‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 13 sur 207 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LES EMIGRES FRANÇAIS EN RUSSIE. — LEUR LIAISON AVEC MADAME SWETCHINE. — RÈGNE DE l'eMPEREUR PAUL. — COURAGEUSE GÉNÉ- ROSITÉ DU GÉNÉRAL SWETCHINE. — SA FAVEUR — SA DISGRACE. — EXTRAITS DES LECTURES DE MADAME SWETCHINE.

La- position militaire du général Swetchine le retenait à Pétersbourg. Bientôt il allait être promu à un poste actif et considérable. M'"" Swetchine dut donc rester dans le monde, et elle devenait maitresse d'une grande maison au moment où son âme appartenait tout entière au plus intime regret. La contrainte, la subordination de tous ses mouvements propres aux convenances d' autrui, l'assujettissement à inille devoirs secondaires dans l'ordiT moral , impérieux dans l'ordre humain , datèrent pour la jeune femme du premier jour de ce qu'on appela son indépendance. Aussi son caractère, enclin à une maturité précoce, pencha-t-il de plus en plus vers la méditation. Dieu demeura l'objet de sa pensée inquiète ; elle le chercha, l'appela, l'interrogea; mais c'était encore le Dieu abstrait, sans lumière et sans chaleur : c'était déjà l'objet

privilégié de son étude, ce n'était pas encore le trésor unique de son cœin\

La société où elle occupa dès son apparition l'un des premiers rangs, était alors une des plus brillantes de l'Europe. La réA^olution française y jeta un élément plutôt nouveau qu'étranger, qui parla vivement à l'esprit de M'"" Swetcbine. Les hôtes les plus distingués de Paris et de Versailles vinrent, à l'abri du pouvoir le plus intégralement despotique, avertir quelquefois à leur insu, du néant ou du péril de bien des illusions. Les émigrés qui avaient pris la route lointaine de la Russie, étaient en général ceux que la proscri[)tion n'avait pas condamnés à un complet dénuement, ou ceux que l'empereur Paul avait personnellement connus quand, sous le nom de comte du i\ord, il visitait la France encore heureuse et fière du jeune règne de Louis XVI et de Marie-Antoinette.

Monté sur le trône entre la Terreur et le Consulat, Paul mit son honneur à relever le gant de la Révolution française. Il avait offert à Louis XVIII une royale demeure dans ses Etats. Il avait voulu signer le contrat de mariage du duc d'Angoulême et de l'orpheline du Temple, et, par ses ordres, une copie de l'acte avait été déposée dans les archives du Sénat. Le prince de Condé. qui l'avait fêté à Chantilly, fut établi dans l'hôtel Tchernitchef avec li^Tée et service de table à ses armes. Durant les quelques jours de travaux nécessaires à son installation, le palais de la Tauride fut mis à ses ordres. Ce fut dans les salons de Potemkin que les grands-ducs et les principaux dignitaires de Pétersbourg allèrent, dans leur propre patrie, présenter leurs hommages au prince français.

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