi. Dieu, le monde, tout le christianisme se » faisait jour dans l'àme d'im enfant , et , depuis , jamais » le Sic transit gloria mundi ne porta en moi plus de » tristesse. »
Dans une des soirées de l'automne de 1789 , M. Soymonof, rentrant chez lui, s'étonna de trouver sa galerie parsemée et éclairée d'une innombrable quantité de petites bougies. Interrogée sur l'occasion- d'une si grande fête , sa fille lui répondit : « Mais , mon père , ne faut-il pas célébrer la prise de la Bastille et la délivrance de ces pauvres prisonniers français! » On peut juger par là quelle était la direction habituelle des conversations auxquelles de très bonne heure la jeune enfant s'était associée et intéressée. En effet, la mode régnante dans le nord de l'Europe , à Berlin , à Tienne , mais , plus que partout ailleurs , à Pétersbourg , était de s'élever contre les abus de pouvoir, de parler avec chaleur du redressement de tous les griefs, de la liberté et de la dignité humaines, de l'émancipation générale des esprits et des peuples. Dans I. '1
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un jour d iiispiiatioii vraiment royale, l*ierre-le-(iraiid laissa échapper cet aveu : « Hélas î je travaille à réformer mes sujets, et je ne sais pas me réformer moi-même!» Cette noble parole devait être encore la devise de Catherine et de sa cour , comme de la plupart des réformatem's du xvnf siècle.
M. Soymonof qui possédait toutes les qualités de son temps, en partageait aussi toutes les illusions. Il était généreux , libéral , sensible à toute perspective d'amélioration sociale ; mais oublieux de l'expérience, accessible à Tutopie, et complètement égaré par les préjugés irréligieux. L'éducation de sa fille s'acheva dans ces conditions ; rien n'y fut négligé, sauf l'idée d'une loi divine.
L'impératrice Catherine n'avait pas reçu d'autres enseignements près du prince d'Anhalt, son père. Une gouvernante de basse condition lui avait à peine appris à lire avant qu'elle fût amenée en Russie. Le premier ou\Tage qui tomba entre ses mains fut le Dictionnaire de Bayle, avidement lu trois fois de suite dans l'espace de quelques mois.
De douze à quatorze ans , Sophie Soymonof savait le russe . qu'ignorait la plupart de ses compatriotes , parlait Titalien et l'anglais avec autant de pureté et de sûreté que le français, l'allemand avec correction, étudiait le latin, le grec et l'hébreu. Mais elle ne connaissait de pratiques pieuses que les pompeux spectacles de la chapelle impériale, et n'avait jamais invoqué Dieu au commencement ni à la fin de la journée. L'instinct de son cœur, l'amour qu'elle rendait à son père, les soins presque maternels qu'elle prodiguait à sa jeune sœur, née dans l'année 1792, la guidèrent seuls et la soutinrent dans le bien.