‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 106 sur 207 · CH.\!MT1;K · texte numérisé non relu

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tous ses succès. Helas! .Madame, je vis toujours au milieu de vous, et d'une manière si active que trop souvent elle me rend incapable de jouir de ce qui m'est offert. »

C'est encore la correspondance avec M"^ de Montcalm qui va nous donner la suite du séjour de M"'' Swetchine en Italie.

(' Rome, \3 février 1824.

» Si j'avais dix ans de moins, je ferais bon

marché d'un si court intervalle ; mais quand l'avenir échappe, il se concentre dans chaque moment qui s'anime < »u se décolore, selon qu'il s'enchaîne ou non aux intérêts qui dominent notre vie.

» Quand on s'est quitté soi-même de bonne foi et qu on est fort décidé à ne pas se reprendre, je ne sais quelle onction douce et suave se mêle à toutes nos peines et nous rend cette élasticité qui nous relève sous les coups qui auraient dû nous briser. Il mest si incommode de m'être faite si exclusivement française par le cœur, que je n'omets rien pour devenir tout à fait italienne par l'esprit. J'aborde Rome par tous les bouts : je mène de front toutes ses ressources, je m'enfonce dans sa littérature, je m'initie aux mystères et aux prodiges de ses monuments et de ses arts, j'étudie son histoire sous cet admirable ciel qui semble ressusciter tout ce qu'il éclaire. A chaque pas, ici, il faudrait s'arrêter pour connaître et pour méditer. Je vous ai déjà dit quainsi que lancien peuple romain, toutes les fêtes que je me donne sont en plein air, et que, quant à la société, ma réclusion est complète. Le soir je ne bouge pas plus de mon fauteuil que vous de votre canapé, et c'est sans envie que j'écoute le récit de tous les

plaisirs qui se succèdent et que le carnaval va faire dégénérer en vrai délire. On vient de donîier une fête charmante chez l'ambassatlrice d'Autriche (1) ; deux comédies françaises entre autres, et sur huit ou dix hommes qui y jouaient, il n'y en avait pas deux qui fussent de la même nation, et pas un seul qui fût Français, ce qui tendrait tout au plus, comme vous voyez, à vous convaincre toujours davantage de l'universalité de votre langue. Une fois la semaine il y a comédie anglaise jouée par la meilleure compagnie de Londres. Elle réussit assez, sauf un essai de musique anglaise bien propre à révolter des oreilles italiennes. Il y a tous les soirs opéra, bal, ou une réunion très nombreuse qui commence toujours par les cardinaux que l'on ne peut se dispenser d'inviter à toutes les fêtes que l'on donne. Ils dégrossissent le bloc et puis s'en vont si le genre de la fête ne leur convient pas. Le duc de Rohan, que je voudrais déjà voir cardinal, est forcé par les habitudes de ce pays-ci de quitter un peu les siennes, et il met sa vertu à se plier à l'usage, à se faire au monde, comme il l'a mise à s'en séparer. Il jouit ici de la considération la plus méritée, et s'il obtient la grâce dont on parle, elle rencontrera encore plus d'assentiment à Rome qu'à Paris. Le duc de Laval est de tout ; M""" Récamier n'est de rien et paraît préférer sincèrement la vie retirée. Je ne crois pas qu'elle ait visé à l'effet, et c'est heureux, sa beauté et sa célébrité étant sur leur déclin : les débris ne font guère de sensation dans un pays de ruines. Il semble que pour être attiré à elle il faut la con-

(1) La comtesse Appony, née Nogarola, plus tard ambassadrice à Paris, et qui y a laiss»î un durable souvenir.

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