‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 137 sur 207 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

mer, » et elle écrivait à la comtesse de Psesselrode en lui parlant de ses projets de rapprochement avec la duchesse de Duras ;

« Les trop longues séparations ne valent rien, et quelques jours passés ensemble ôtent à la séparation ses plus redoutables inconvénients. Si dans la première jeunesse on compte sur l'avenir, si tout ce qui coûte ne paraît que du provisoire, en avançant en âge on ne fait pas si bon marché du présent; on voudrait tout ressaisir, parce qu'on sent que tout est prêt à échapper. Je me sens si vieille que je crois ne pouvoir plus que continuer ; la raison de ce c|ue ferai le lendemain me paraît tout entière dans ce que j'ai fait la veille. Ce sont les soins qui sont nécessaires à la plupart des cœurs, et pour être sur de son fait, il est bien prudent de s'arranger de façon à y mettre chaque jour quelque chose. »

Bientôt cette partie de la correspondance de M""' Swetchine s'assombrit, et ne tarde pas à rendre compte à jVJme de jXesselrode des symptômes précurseurs du deuil irrévocable.

« 30 octobre.

» Je vous disais dans ma dernière lettre que j'espérais prolonger jusqu'en novembre ma paisible solitude ; mais la nouvelle que je reçus du terrible accident de M"'*" de Duras m'a bientôt fait changer de projets. Dans une nuit qui suivit un jour où elle n'avait pas été plus mal qu'à Fordinaire, M'"*" de Duras voit disparaître tout à coup la lumière d'une lampe placée près d'elle ; elle se retourne et l'aperçoit de nouveau. L'œil et la joue tournés du côté de la lampe avaient été paralysés : la cécité de cet œil

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était coiiiplète. Vous pouvez juger de l'auxiété et de Té- [)ouvante d'un tel moment ! Les secours les plus prompts et les plus efficaces lui furent administrés ; l'œil parut reprendre ses fonctions, mais si imparfaitement qu'aujourd'hui encore, il peut à peine distinguer le contour des objets. Comme s'il n'y avait pas assez de périls dans une si terrible menace, notre inquiétude est condamnée encore à se porter sur d'autres points. Les médecins pensent que cet accident n'est que sympathique avec l'état intérieur, et c'est surtout une lésion organique qu'ils paraissent redouter. L'autre jour, pour quelques cuillerées de purée de chicorée, elle a été comme sur la roue pendant six ou sept heures. Ajoutez à cela des nerfs dans un état d'irritabilité continuelle, un abattement complet et des faiblesses qui sont comme des crises , au milieu d'un état qui paraîtrait incapable de les supporter. Son changement seul motiverait toutes les craintes, on peut l'appeler une destruction. Eh bien ! au milieu de cela, dès ([ue notre si chère amie se sent un peu mieux, elle marche, fait le tour de son jardin, et je l'ai vue prolonger sans inconvénient sa promenade pendant un quart d'heure. » Au moral, c'est de même : son silence, sa profonde préoccupation fait place à l'expression la plus tendre et la plus expansive ; elle cause un peu alors, et reprend ce sourire si spirituel, si bienveillant qui donne tant de charme à sa physionomie. Je suis profondément frappée de la manière touchante et religieuse dont elle accueille ses maux et le danger qui la menace. Les premières paroles qu'elle m'ait dites sont qu'elle regarde l'état où elle est comme inguérissable, comme une sorte de transition de la vie à la mort ; qu'elle y voit également un avertissement

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