‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 115 sur 207 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

qui doit ressusciter o;lorieuse. liAter par la prière la délivrance qu'un jour, sitôt peut-être! on invoquera pour nous-mêmes.

» Le confortable des Anglais est juste l'antipode du luxe tel que les Italiens le conçoivent. Les vestibules, les escaliers et les galeries absorbent les palais ; leurs églises sont plus vastes que les promenades ou les places publiques ; l'héritier d'un nom illustre, dans le palais de ses ancêtres, n'est guère mieux logé cjue l'avocat qu'il paie ou l'artisan qu'il occupe ; la privation de toutes les aises, de toutes les élégances, de toutes les recherches de la vie nivelle les conditions les plus séparées, et sous ce rapport il V a peut-être en Italie moins de distance entre le riche et le pauvre que partout ailleurs. Tous peuvent jouir en commun de cet admirable horizon, de ce ciel doux et pur sur lequel les nuages ne sont qu'un accident, de ces riches façades, de ces églises, fidèles images de ce ciel qui est le patrimoine de tous. »

FLORENCE. — « Près du Dôme se trouve la chapelle de la Confrérie de la Miséricorde. Cette société se forma en 1244, vers le temps où Florence voyait souvent réunis les deux fléaux de la peste et des guerres civiles. Une cloche de l'église avertit les frères cpii habitent la ville ; dès qu'on en a entendu le son. on quitte toute affaire, toute occupation pour se rendre à ce point de ralliement. Là, on est instruit de ce qu'on doit faire, et, soit qu'une personne se soit blessée dans les rues, qu'un ouvrier ait fait une chute, ou qu'un individu ait besoin d'être transporté à l'hôpital, les brancards-lits sont toujours préparés. (Chaque frère endosse l'habit de pénitent noir, se couvre le visage et va faire son devoir. Presque tous les

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joui's j"ai l'occasion Je voir ce pieux spectacle lorsque je vais m'asseoir sur un grand banc cjui règne le long dun mur parallèle à la cathédrale. Tous ces frères de la Miséricorde sont pour la plupart des jeunes gens de bonnes maisons de Florence. J'ai appris hier seulement que le Dante venait s'asseoir pour prendi'e le frais sui' le banc que j'affectionne. »

« RAPHAËL. — La galerie du grand-duc de Toscane contient un nombre considérable de Raphaëls, et l'on peut étudier ici ce grand maitre dans la diversité de ses manières et de ses sujets. Un prix immense s'attache aux chefs-d'œuvre pris en particulier, mais la variété ajoute à la valeur d'une collection, et si le génie est plus étonnant encore dans les hauteurs qu'il atteint que dans l'étendue qu'il embrasse, il est dilïicile de ne pas demeurer confondu en voyant un même homme aborder tous les sujets, toutes les manières, et y créer des modèles.

» Quel plus beau portrait que la Fornarina 1 Mais ce n'est qu'un portrait, et Raphaël tout entier dans sa puissance d'imitation et non dans sa puissance de création. Il copiait avec une rigoureuse exactitude l'objet qui était sous ses yeux et même sans l'idéaliser, tant la nature du sentiment qui l'animait le tenait enchaîné dans le cercle de la beauté purement humaine. La Fornarina, quelque belle cpi'elle soit, ne franchit pas le seuil des sens; sou œil n'a que de l'éclat, c'est la femme!

» On a remarqué qu'il y avait de la Fornarina dans l'air de tète de la madona délia Seggiola; mais quoiqu'à talent égal, quelle distance infinie entre les deux tableaux ! Ce n'est rien moins qu'un monde qui les sépare. C'est ainsi que le peintre, comme le philosophe, procède

CHAPlTlil". M. -2H9

(lu connu à l' inconnu, t{iie du punit culminant de la beauté terrestre il s'élève, à travers des espaces infinis, jusqu'à la beauté divine. Les deux beautés ici sont comprises par les deux amours. Il y a une grâce dans cette madona délia Seggiola, une délicatesse de traits, une divinité d'expression, une harmonie de la couleur qui défiera éternellement les copistes les plus habiles. Rien n'égale la suavité de la tête de la Vierge, la majesté de l'enfant Jésus, l'onction, l'ardente dévotion dans celle de saint Jean. Tout est prophétique dans ces deux enfants : l'un déroule dans sa pensée les destinées du monde. Tautre y voue déjà toute la sienne.

» Un peu plus loin, ce même saint Jean n'est plus que l'enfant du désert et de la pénitence. On le voit debout, au milieu d'une nature sauvage ; ses membres jeunes et gracieux sont pourtant déjà endurcis à la fatigue ; son coloris est plein de vigueur : les intempéries qu'il brave ont chassé de son visage les teintes délicates de l'adolescence; sa bouche s'entr'ouvre pour annoncer le salut du monde, et le mouvement de ses sourcils exprime sa tristesse de parler trop en vain. Tous les temps se rencontrent dans son regard, son expression est à la fois naïve et sérieuse : c'est un enfant, et c'est un homme ; c'est un homme par le dévouement, c'est un enfant par l'âge, et on sent toute la sagesse humaine confondue par une seule des pensées qui se lisent sur son front. D'une main il tient un rotileau qui contient peut-être la bonne nouvelle, et de l'autre il montre la croix, la croix qui n'est encore qu'un roseau brisé, roseau lumineux qui se détache sur un fond obscur.

» Les portraits de Léon X, de Jules II, du cardinal

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