‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 101 sur 207 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

l'intention arrêtée d'épouser M"' Staeline. quoique étrangère et comme on l'a vu d'une santé débile. M"^ Swetchine, qui était la personne du monde la plus incapable d'user d'une affection pour servir un intérêt, fut à peine informée des sentiments du jeune Ségur, qu'elle se reprocha avec une extrême vivacité de ne les avoir pas prévus et décoiu-agés. Elle ne se borna pas aux remontrances et aux résistances de la froide raison, elle prit le parti de se sacrifier ellemême, de quitter la France et de n'y rentrer qu'après avoir essayé de faire remplir par l'absence et l'oubli leur office ordinaire. Ayant à choisii* le lieu de cet exil volontaire, M""^ Swetchine tourna les yeux vers l'Italie où l'appelaient sa ferveur religieuse , son goût toujours passionné pour l'étude et la présence de sa sœur. Ce voyage et la situation qui le faisait entreprendre durèrent deux ans.

Quelques fragments de la correspondance de M""* Swetchine durant ce voyage nous ont été conservés, c'est à eux du moins à parler au public.

A MADAJME LA MAKOllSE UE MOMCALM ,

« Turin, 2i septembre 18:23.

» Combien j'ai été heureuse de trouver ici une lettre de vous et que je vous remercie de me faire entendre une voix amie au milieu de cette solitude toute peuplée d'inconnus!.... n y a quelque chose dans l'absence qui sert merveilleusement à faire reprendre aux objets leur véritable place Si j'avais entrepris le voyage que je fais dans

un but de plaisir ou même de curiosité, je puis certifier ([ue cent fois pour une je serais déjà retournée sur mes

pas Cette nécessité de défendre à chaque instant son temps et son argent (^st insupportable, et la prose du voyage entreprend trop sur la partie poétique, pour que les meilleurs moments ne paraissent pas trop achetés. Dans les villes, vous n'imaginez pas toutes les petites vexations qu'il faut subir ; partout une surveillance ombrageuse et incommode rappelle les temps les plus difficiles : chacun en fait plus qu'il ne doit, pour s'assurer apparemment qu'il en fait assez. Ouelle pitoyable chose que de tels moyens et qu'il y a en etïet de sujets de crainte quand en fait de peur on ne dédaigne rien !

» La Savoie, malgré la sévérité de ses aspects, m'a paru charmante. Ses montagnes déjà si élevées préparent insensiblement à la majestueuse grandeur des Alpes. En descendant du côté du Piémont, la transition est brusque. Trois lieures après avoir quitté les religieux du mont Cenis, je me trouvais dans la riante petite ville de Suse, au milieu de la place publique qu'animait encore une foire cpii avait eu lieu la veille, et à deux pas de ma fenêtre était dressée une corde sur laquelle un saltimbanque exerçait ses talents.

» Tout rappelle la France sur la route que j'ai suivie: la Savoie est toute française, le Piémont l'est encore à demi ; le Savoyard parle le français mieux que ne le parle souvent le paysan français lui-même, et le Piémontais le mêle à son mauvais italien. Mais que cette illusion est incomplète et de combien de manières ne m'aperçois-je pas que je suis hors de cette chère France, qu'aucun étranger n'a jamais aimée comme moi! — Je vous écrirai de Florence, peut-être plus tôt, et en attendant je vous demande de vous rappeler souvent que les

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