CHAPITRE XII
de Dieu et que tout ce qu'elle désire est de le mettre à profit : enfin il est impossible d'aborder les idées les plus graves et les plus solennelles avec plus de courage et de véritable force de tête. Quelle immense consolation la bonté de Dieu nous donne, mais aussi combien l'attendrissement est plus douloureux, quand, faisant un retour sur soi-même, on a toute la mesure du bien qu'on est menacé de perdre ! Ceux qui ne connaissent <{ue superficiellement M"*" de Duras peuvent n'avoir pas attendu d'elle les preuves qu'elle donne aujoiu?d'bui de la véritable supériorité de son âme ; pom' moi, ma bien chère amie, il n'entre pas une idée de surprise dans ma triste joie. Le monde et la vie pouvaient faire trop de bruit autour d'elle, mais la rectitude de son intelligence devait l'emporter sur tout et Dieu produire en elle tous les bienfaits de sa grâce, en s' emparant de ce dévouement passionné qui fait l'essence de son caractère. J'ai vu encore dans le monde qui ignore en partie ces détails, des gens persuadés que M"^ de Duras était en proie à toutes les angoisses d'une pleine révolte contre la crainte de la mort, et qu'elle en éloigne l'idée ; on se la représente dans les emportements d'une imagination qui ne sait pas se soumettre ; et moi, avec bien d'autres, pouvons certifier quil est impossible d'être plus dans la vérité, d'oser l'envisager avec plus de fermeté et de douceur. Cette lutte même si naturelle entre l'instinct de l'existence et la crainte du terrible passage parait avoir cessé ; la résignation a tout surmonté en ôtant à la tristesse tout ce quelle en dévore et détruit. Mon inquiétude est bien grande, chère amie , mais elle a ses vicissitudes d'espoir ; quelquefois il est tout à fait abattu, quelquefois aussi je me dis que
j'exai^ère le danii,iT, ot que maint exemple devrait me rassurer. Il est impossible cVètre plus soigneuse, plus attentive, plus charmante que Clara pour sa mère ; je me suis attachée à elle doublement pendant cet intervalle et mon séjour à Saint-Germain. C'est une des meilleures et des plus intelligentes mères que je connaisse, la femme la plus tendre, et aujourd'hui on dirait qu'elle est fille seulement, tant elle se consacre exclusivement à sa mère. M'"'' de Larochejacfjuelein a été retenue par une maladie qu'a faite sa belle-mère dans une de ses terres de la Vendée. »
L'accident dépeint ici par M"" Swetchine avec une si anxieuse fidélité, ne coûta pas la vie à M"'*" de Duras, mais il ébranla fortement sa santé. Une maladie de foie ne tarda pas à se déclarer dans des conditions incurables, un climat plus doux fut vainement cherché à Nice. Au mois de janvier 1829, M""" Swetchine, ainsi que l'élite de la société et des lettres françaises eurent à pleurer une irréparable perte. La duchesse de Duras entrait à peine dans sa cinquantième année.