CHAPITRE XI
faut-il pas aussi qu'il se quitte pour vivre de son culte et de son amour? Qui n'a pas senti en approchant du sanctuaire des arts une sorte de respect, de calme religieux qui n'en manifeste pas moins la pureté de son principe, lors même que les objets offerts à la contemplation tendraient à la faire descendre ou à la profaner? Alors, c'est comme la force qui avait été destinée à la vertu et dont les passions s'emparent. La beauté dans un seul sens n'est- elle pas éternelle comme la vérité, et dès-lors quelle étroite alliance entre la religion et l'art ! Et ces réformateurs orgueilleux dont l'incomplète loi en a proclamé la séparation, qu'ils ont été mal inspirés!
» Qu'on voie en étudiant l'essence de l'art, si les facultés par lesquelles il agit sur nous ne sont pas précisément celles que la religion saisit et domine avec le plus de puissance ; que d'une autre part l'on examine si ce n'est point sur les chefs-d'œuvre religieux que l'art a appuyé presque toutes ses théories. Que ne doit pas la peinture à la religion et à la religion chrétienne! Que serait-elle sans elle? Elle compterait des David, des Téniers, des Wouvvermans, peut-être un Titien; mais aurait-elle eu un Raphaël, un Michel-Ange, un Dominiquin, un Guide, un Guerchin ? Que l'on ôte aux peintres les sujets religieux, que leur restera-t-il? La froide histoire, la plus froide allégorie, des combats, la nature morte, des figures sans expression, ou la triste ressource de ces passions violentes si incompatibles avec la beauté et la dignité humaines. »
ROME. — « Qu'ils soient fondés ou non, lt;s doutes que nourrissent beaucoup d'esprits sur la régularité des couvents d'hommes en Italie, ces préventions défavorables
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ont été complètement épargnées aux maisons religieuses composées de femmes, et la calomnie même n'y a jamais été jusqu'à faire soupçonner un délit grave. L'urbanité, laffabilité. la prévenance sans empressement m'avaient déjà frappée dans les moines italiens ; je les retrouvai à un degré bien supérieur encore dans les couvents de femmes. Leur bienveillance est si affectueuse quelle gagne les cœurs, et si sincère qu'il serait impossible d'apercevoir la moindre trace de contrainte ou d'eiîorts. L'œil le plus exercé et le plus attentif ne surprendrait pas un seul mouvement qui ne fut cette charité dont le secret est d'être générale sans apparence de banalité.
» Leur horizon est resserré quant à la science humaine, mais en revanche leurs idées, en petit nombre, passent et repassent toujours dans la voie frayée à l'amour par la révélation divine, et on n'a rien à regretter avec ce que là piété enseigne. Elles montent, descendent et remontent incessamment ces merveilleux degrés qui ravissaient le sommeil du Patriarche; elles viennent s'asseoir au puits de la Samaritaine, gravissent le Calvaire, se reposent sur le Thabor, inondent de parfums et de larmes, avec Magdeleine, les pieds du Sauveur, ou adorent sa croix. Les retours qu'elles font sur elles-mêmes sont consolants; nul souci pour le lendemain, nulle crainte pom* le terrible lendemain qui se lève dans l'éternité. Les mêmes heures ramènent les mêmes travaux sous l'impression d'une même pensée, elles savent qu'elles n'ont voulu qu'une chose, la chose nécessaire, et cette perle précieuse, elles la possèdent. Aucun doute, aucune inquiétude ne les travailk' : le symbole de leur foi est aussi simple que le symbole des vertus qu'elles exercent; humbles plantes,