‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 100 sur 207 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

glace. De là un fort accès de fièvre et des redoublements , saignées , vomitifs, purgations, convalescence et enflure de jambes par laquelle on espère que finira la comédie. M. l'arehevêque m'a conduit à Conflans où je prends du repos et d'où je réponds à toutes vos injures. Il n'est pas dit que le voyage du Mont d'Or ait lieu; la Faculté délibère : attendons qu'elle rende son oracle. J'attends avec résignation et me trouve aussi bien ici qu'aux eaux. Ne pensez pas, chère fille, malgré toute notre insensibilité prétendue, que je passe près de Vichy sans y faire halte quelques heures pour m'assurer du bien que vous font les eaux. Je voudrais que mes docteurs m'envoyassent à Vichy ; j'y serais guéri par le plaisir d'être avec vous. J'espère que tout notre temps ne serait pas perdu et que nous nous exhorterions l'un l'autre à mettre à profit les misères de la vie pour notre éternité. Ah ! chère fille ! que la vue de ce terme sans limites agrandit l'àme et lui fait impatiemment désirer le brisement de ses fers ! Que l'exil me semble long et dur I Quand viendra le moment de s'envoler vers la patrie? Ph. D.

Oui, oui, oui, chère fille et incomparable amie, allez à notre Dieu, à notre défenseur , à notre tout , et rendez-lui grâce des bienfaits de tout genre qui découlent de lui depuis qu'on est au monde.

J'étais à le remercier pour vous et pour moi , quand on est venu me tirer d'auprès de lui ; mais on le retrouve en tout lieu. Dans ces jours de frimats et de glace , il nous reçoit auprès du feu , et même du nôtre : il s'y rend avec bonté.

Recevez mes vœux pour l'année qui s'en va éclore. Je dois penser que ce sera ma dernière : avis à qui a des oreilles. Priez, chère amie, pour que ma fin soit bonne et continuez encore quelques années à grossir votre trésor : on n'a jamais assez, .\dieu , pardonnez à ma main paresseuse et à ma tète usée ; le cœur me reste et il est encore bon. Vous y tenez la grande place d'honneur après le maître. Adieu.

Très chère fille et excellente amie.

Je suppose que Monseigneur trouvera très superflu le compte que vous croyez avoir à lui rendre ; je le lui remettrai toutefois et vous rendrai ce qu'il m'aura chargé de vous dire.

.r;ipprends que vous souffrez, que vos nuits sont mauvaises. Je voudrais être moins faillie, je vous dirais tout ce que je vous garde au cœur, mais je tombe d'anéantissement. Priez pour votre ami mourant.

A cette direction paternelle , si précieuse pour M"* Swetchiiie, se joignirent de jour en jour des amitiés plus profondes. Les liaisons formées avec la duchesse de Duras et dans son salon , s'agrandirent et se fortifièrent par des intimités nées de la communauté de toutes les inspirations élevées. A côté de M. Cuvier et de sa famille, de M. de (iérando, de M. Abel Rémusat, se groupaient le vicomte de Bonald, le comte de Divonne, le baron d'Eckstein, le marquis de Quinsonnas. A côté des deux sœurs du duc de Richelieu, se rapprochaient déjà , par le seul lien d'une affection commune et sous l'empire de son attraction, la marquise de Pastoret, la duchesse de Larochefoucauld , la duchesse de Damas , la duchesse de Maillé , la marquise de Lillers , la comtesse de Saint- Aulaire, la comtesse Octave de Ségur. Cette grande naturalisation de l'intelligence et du cœur avait déjà transformé le salon de la voyageuse russe en l'un des foyers les plus recherchés et les plus goûtés de la meilleure compagnie française , lorsqu'un incident de la vie intime lui fît prendre soudainement la résolution d'un voyage que M'"" Swetchine considéra elle-même alors comme une seconde expatriation.

La jeune Nadine Staeline ne quittait pas sa mère adoptive ; elle était devenue une personne accomplie et attrayante. La comtesse Octave de Ségur avait trois fils ; le plus jeune des trois, Raymond de Ségur d'Aguesseau, sur- ])rit en même temps sa mère et son amie en manifestant

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