‹ Sa vie et ses œuvres; (volume 2)Chapitre 139 sur 207 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

RÉVOLUTION DE i830. — NOUVELLE SITUATION RELIGIEUSE — COR- RESPONDANCE A\'EC LE COMTE DE MONTALEMBERT ET M. L'ABBÉ LACORDAIRE. — BILLETS DU PÈRE DE RAVIGNAN.

La révolution de juillet affligea et effraya M""^ Swetchine. Des princes vénérés par elle, des amis qui lui étaient chers depuis longtemps se trouvaient bannis ou frappés. Des institutions libérales dont elle avait souhaité la dm'ée, et cpi'elle aimait à croire compatibles avec Tordre, se trouvaient subitement lancées dans une voie nouvelle et soumises à d'incalculables épreuves. M"^ Swetchine ne s'était point fait illusion sur les fautes commises par quelques-uns des amis de la monarchie ; elle fut non moins clainovante et non moins inquiète sur les fautes des amis de lahberté. Enumérant les symptômes effrayants qui surgissaient de toutes parts, elle écrivait à la comtesse Edlina; :

33C) .MADAiMK SWKTCHIM-:.

« Ah ! comme vous avez raison de dire que nous assistons à la grande crise de Torgueil liumain ! Quand un élément spirituel se mêle d'être coupable, il l'est à la façon des démons. »

Le 23 décembre 1830, durant la crise du procès du prince de Polignac et de ses collègues, elle écrivait :

« Yous avez su avec détail comment les choses se sont passées ici ces derniers jours, l'issue du grand drame de la Chambre des pairs, et toute l'agitation, tous les ressentiments dont il a été le prétexte ou l'occasion. Avant-hier, encore liier, Paris ressemblait à une ville dont l'ennemi est aux portes; aujourd'hui, le calme, l'allégresse même sont partout, à ce qu'on dit; les cris de mort sont remplacés par des vivats qui, d'après toute apparence, ne sont de nature à prolonger la vie de personne. Hier, on aurait cru que tous les droits étaient violés, parce que quatre victimes avaient échappé au fer assassin ; aujourd'hui, cet odieux délire ne porte plus que le caractère d'une fantaisie. Je puis dire que si je ne suis jamais incpiète au milieu des craintes générales, je ne me rassure pas davantage par une sécurité improvisée. Les hommes restent les mêmes, le danger à peu près semblable. Il faut être ici depuis longtemps pour comprendre, pour saisir quelque chose de cette complication de mouvements, de volontés, de projets, et toujom's d'intérêts qui sont au fond de tout. Ces masses si menaçantes, si nombreuses, si animées, n'avaient aucune direction apparente ; s'il y avait eu plus de chances de succès, ceux qui les excitaient auraient bientôt désigné un but ; mais alors au lieu d'un but, il en aurait paru trois ou quatre, et au premier succès eût éclaté la division.

Page 1