CHAPITRE X. -2r,o
Je Rome, de me reposer eiiliu dans le sein de ce dolce far niente qui a bien son prix, même sous d'assez mauvais auspices J'ai trouvé leur établissement charmant 1 . Ils ont arrangé avec beaucoup de simplicité et de goût im de ces palais (2; de Rome au prix desquels on a à peine un fort médiocre appartement à Paris ; ce qui leur fait réunir dans leur logement les avantages des deux pays, le confortable et le beau. La salle où nous dînons est couverte de fresques de l'Albane. et. au fond de la cour, nous avons une fontaine qui embellirait ailleurs une place publique. On ne peut se faire une idée de la magnificence des constructions et des matériaux qui y sont employés. Ici les colonnes de marbre font concevoir le goût des portiques. Assiuément je n'ai pas été insensible à tout ce que j'ai vu en Italie ; mais il y a loin de là à rimj)ression vive, profonde, ineffaçable que m'a faite Rome ! C'est la reine des villes, c'est un monde à part de celui que nous connaissons, où tout est différent de ce qui nous a frappé ailleurs, dont les beautés et les contrastes sont d'un ordre si élevé que rien n'y prépare, que rien ne saurait en faire ni deviner, ni même pressentir l'effet. Tout ce qui manque à Rome ajoute à l'impression qu'elle produit. On ne voudrait pas voir cidtiver ses campagnes, voir repeupler ses faubourgs presque déserts ou la ville habitée sétiîndre; il faut que Rome, empreinte de vétusté, soit un peu triste pour répondre à tant de puissance détniite, à tant de grandem' abaissée. Les idées s'agrandissent ici, les sentiments y deviennent plus reli-
(1) Du prince et de la princesse Gagarin. ^:2) Palazzo Verospi, Corso.
gieux, le cœur s'apaise. On ose à peine souffrir à ras})ect des lieux qui rappellent tant de souffrances, ni manquer de forces là où on en a tant montré.
» J'ai retrouvé avec un grand plaisir le duc de Laval (1), qui est fort aimable pour nous. Nous le voyons souvent; sa société est douce et il met beaucoup dans la conversation, quand ce ne serait que par le goût qu'il témoigne pour elle. Le duc de Rohan (2) est venu me voir aussi ; il est moins sauvage à Rome et m'a bien promis de ne pas l'être pour* nous. Rien assurément ne pouvait le mettre plus en valeur que Tétat qu'il a embrassé ; il sied à son esprit et c'est avec beaucoup d'avantage pour lui qu'il y a plié toutes ses manières. Nous avons beaucoup parlé de vous, lui avec infiniment d'intérêt, et moi? vous savez si j'y mets mieux que tout cela. »
H Rome, 17 décembre 1823.
» Comment vous peindre la vivacité de
toutes les impressions qui se sont succédé à ma première excursion dans Rome? Cette charmante variété d'aspects, cet intérêt croissant à chaque pas ! Je me croyais dans un monde nouveau et j'avais raison, car Rome comprend dans sa vaste enceinte tout ce qu'il faut ailleurs aller chercher au loin, et la ville et la campagne, tout le bruit de la foule et les plus silencieuses solitudes. Et cependant aucune transition n'est brusque ici; vous n'apercevez nulle part ce fatigant mélange d'objets discordants entre eux : on dirait que tout y est ménagé pour donner plus
(1) Ambassadeur de France près le Saint-Siège.
(2) Depuis cardinal et archevêque de Besançon.