‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 105 sur 207 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

rendre indépendant de ces impressions que l'on ne transplante pas et qui nous attachent au lieu qui les a fait naître, c'est sûrement ici que l'on dresserait ses tabernacles, et je ne suis point étonnée que Rome ait été dans tous les âges la patrie de ceux qui n'en avaient plus, les vrais Champs-Elysées de toutes les ombres du pouvoir et de l'existence sociale.

» Je ne vous ai parlé dans ma lettre que de délices; j'aurais pu tout aussi bien vous parler d'une peine que chaque courrier accroît. . . »

« Home, 1«'' février 1824.

» Hors les choses, je vis peut-être davantage à Paris qu'à Rome; lorsque je reviendrai, rien donc n'en aura été interrompu. Dieu veuille que hors de moi rien ne soit changé ! Jamais je n'ai ressenti davantage le besoin de soigner les affections et de reprendre les habitudes qui doivent être celles de ma vie. Malheureusement le besoin de la fixité n'est qu'en moi, et le germe de toutes les incertitudes est dans les circonstances qui m'enveloppent de toutes parts.. ,

» Les considérations les plus impérieuses

pèsent sur moi ; vous vous les expliquerez facilement, et la seule chose que je crains que vous n'entendiez pas, c'est tout ce qu'il m'en coûte. »

On a remarqué le sentiment d'identification avec la France qui ressort de toutes les correspondances de M"^ Swetchine. Nous en trouvons un trait de plus dans une lettre adressée à M™' la duchesse de Damas.

200 MADAMF SWKTCIIINK.

« Rome, 9 février 1824.

» Je dois h M. Doriaii, Madame, une des plus grandes jouissances qui puissent m'être accordées, celle de m'entretenir de vous avec quelqu'un qui sait m'entendre, et de recevoir une marque de cette bonté si précieuse à mes yeux qu'elle m'inspire autant d'orgueil que de reconnaissance. Dans les souvenirs de cette France qui gâte pour moi tout ce qu'elle ne me donne pas, le vôtre, Madame, se lie à des regrels auxquels le passé même n'est pas étranger; tous les moments dont je n'ai pas assez profité se présentent à ma mémoire, et si je n'étais trop punie, je m'en demanderais un compte plus sévère. Votre indulgence pour moi qui profane, permettez-moi de le dire, des expressions auxquelles je ne puis rendre leur véritable force qu'en vous les appliquant, ne s'explique que par la vénération profonde que j'aurais voulu vous témoigner davantage. Je ne crois pas. Madame, vous avoir jamais quittée sans me dire que rien n'aurait été plus utile et plus doux que le contact habituel d'une personne si accomplie. J'ai partagé votre joie et celle de Madame votre tille, du retour de M. votre petit-fils (1) et de sa brillante conduite. C'était le dédommagement qu'il vous devait à toutes deux de tant de soins et de sollicitude, et c'est assurément là un heureux échange. Je n'ai pas été plus indifférente à ce concours d'événements qui recommencent si glorieusement l'histoire de l'ancienne France, et c'est avec un cœur qui lui appartient que j'ai célébré

(1) Le marquis de Vogué, qui venait de se distinguer dans la campagne d'Espagne.

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